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Crise au Conservatoire

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Tiens, puisqu’on parle ce soir de Troïlus et Cressida , “un petit drame shakespearien se joue au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (le CNSAD) à Paris, fleuron des écoles de théâtre en France , apprend-on dans Le Monde sous la plume de Fabienne Darge. Fin janvier, les élèves des trois promotions, dans leur écrasante majorité (93 signatures sur 99), ont envoyé à la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, une lettre pour se plaindre de la direction de Daniel Mesguich.

La démarche, inédite, intervient dans un contexte particulier : le deuxième mandat de Daniel Mesguich, nommé à la tête du Conservatoire en novembre 2007, arrive à échéance en novembre 2013. Le ministère doit donc décider soit de nommer un nouveau directeur, soit de reconduire Daniel Mesguich.

« Il nous a paru nécessaire de porter à votre attention des dysfonctionnements qui concernent la gouvernance du CNSAD et qui suscitent notre inquiétude », écrivent les élèves. Ils disent en être arrivés à cette démarche après avoir tenté vainement de discuter, par l’intermédiaire de leurs représentants, avec la direction. Les signataires reprochent principalement à Daniel Mesguich d’avoir « coupé du monde » l’ « école d’art dramatique la plus sélective de France. » « Le Conservatoire d’aujourd’hui se montre très méfiant vis-à-vis des productions contemporaines françaises. Depuis plusieurs années, les élèves rencontrent de moins en moins d’intervenants extérieurs. (…) D’autre part, le projet actuel du CNSAD mésestime les richesses du théâtre européen et au-delà, et ne travaille pas à inscrire notre formation dans des problématiques artistiques qui dépassent l’enceinte de l’école », poursuivent-ils.

« Nous ne dénigrons ni la qualité de l’enseignement ni celle de l’encadrement qui nous est offert : à travers ces quelques points, nous disons que, malgré les innovations qui ont pu être réalisées, son organisation actuelle fait du Conservatoire un lieu hors du temps et clos sur lui-même », concluent les élèves. Ils ont sollicité un rendez-vous auprès du cabinet de la ministre de la culture, « afin d’exposer plus précisément [leur] positionnement ».

Lundi 18 février au soir, Daniel Mesguich a répondu à « ses » élèves dans une lettre de vingt pages. Il estime tout d’abord que les signataires ont commis une « faute grave » en envoyant à la ministre « ce qu’il faut bien appeler une lettre de délation ». Il fustige la « rhétorique de l’incohérence, de la méconnaissance, voire de la sottise dont est tissé ce texte », avant d’exprimer son « désarroi » face à une telle fronde.

Il y affirme que « ceux-là » [les contestataires] « ne [lui] ont jamais demandé l’ombre d’un rendez-vous » et qu’ « ils ont préféré aller vers ce qu’ils imaginaient être l’action, trahissant là la confiance qui leur était accordée », avant de répondre sur le fond aux reproches émis par les élèves.

« “Le Conservatoire se coupe progressivement du monde.” Euh, non, je ne crois pas, écrit Mesguich . Je ne crois pas, d’abord, que traverser comme vous le faites toutes les “disciplines”, tous les répertoires, accompagnés par quelques uns parmi les meilleurs professeurs d’art dramatique de France, ”coupe progressivement du monde”. Je crois même, oui, j’irai même jusqu’à croire, voyez mon impudence, le contraire. J’avoue que je n’aime pas beaucoup la manière dont vous avez tenté de présenter mon rapport à l’“étranger”. Elle est même, pour moi, franchement nauséabonde et pour le moins offensante », poursuit Daniel Mesguich, avant de détailler sa conception de ce que doit être une école comme le Conservatoire, ses contraintes et sa tradition.

A l’école, personne, ni parmi les élèves ni parmi les professeurs – qui, pour la plupart, sont en effet des artistes qui bénéficient d’une reconnaissance incontestable –, ne souhaite s’exprimer directement.”

Enfin, pas à la journaliste du Monde , apparemment, puisqu’Armelle Héliot, elle, a recueilli quelques confidences, c’était avant l’envoi de la missive incendiaire du directeur en réponse aux attaques de ses élèves. “Interrogé par Le Figaro, y écrit-elle, Daniel Mesguich accuse le coup et admet de possibles « dysfonctionnements ». La lettre a été lue devant le corps enseignant et l’administration. Les élèves, signataires et non signataires, qu’ [a rencontré la critique théâtrale] le disent tous : l’emploi du temps est si lourd que ces moments si importants dans la formation d’un artiste que sont le temps libre, le temps de la rencontre informelle, le temps de la lecture, de l’échange d’idées, n’existent pas.

Les professeurs consultés [par Armelle Héliot] comprennent cette demande. Mais chacun est engagé sincèrement dans son enseignement. Lorsqu’il est devenu directeur, Daniel Mesguich n’a d’ailleurs pas consulté les professeurs, ses pairs, sur la pédagogie. De plus, ces élèves-comédiens, qui ont réussi un concours très difficile, aimeraient bien pouvoir travailler à l’extérieur. Que ce soit un petit boulot d’appoint (ouvreur dans un théâtre), ou commencer son parcours professionnel en pouvant jouer ou tourner.”

“Certains des professeurs , reprend Fabienne Darge dans Le Monde , – Gérard Desarthe, Eloi Recoing, Robin Renucci… – ont publié mardi 19 février un communiqué dans lequel ils expriment leur « désaccord total avec la démarche entreprise par les élèves ». Ils y renouvellent leur « confiance » envers Daniel Mesguich « pour poursuivre rapidement le dialogue avec les élèves ».

D’autres professeurs, tout aussi incontestables, comme les comédiennes Nada Strancar et Dominique Valadié, n’ont pas signé ce communiqué. Au ministère, Michel Orier, directeur général de l’action artistique, se dit « très attentif » à la crise au Conservatoire. « Ce n’est quand même pas une démarche anodine, observe-t-il . Les élèves seront reçus dans les jours qui viennent, et écoutés, ainsi que Daniel Mesguich et les professeurs. » A suivre.” Et pour une fois, ce n’est pas moi qui le dis, c’est ainsi que se conclut le papier du Monde .

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