LE DIRECT

Dallas revient !

7 min

Je m’en veux, alors que se termine la saison 1 de la Dispute, je ne vous ai pas encore parlé du fracassant retour de Dallas , et pourtant, l’événement a passionné vos journaux. “Beaucoup l’avaient imaginé, mais personne n’avait osé le faire , raconte ainsi Fabrice Rousselot, le correspondant de Libération à New York. Le 13 juin, plus de vingt ans après avoir fermé les portes du ranch maudit de Southfork, la chaîne câblée américaine TNT a réalisé l’impensable : la résurrection de la série télé la plus connue de la planète. Dallas, donc, son univers impitoya-ableuuu, ses Stetson, ses costumes à épaulettes et ses puits de pétrole, reprend du service comme si de rien n’était, à 21 heures, en promettant son lot d’intrigues et de coups encore plus tordus qu’au bon vieux temps.

Cela fait des semaines en réalité que l’Amérique cathodique retenait son souffle. Car le coup de maître de la chaîne de Ted Turner, c’est d’être parvenue à conserver le trio gagnant de la série originale. L’infâme J.R. évidemment, avec un Larry Hagman qui, à 80 ans, et après quelques problèmes de santé, à l’œil bleu plus perfide que jamais. Son frère, le beau Bobby (Patrick Duffy) a pris quelques cheveux blancs et un peu de bide, mais il est toujours là quand il s’agit de défendre l’honneur des Ewing. Et puis il y a l’époustouflante Sue Ellen (Linda Gray, 74 ans s’il vous plaît), qui a laissé tomber la bouteille pour tenter une carrière de politicienne. Le pari est énorme pour Time Warner, propriétaire de la chaîne TNT, et dont la filiale Warner Horizon Television détient les droits de Dallas. La série, qui a monopolisé les petits écrans américains entre 1978 et 1991, était totalement emblématique d’une époque, devenant l’un des premiers soap opéras à s’imposer à la télé en soirée. Le menu était des plus salé, entre les coucheries des unes, les beuveries des autres, et les trahisons en tout genre de tout le monde. Le dernier épisode avait rassemblé pas moins de 90 millions de téléspectateurs américains, et près de 360 millions dans le monde. Depuis, les studios ont essayé à plusieurs reprises de relancer Dallas, mais sans succès. Après deux téléfilms en 1996 et 1998 qui avaient reçu un accueil mitigé, les chances semblaient s’amoindrir au fil des années. Mais cette fois, c’est la productrice Cynthia Cidre qui a su convaincre Patrick Duffy et Larry Hagman de se remettre au travail, en proposant une nouvelle série décrite comme « plus moderne » et « plus efficace ». Le premier épisode plante ainsi le décor avec l’apparition de la nouvelle génération des Ewing, toujours aussi autodestructeurs. J.R. a donc un fils, John (Josh Henderson), qui, à en juger par ses accès de colère, est au moins aussi méchant que son papa. Le fils adoptif de Bobby, Christopher (Jesse Metcalfe, le jardinier sexy de Desperate Housewives), est évidemment le gentil et n’a d’autre ambition que d’essayer de développer des énergies vertes à Southfork, ce qui n’est clairement pas du goût de J.R. et de son rejeton. Du coup, c’est reparti pour les saloperies. D’autant que John et Christopher se disputent les faveurs de la fille du cuisinier du ranch… Non, non, on n’invente rien. […] Le New York Times a relevé qu’on adorait Dallas parce qu’il était surtout lié aux années 80, et s’est interrogé sur le potentiel des nouveaux acteurs, un peu trop beaux et un peu trop propres sur eux, pour être à la hauteur d’un J.R. Ewing à la vacherie ravageuse. Pour faire bonne mesure, les producteurs ont prévu le retour de la nièce nympho, l’adorable Lucy (Charlene Tilton). Et même celui de Victoria Principal, dans le rôle de l’ex-femme de Bobby (que l’on pensait morte, mais on avait dû mal comprendre). « A-t-on vraiment besoin d’un nouveau Dallas à la télévision ? Pas vraiment, conclut Robert Rorke du New York Post. Mais si c’est rigolo et bien réalisé, pourquoi pas ? Le vrai test, c’est de voir s’ils arriveront à ressusciter Dynasty… Ce jour-là, il sera temps de s’inquiéter. »

Diane Lisarelli, dans les Inrockuptibles , note que “malgré le carton d’audience (sept millions de téléspectateurs pour ce premier épisode, un record pour le câble), les chiffres représentent une chute d’audience de 80% par rapport au dernier épisode de 1991. Car, aujourd’hui, le paysage médiatique s’est métamorphosé, l’offre série s’est largement améliorée et la télé ne se consomme plus de la même manière. Il est loin le temps où Florence Dupont, universitaire et latiniste, comparaît Dallas à Homère en parlant de « l’échange collectif ritualisé » que représentait la diffusion du feuilleton télévisé.”

Toujours dans les Inrockuptibles , le spécialiste des séries télé de l’hebdomadaire, Olivier Joyard, s’est lui interrogé sur la spectaculaire couverture médiatique du revival de Dallas en France. “Au vu du nombre considérable d’articles et de sujets qu’engendre le retour de Dallas, largement supérieur au buzz que peut provoquer dans notre pays une série comme Mad Men, plusieurs hypothèses se bousculent , suppute-t-il. Juste après avoir donné à la gauche une majorité qu’elle n’avait pas connue depuis 1981, la France traverse-t-elle une crise de Mitterrandisme aiguë ? On sait que l’unique président socialiste avant François Hollande regardait le soap pétrolier des années 80 avec sa fille, certains murmurant même qu’il se déguisait en JR. Du feutre au Stetson, la transition était osée, mais l’homme à la rose trouvait sans doute dans la série des idées pour martyriser ses adversaires. Comme un désir ultime de respecter la tradition, l’irruption du désormais célèbre tweet anti-Ségolène, en pleine campagne du deuxième tour des récentes législatives, a sans doute rappelé à chacun la tendance éternelle au soap de la vie politique française. Sue Ellen n’aurait pas fait mieux. L’autre hypothèse prend en compte l’amour des séries tel qu’il se pratique en France. Depuis une décennie, il n’aura échappé à personne que la transition des créations américaines ou anglaises vers la maturité artistique a trouvé un écho ici. Pour un peu, on écrirait que plus personne ne considère les aventures de Bobby et JR comme une référence. Mais on se tromperait en utilisant une formule aussi péremptoire. Il reste en France un vieux fond étrange de fascination mêlé de mépris pour les séries, observable à intervalles réguliers. Il reste des gens pour penser que les séries, c’est Dallas, comme s’il ne s’était rien passé depuis vingt ans. Ils parlent simplement un peu moins fort qu’avant.”

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......