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Un manège à sensations fortes à la fête foraine du Grand Palais.

De l'usage du pouvoir de nomination

5 min

A propos des nominations de Frances Morris à la Tate Modern, d'Olivier Descotes au Musée Benaki d'Athènes, et de Sylvie Hubac à la RMN-Grand Palais, et du jeu de dupe que cette dernière a occasionné.

Un manège à sensations fortes à la fête foraine du Grand Palais.
Un manège à sensations fortes à la fête foraine du Grand Palais. Crédits : Marion Aquilina - Radio France

“A quelques mois de l’ouverture de son extension (en juin), la Tate Modern de Londres vient de se doter d’une nouvelle directrice, nous apprend une brève de La Croix. Frances Morris, 57 ans, entrée comme conservatrice à la Tate Modern en 1987, va succéder à Chris Dercon, qui part diriger à Berlin le théâtre de la Volksbühne. Autre nomination, cette fois au Musée Benaki d’Athènes, riche de 500 000 objets d’art allant de la préhistoire à la peinture du XXe siècle, le poste de directeur vient d’en être confié au Français Olivier Descotes, ancien directeur de l’Institut français d’Athènes.” “La nomination d’Olivier Descotes a ses détracteurs, constate la correspondante du Monde à Athènes, Adéa Guillot. Certains regrettent que la Grèce soit allée chercher un étranger pour diriger une institution si symbolique de la culture grecque. La très respectée archéologue Lila Marangou déplore, elle, que le conseil d'administration du Benaki n'ait pas « fait le choix d'un vrai profil scientifique, un historien ou un archéologue fin connaisseur des civilisations ». Des préventions que Descotes, diplômé de Sciences Po, de la Sorbonne et de Cambridge, entend désarmer. « J'ai effectivement un profil de manageur culturel après avoir dirigé l'Institut français d'Athènes et de Milan. Mais vous savez, au Louvre, au Grand Palais ou au Centre Pompidou, ce sont aussi d'abord de grands manageurs. »”

Un poste très convoité

 La preuve : Sylvie Hubac. “qui va prendre la présidence de la RMN-Grand Palais en remplacement de Jean-Paul Cluzel atteint par la limite d’âge. [Enarque], elle fut la directrice du cabinet du président à l’Elysée de 2012 à début 2015. Pour autant, rappelle Jean-Christophe Castelain dans Le Journal des Arts, Sylvie Hubac n’est pas totalement étrangère au monde de la culture. Elle a été directrice adjointe du cabinet de Jack Lang, ministre de la Culture de 1992 à 1993, et directrice de la musique, du théâtre et des spectacles rue de Valois de 2002 à 2004 alors que Jean-Jacques Aillagon puis Renaud Donnedieu de Vabres étaient ministre de la Culture. Elle a également été présidente de la Commission de classification des œuvres cinématographiques et présidente du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique. La présidence de la RMN-Grand Palais est un poste très convoité. Cet établissement public issu de la fusion entre la RMN et le Grand Palais emploie près de 1 100 personnes pour un budget d’environ 170 millions d’euros. Souvent moqué par ses pairs pour son activité très rémunératrice de location d’espaces sous la nef du Grand Palais, l’établissement public doit cependant faire face à des difficultés nouvelles. A la fermeture de la librairie du Louvre, s’ajoute un « palier dans la fréquentation des visiteurs » comme le soulignait le Projet de Loi de Finances 2016. Un palier qui a même tendance à se transformer en baisse, puisqu’en 2015, les entrées ont diminué de 6 %. C’est dans ce contexte que la RMN-GP va devoir gérer la fermeture du Grand Palais pendant 2 ans entre 2019 et 2021 pour d’indispensables travaux. En théorie et selon les nouvelles règles fixées par Fleur Pellerin, son mandat est de 5 ans, renouvelable deux fois par période de 3 ans.” 

Élément de langage

Claire Bommelaer, dans Le Figaro, s’est intéressée au communiqué de la ministre de la Culture, publié mercredi dernier : « Sur proposition de Fleur Pellerin, le président de la République a nommé Sylvie Hubac à la présidence de la RMN-Grand Palais. » “Sur sa proposition, vraiment ?, s’interroge la journaliste. Bien peu, aujourd’hui, croient à cet « élément de langage » très diplomatique. La ministre a eu beau insister, [le 20 janvier], lors de ses vœux à la presse, sur la nécessité qu’elle avait eue de « tenir secrète la candidature de Sylvie Hubac, pour des raisons de confidentialité », il semble que l’histoire se soit jouée ailleurs que Rue de Valois. […] [Sylvie Hubac] est légitime pour la présidence du Grand Palais, institution phare pour les grandes expositions. Son arrivée, toutefois, remet à nouveau sur le tapis la délicate question de l’usage du pouvoir de nomination. Et la quasi-impossibilité de lui appliquer des règles un tant soit peu claires. En décembre, la ministre de la Culture avait reçu dans son bureau les candidats à la présidence du Grand Palais, laissée vacante par le départ en retraite de Jean-Paul Cluzel. Projet de relance pour l’établissement à l’appui, ces derniers avaient passé un entretien, puis subi une sélection en règle. En fin de parcours, la ministre avait suggéré deux noms au président de la République – celui d’Olivier Poivre d’Arvor, ancien [directeur] de France Culture, et celui de Valérie Vesque-Jeancard, actuelle numéro deux du Grand Palais. Elle était suivie en ce sens par Matignon, qui avait également fait passer une note à l’Élysée. Samedi [16 janvier], Olivier Poivre d’Arvor tenait largement la corde, et devait être reçu Rue de Valois, heureux d’avoir enfin trouvé un point de chute. 

Cadeaux

Mais au royaume des nominations publiques, la rationalité n’est presque jamais de mise. Et la politique rôde, mettant à mal toute forme de discours construit. Mardi [19 janvier au] soir, brutalement, tout le monde a compris que ces entretiens n’étaient qu’un jeu de dupes. Et que le président de la République avait tranché, seul ou presque, dans son bureau. Il va de soi qu’il n’a prévenu Fleur Pellerin qu’une fois sa décision prise. On dit que Jean-Paul Cluzel a été à la manœuvre pour ce retournement de dernière minute. Mais qu’importe, dans le fond ? L’essentiel est ailleurs. En cette année préélectorale, et alors que quatre grands postes culturels vont être remis en jeu – les présidences de la BnF, du Musée d’Orsay, du Théâtre de Chaillot et du domaine de Versailles, le président avance seul. Et ne s’interdit pas de donner les présidences de musées comme autant de cadeaux à ses proches – Sylvie Hubac est d’ailleurs issue de la promotion Voltaire de l’ENA, celle de François Hollande ou de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée. Comme l’était Frédérique Bredin, nommée au Centre national du cinéma en 2013. On se souvient que le candidat Hollande avait promis de ne pas réitérer les défauts de « l’État UMP » et avait promis de ne pas « placer » ses relations au pouvoir. La promesse était sans doute difficile à tenir : quel président s’entourerait d’« ennemis ». Mais pourquoi organiser des entretiens et faire travailler des candidats à un projet ? Aujourd’hui, ceux dont les noms ont circulé en vain doivent se le demander.”

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