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De Villette en Huchette, rien ne va plus

7 min

Je vous avais évoqué il y a un mois les inquiétudes du Théâtre Paris-Villette quant à son avenir, et du site de soutien, Lebaiserdelamatrice.fr, où on pouvait exprimer son soutien, moyennant une règle du jeu : se filmer, grâce à une caméra reliée à l’ordinateur, tout en lisant une page d’A la recherche du temps perdu . Il faut croire que Marcel Proust n’a pas suffi : “les nuages s’accumulent au-dessus de la tête du Paris-Villette , écrit en effet Nathaniel Herzberg dans Le Monde . Respecté dans toute la profession pour la qualité de sa programmation et son sens de la découverte, le théâtre souffre de déficit chronique. Depuis trois ans, la Ville de Paris, qui le finance à 97%, tire la sonnette d’alarme. En 2011, l’adjoint à la culture, Christophe Girard, avait même recommandé sa fermeture, mais n’avait pas été suivi par le maire Bertrand Delanoë. La subvention de 865 000 euros avait donc été reconduite pour 2012, mais aucun engagement n’a été pris sur l’avenir. Afin de convaincre la mairie, le directeur du théâtre, Patrick Gufflet, comptait sur l’Etat. Propriétaire des murs, celui-ci accepterait peut-être de faire un geste en faveur d’une institution reconnue.

On en était là quand je vous en ai parlé le 27 février. “Or , poursuit le journaliste du Monde , c’est précisément de l’Etat qu’est venu, le 19 mars, le coup de tonnerre. Invité des Etats généraux du jazz, Georges-François Hirsch, directeur de la création artistique au ministère de la Culture, a annoncé aux musiciens réunis à la Maison de la poésie que des négociations étaient en cours avec la mairie de Paris pour installer l’Orchestre national de jazz (l’ONJ)… au Théâtre Paris-Villette.

Pour le monde du jazz, qui attend depuis des années la création d’un lieu public consacré à cette musique à Paris, la nouvelle était inespérée. Il y a quelques mois, le pavillon du Charolais, disponible dans le parc de la Villette et que l’ONJ réclamait, avait été attribué par l’Etat au Hall de la chanson. Hériter ainsi de son voisin, quelle divine surprise !

Pour Patrick Gufflet, directeur du Paris-Villette, en revanche, la douche est glaciale. Dans un communiqué envoyé mardi dernier, il juge la disparition de son théâtre « plus que probable ». « La Ville trouverait ainsi la solution pour se débarrasser d’un théâtre de création », poursuit-il.

Il est vrai que l’heure des choix approche. Le bail de la mairie sur le bâtiment s’achève fin 2012. Sera-t-il renouvelé ? « La décision n’est pas prise », assure Christophe Girard. Quant à la proposition de Georges-François Hirsch : « Je la découvre et je la trouve intelligente. Il manque un lieu pour le jazz à Paris, c’est évident. En l’installant à La Villette, avec autour le Conservatoire national, la Cité de la musique, la Grande Halle et la future Philharmonie, on aurait là un ensemble cohérent. » Et le Paris-Villette ? « Nous avons besoin de Patrick Gufflet, de son audace, poursuit-il, regardons si un autre lieu ne peut pas lui permettre d’exercer son talent de directeur. Mais encore une fois, rien n’est décidé.“ Pas convaincue par cette dernière affirmation, l’équipe du Paris-Villette a lancé, jeudi dernier, une pétition de soutien.“

Et Armelle Héliot de s’interroger dans Le Figaro , en cas de disparition avérée du Paris-Villette : “Que deviendrait la jeune création ? Peut-on rayer d’un trait de plume le travail de toute une équipe ? Est-ce à cause du Cent-quatre, situé dans le même arrondissement ? […] Veut-on seulement la chanson, la musique, sur le site de La Villette ?“ Ce n’est en tout cas pas l’avis du parc et de la Grande Halle de la Villette, qui a signé la pétition de soutien, nous informait ce matin Louise Vignaud dans Libération . “L’établissement public, représenté par son directeur, Jacques Martial, a décidé de renforcer sa coopération avec le théâtre en y programmant la plus grande partie de sa propre saison théâtrale 2013, garantissant ainsi « la place du théâtre à la Villette et la pérennité de son financement. »

C’est encore dans Le Figaro qu’on trouve une autre nouvelle inquiétante concernant un théâtre historique parisien. “La Huchette, mythique salle de 90 places située au cœur du Quartier Latin (et non “de Saint-Germain-des-Prés , comme l’écrit Nathalie Simon), traverse une mauvaise passe. Alors que la BnF lui consacre une exposition, le célèbre théâtre craint de devoir mettre la clé sous la porte, pour cause de hausse de loyer. Les frais atteignent désormais 50 000 euros par an, une somme jugée hors de portée par son directeur, Jean-Noël Hazemann. « Nous avons failli être expulsés et nous sommes encore susceptibles de l’être », affirme-t-il. « La Huchette » ? Un monument du patrimoine français connu dans le monde entier où se sont produits des « monstres » comme Laurent Terzieff, Antoine Vitez, Jean-Louis Trintignant ou Jean-Paul Belmondo. Le lieu doit son succès à une longévité exceptionnelle. Depuis 1957, le théâtre donne, sans interruption, les deux mêmes pièces d’Eugène Ionesco dans leurs mises en scène d’origine : La Cantatrice chauve, revisitée par Nicolas Bataille, et La Leçon, montée par Marcel Cuvelier. Une performance unique en son genre qui lui vaut de figurer dans le Livre Guinness des records. « Le théâtre est présent dans tous les guides étrangers, s’enorgueillit Jean-Noël Hazemann , des générations d’étudiants y reviennent avec leurs enfants. » Parallèlement aux œuvres de Ionesco et dans l’esprit du fondateur de la Huchette, Georges Vitaly, le théâtre propose aussi des créations d’auteurs contemporains. « Aujourd’hui, nous ne voulons pas augmenter le prix des places, et nous ne pouvons pas augmenter leur nombre. Or il faudrait 70 000 euros chaque année pour pouvoir faire vivre le théâtre », poursuit le directeur.

Il y a quelques semaines, l’expulsion a été évitée de justesse grâce aux dons, provenant notamment des 200 membres de l’association des Amis de la Huchette et à des personnalités comme Alain Decaux et Jeanne Moreau. « Cette mobilisation a permis de sauver provisoirement le théâtre, raconte Gonzague Phélip, membre de l’association des Amis. Pour l’instant, nos appels auprès des institutions, le ministère de la Culture et le conseil régional, sont restés lettre morte. Nos seuls espoirs résident dans le mécénat. »

Quant à la Cantatrice chauve, rien de nouveau, « elle se coiffe toujours de la même façon »

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