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Délices du manuscrit

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Les manuscrits font beaucoup parler d’eux, ces temps-ci, et pas seulement parce que le plus important marchand de manuscrits au monde, Gérard Lhéritier, et sa société Aristophil font la une des chroniques culturo-judiciaires, de Charlie Hebdo au Point en passant par Libération et Le Monde, depuis que la justice soupçonne le fondateur du musée des Lettres et Manuscrits, heureux acquéreur, entre autres, du Manifeste du surréalisme d’André Breton, en 2008, pour près de deux millions d’euros, et des Cent Vingt Journées de Sodome de Sade, pour sept millions, “d’escroquerie en bande organisée” pour avoir selon elle montée une pyramide de Ponzi, ”une arnaque façon Madoff”. Non, plus littérairement parlant, c’est la découverte de textes inédits ou qu’on croyait perdus, qui réjouit les bibliophiles et autres philologues. Ainsi de “la « Joan Anderson Letter », mythique dans l’histoire de la littérature américaine. Elle a été écrite le 17 décembre 1950 , nous rappelle Le Monde (Nathalie Crom ici présente s’y est elle aussi intéressée dans Télérama ), et envoyée à Jack Kerouac peu de temps avant qu’il ne commence à écrire Sur la route. Son auteur, le jeune Neal Cassady, qui sillonne les Etats-Unis en train ou en voiture, inspire à Kerouac le héros de son roman, Dean Moriarty, mais aussi son style. Lorsque Jack Kerouac la reçoit, il est époustouflé. Il décrit cette lettre, baptisée du nom d’une petite amie de Cassady, comme « le plus grand morceau de littérature [qu’il ait] jamais vu, meilleur que quiconque en Amérique, assez pour que Melville, Twain, Dreiser, Wolfe, je ne sais qui, se retournent dans leur tombe ». Quand il écrit un des premiers jets de Sur la route, en avril 1951, il en reprend le style musical, appuyé sur « des courants de conscience ». Il en tape à la machine de larges extraits pour la faire connaître et confie l’original au poète Allen Ginsberg, qui l’envoie à un éditeur de San Francisco. Celui-ci fait faillite sans avoir ouvert la lettre, on la croit perdue. Elle vient cependant d’être retrouvée : elle avait été conservée par hasard par un label de musique qui partageait ses locaux avec l’éditeur. Considérée comme « inestimable » par Dennis McNally, l’un des biographes de Kerouac, elle sera mise aux enchères le 17 décembre, en Californie, par la maison Profiles in History.” Elle est estimée, selon Le Figaro , entre 300 000 et 500 000 dollars.Si vous vous sentez l’âme d’un Gérard Lhéritier… Pas à vendre, en revanche et a priori, cet “inédit de Louis-Ferdinand Céline, [qui] vient de surgir des archives de la Société des nations à Genève. L’histoire , relatée par Edouard Launet dans Libération, est cocasse. En 1924, le docteur Louis Destouches publie dans la revue La Presse médicale un article intitulé « la Vie, Pasteur, Semmelweis et la mort ». Âgé de 30 ans, le futur écrivain travaille alors à la section d’hygiène de la SDN à Genève. Son article est un hommage à Louis Pasteur et à Ignace Semmelweis, hygiéniste hongrois du XIXe siècle sur lequel l’étudiant en médecine avait fait sa thèse de doctorat. La Presse médicale publie l’article en juin 1924 mais supprime le premier tiers du texte, jugé trop philosophique. Ce sont ces pages, restées inconnues depuis, qui ont été exhumées dans les archives par un juriste et écrivain genevois, Alexandre Junod, rapporte La Tribune de Genève. Selon ce journal, on découvre dans cet inédit les thèmes de l’œuvre future – l’absurdité de l’existence, l’horreur de la guerre, la défiance vis-à-vis des autorités – même si le style célinien en reste absent. C’est en menant un projet de recherche sur Céline qu’Alexandre Junot a ouvert un vieux carton d’archives de la SDN, dans les locaux actuels de l’ONU. Au milieu de la paperasserie administrative et d’un rapport de mission aux Etats-Unis, il tombe sur une quinzaine de pages tapées sur papier carbone. […] « On peut y lire des corrections de la main de Céline, dont l’écriture manuscrite est très reconnaissable », a-t-il raconté à La Tribune de Genève L’inventeur de l’inédit dit avoir gardé la nouvelle secrète pendant six mois, avant de transmettre le texte à Marc Laudelout, directeur du Bulletin célinien, qui vient de le publier dans le numéro 367. Les textes inédits de Céline sont devenus rarissimes hors correspondances , rappelle Edouard Launet. En mai 2012, Artcurial avait mis aux enchères un manuscrit autographe de quatre pages daté de 1937 et titré « la Vigne au vin », destiné, selon l’auteur du catalogue de la vente, à aider Gen Paul qui s’était engagé à peindre une grande fresque de 100 personnages destinée au Palais des vins de France à l’exposition universelle de 1937. Cette apologie par Céline du vin et de l’esprit bachique était singulière, notait Le Bulletin célinien, dans la mesure où l’ancien médecin hygiéniste s’était toujours revendiqué buveur d’eau et dénonçait l’alcoolisme.” Et pour les accros au chocolat, enfin, bonne nouvelle : “pour fêter les cinquante ans de la parution de Charlie et la chocolaterie, The Guardian a publié et mis en ligne un passage inédit du best-seller de Roald Dahl. Il s’agit du 5e chapitre d’une des premières versions du roman intitulée Charlie’s chocolate boy. En 1960, le romancier avait soumis le manuscrit à son agent qui lui avait suggéré d’alléger son histoire, à tous les sens du terme. Dans cette version en effet, les enfants qui visitent la chocolaterie étaient deux fois plus nombreux et l’esprit sarcastique de Roald Dahl plus grinçant encore. Dans cette scène inédite, deux garçons désobéissants, qui ont disparu de la version finale parue en 1964, sont sur le point d’être fondus dans du caramel et découpés en petits carrés avant d’être mis en vitrine. L’une des mères s’indigne du sort qui attend son fils… au motif qu’elle a trop dépensé pour son éducation pour qu’il finisse ainsi ! Une réplique jugée sans doute trop subversive et supprimée ultérieurement…” Vous reprendrez bien un petit caramel ?

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