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Délocalisations musicales

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A l’heure où d’aucuns, parmi les candidats à la présidentielle, saluent dans le succès de The Artist aux Oscars la preuve de la vitalité du modèle hexagonal et du « produire en France » , Le Figaro , sous la plume de Thierry Hillériteau, s’est intéressé à l’orchestre qui a enregistré la musique du film, signée Ludovic Bourse, elle-même multi-récompensée. Et surprise, c’est un orchestre belge, le Brussels Philharmonic, dirigé par un chef d’orchestre dont on avait beaucoup parlé à l’époque de l’affaire de l’Ordre du Temple Solaire, Michel Tabachnik. « Il s’agit d’un coup de projecteur inespéré », se réjouit Michel Tabachnik. Le chef le sait : les orchestres qui participent à l’enregistrement de bandes originales pour Hollywood demeurent généralement dans l’ombre du compositeur. Sauf pour The Artist ! « Comme c’est un film muet, le rôle de la musique est primordial du point de vue dramaturgique. Du coup, nous nous trouvons beaucoup plus exposés qu’il y a cinq ans, lors de notre premier Golden Globe pour la musique d’Aviator . »

L’exposition, c’est la première motivation des orchestres classiques qui se frottent à l’industrie cinématographique. « La musique de films fait partie des gènes de nos musiciens, souligne Chaz Jenkins, directeur du département Enregistrements du London Symphony Orchestra : c’est une véritable respiration pour eux, mais aussi la chance de toucher un public beaucoup plus large. » Le LSO reste, parmi les formations classiques, la référence mondiale en termes de musique de films. Le thème de Luke dans la première trilogie Star Wars ? C’est lui. Celui d’Hedwige dans les derniers Harry Potter ? Encore lui. La Marche des Aventuriers, que l’on retrouve dans tous les Indiana Jones ? Toujours lui ! Malgré des liens étroits entretenus depuis les années 1970 avec Hollywood, « nous devons faire face à une concurrence de plus en plus sérieuse », dit Chaz Jenkins.

Celle-ci vient des pays de l’Est, notamment de Prague, où le City of Prague Philharmonic, plus compétitif et qui bénéficie de l’implantation dans la capitale des célèbres studios Barrandov, a séduit jusqu’à la firme Lucasfilm Entertainment. Elle vient aussi de Los Angeles, où les musiciens dénoncent le recours des studios hollywoodiens à des orchestres non américains. En 2002, la Fédération des musiciens américains a négocié directement avec les producteurs de films. Ils ont accepté de réduire leurs cachets forfaitaires pour les enregistrements de musiques de films, en échange de l’apparition au générique du nom de l’ensemble des musiciens. De là naquit le Hollywood Studio Symphony, un orchestre de studio non permanent, aujourd’hui concurrent sérieux de Londres ou Prague, et rendu populaire grâce à la musique de la série télé Lost.

Michel Tabachnik ne croit guère à un possible monopole de ces « orchestres de studio ». « Je suis très ami avec Ennio Morricone, raconte-t-il. Celui-ci est convaincu que les orchestres classiques permanents ont des couleurs que vous n’obtiendrez jamais avec un orchestre occasionnel. Et ce sont ces couleurs orchestrales qui sont la clef de l’émotion au cinéma. » Mais pour enregistrer trois à quatre bandes originales par an, le Brussels Philharmonic doit être souple et compétitif. Une flexibilité que ne peuvent s’offrir les grands orchestres français. Et qui permet à leur homologue bruxellois de chasser sur les terres de notre cinéma“ , conclut Thierry Hillériteau dans Le Figaro .

Et s’il n’y avait que le cinéma ! L’Agence France Presse a découvert que c’est “un orchestre bulgare qui a interprété la musique de l’air de campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en ignorant qui était le commanditaire, a annoncé la semaine dernière la responsable de cet orchestre, Elena Tchoutchkova. « Personne, y compris le chef d’orchestre, ne devait savoir à quoi cette musique était destinée tant que Nicolas Sarkozy n’aurait pas lancé sa campagne », a-t-elle déclaré à l’AFP. L’air, interprété par une cinquantaine de musiciens, a été enregistré le 12 février. Les percussions ont été ensuite ajoutées par voie électronique, a-t-elle expliqué. La responsable de l’orchestre symphonique SIF 309 a été contactée par l’auteur, le compositeur français Laurent Ferlet, avec lequel elle avait déjà travaillé : « Nous travaillons depuis vingt ans avec toute l’Europe, notamment avec l’Italie, la France, la Grande-Bretagne et – mais moins – avec les Etats-Unis », a déclaré Elena Tchoutchkova. Le SIF 309 a notamment interprété la musique des films Les Choristes de Christophe Barratier, Huit Femmes de François Ozon et Hanuman de Fred Fougea, a-t-elle précisé. « C’est la première fois que nous faisons enregistrer de la musique de campagne électorale », a-t-elle noté, qualifiant la musique de « très bonne et solennelle comme un hymne ».

Allez, encore une petite polémique pour finir, allemande celle-ci, et rapportée par Libération. “Le Deutsche Oper de Berlin croyait bien faire en programmant, le 20 avril, un opéra très rarement représenté de Richard Wagner, Rienzi, raconte le quotidien. Une levée de boucliers a cependant contraint l’institution à annuler la représentation. Le 20 avril est en effet… le jour de naissance, en 1889, d’Adolf Hitler. Et le Führer a souvent affirmé que Rienzi était son opéra favori, allant jusqu’à déclarer à la belle-fille du musicien que l’œuvre était à l’origine de son engagement politique. Dès le début de la polémique par voie de presse, plusieurs artistes de la distribution ont annoncé leur refus de chanter ce soir-là, contraignant la direction à déprogrammer l’opéra. Le Deutsche Oper plaide une malencontreuse coïncidence, mais « trop de coïncidences font de cette représentation une très mauvaise idée », écrit sobrement le quotidien Die Welt dans un éditorial. Les wagnériens ne seront pas lésés pour autant : Rienzi sera donné le lendemain, tandis que la soirée du 20 avril sera consacrée à Jenufa de Leos Janacek.“

Pas sûr que ce choix soit une si bonne idée, dans la mesure où, comme le rapporte un article sur le site de la Central Europe Review , cet opéra de Janacek était “plutôt populaire dans l’Allemagne nazie“ , et que « Jenufa a été joué encore et encore sous le Troisième Reich, malgré les origines slaves du compositeur et le fait que ce soit un Juif, Max Brod, qui ait traduit le livret en allemand.“

Les polémiques, on ne s’en sort jamais !

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