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Déplacements

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“Emotion à Rouen , relate dans Libération notre confrère en Dispute, René Solis : la décision d’Yvon Robert, maire (PS) de la ville de Seine-Maritime, de déménager l’école des Beaux-Arts du centre-ville vers la périphérie, dans les locaux du collège Jean-Giraudoux, qui doit fermer au mois de juin, fait polémique. Une pétition, signée par plusieurs dizaines d’artistes et d’intellectuels de renom, dont Daniel Buren, Sophie Calle, Gérard Garouste, Annette Messager, Anri Sala, Pierre Soulages, Jean-Christophe Bailly ou Georges Didi-Huberman, s’élève contre un projet qui isolerait « l’école loin du musée des Beaux-Arts et des différents lieux d’art contemporain présents dans le centre et entraînerait une perte d’attractivité certaine pour ses invités, pour les professeurs recrutés à l’avenir et surtout pour ses étudiants ». Les signataires dénoncent aussi une absence de concertation de la mairie et réclament « qu’une étude soit menée qui examine objectivement toutes les options possibles. » Fondée en 1741, l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen est aujourd’hui jumelée administrativement avec celle du Havre sous le nom d’Ecole supérieure d’art et de design (Esadhar). Elle est installée depuis soixante-dix ans dans les locaux historiques de l’aître Saint-Maclou, un ossuaire du XVIe siècle qui a besoin d’être restauré. Situé à la Grand’Mare, quartier marginalisé dans les Hauts de Rouen, le collège Jean-Giraudoux, conçu pour accueillir 400 élèves, n’a plus que 147 inscrits cette année d’où la décision de le fusionner avec le collège Georges-Braque, situé dans la même zone, et lui aussi en sous-effectif. Une initiative qui fait grincer localement quelques dents. […]

Mais c’est bien le déménagement de l’école des Beaux-Arts qui focalise l’essentiel des critiques. D’autant que de précédentes expériences de transfert vers la périphérie menées dans d’autres villes ne plaident pas en sa faveur. Ainsi Valence, dans la Drôme, qui avait installé, en 1995, son école d’art dans un bâtiment flambant neuf du quartier de Fontbarlettes, envisage de la réinstaller en centre-ville, prenant acte des difficultés d’une implantation qui a débouché sur une ghettoïsation de l’établissement. De même, Valenciennes (Nord) s’interroge sur un éventuel rapatriement de son école. Du côté de la mairie normande, on dément toute intention de passer en force. Interrogée par Libération, Christine Rambaud, première adjointe, estime que « la concertation démarre ». L’élue souligne que l’état de délabrement de l’actuel bâtiment « impliquait une solution rapide » et qu’il « n’existe pas beaucoup de pistes possibles » pour les nouveaux locaux de l’école, en termes de superficie et de coûts d’aménagement. « Le maire a indiqué qu’il était prêt à étudier des solutions alternatives mais, pour l’heure, nous ne les voyons pas. » La première adjointe relativise aussi l’éloignement du quartier de la Grand’Mare, situé selon elle à quinze minutes du centre-ville et bien relié par les transports en commun. Et dit souhaiter « que les étudiants s’emparent de ce projet dans un quartier en plein renouvellement ». Elle n’exclut pas non plus totalement un retour de l’école dans les bâtiments de l’aître Saint-Maclou une fois les travaux de réhabilitation menés à bien.”

En Angleterre, il a suffi du déplacement, non pas d’un établissement entier, mais d’un simple mur, et encore pas en entier, pour provoquer la polémique. “C’est l’histoire d’un morceau de mur d’un quartier pauvre du nord de Londres, mis aux enchères à l’autre bout du monde , et c’est le correspondant du Monde à Londres, Eric Albert, qui la raconte. En mai 2012, Banksy, star du street art, a réalisé au pochoir une de ses œuvres sur le côté d’un bazar de Wood Green, où les émeutes ont débuté pendant l’été 2011. Il a dessiné un petit garçon à genoux devant une machine à coudre, fabriquant à la chaîne des drapeaux britanniques. Terminé juste avant le jubilé de diamant de la reine, le graffiti était une critique du marketing entourant l’événement et des conditions dans lesquelles les « souvenirs » sont produits dans le tiers-monde. Mais dans la nuit du 15 au 16 février, le bout de mur a disparu. Soigneusement découpée, l’œuvre s’est retrouvée mise aux enchères aux Etats-Unis, par Fine Arts Auctions Miami (FAAM). Estimation : entre 500 000 et 700 000 dollars. Les habitants de Wood Green se sont rebellés. Sous la houlette de conseillers municipaux, ils ont ameuté les médias et organisé une manifestation, samedi 23 février, au cri de « Rendez-nous notre Banksy ! »

Or, Scotland Yard, qui a ouvert une enquête, affirme qu’il n’y a pas eu de plainte pour vol. Le propriétaire du bâtiment, Wood Green Investment, refuse de dire s’il a autorisé le prélèvement de l’œuvre. Et Frédéric Thut, qui dirige FAAM, affirme que le graffiti était « peint sur un mur privé : le propriétaire peut faire ce qu’il veut de son propre mur. »

« Nous comprenons qu’il n’y a peut-être rien d’illégal dans la façon dont cette œuvre d’art a été retirée de nos rues, mais la vendre avec un énorme profit serait moralement condamnable et complètement contraire à l’esprit avec lequel cela a été donné à notre communauté », a rétorqué Claire Kober, maire du quartier d’Haringey, où se trouve Wood Green. Finalement, FAAM a cédé, [le jour même]. Slave Labour, titre donné à l’œuvre, a été retiré de la vente, sans véritable explication. Son sort demeure pour l’instant inconnu. Quant au mur, il a désormais pris une vie propre. Tout ce que Londres compte de graffeurs est pris d’une envie irrépressible d’aller y planter sa marque. Un rat, typique de ceux réalisés par Banksy, est apparu sur le côté, tenant une pancarte : « Pourquoi ? » Puis est venu un autre dessin : « Danger, voleurs », montrant un homme dérobant le cœur d’une petite fille. Et, enfin, une bonne sœur sans bouche, accompagnée d’un ballon de baudruche en forme de cœur, est venu recouvrir le ciment frais.

Et Banksy ? , s’interroge le correspondant du Monde . Il ne dit rien, lui qui est toujours resté anonyme. Par le passé, il a plus d’une fois critiqué les galeries qui vendaient ses œuvres. Mais c’est aussi sa compréhension du marché de l’art qui l’a aidé à obtenir son statut de star. Cette nouvelle controverse aura certainement permis d’augmenter encore sa cote.”

Les postulants artistes de Rouen savent ce qu’il leur reste à faire…

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