LE DIRECT

Déportation, dérision et fétichisation

4 min

“Cela peut paraître sidérant , écrit François Ménia dans Le Figaro, et pourtant, Mickey, qui vient de fêter ses 80 ans, a montré le bout de son museau dans les camps de la Seconde Guerre mondiale. Avec Mickey à Gurs, publié chez Calmann-Lévy, l’historien de la Shoah Joël Kotek et le spécialiste de la bande dessinée Didier Pasamonik publient l’intégralité des planches d’un dessinateur juif enfermé dans le camp pyrénéen. 1933, Hitler arrive au pouvoir et Horst Rosenthal, juif allemand, migre en France. Il pense que le pays des Droits de l’homme ne cédera pas au régime nazi. Mais en 1940, le dessinateur est envoyé au camp de Gurs. Il y passera deux ans, durant lesquels il sera certain d’être libéré. Pour le prouver, les deux auteurs ont enquêté pendant plus de deux ans et trouvé des planches d’une valeur inestimable. Outre La Journée d’un hébergé et Petit guide à travers le camp de Gurs, Horst Rosenthal se mettra en scène dans la peau de Mickey. Pour Didier Pasamonik, ce choix est simple, le personnage phare de Walt Disney représentant « la figure de l’innocence » : « Le Journal de Mickey arrive en France en 1934, rappelle-t-il. C’est alors un symbole de modernité. Enfermé à Gurs, Rosenthal reste naïf, mais se rend compte de l’atrocité. » Mis à part la première case et la dernière, où Mickey s’enfuit, la souris aux grandes oreilles prend toujours un air surpris, ce qui caractérise pour Didier Pasamonik « l’étonnement et la surprise des gens qui découvraient cette horreur. Ils en avaient entendu parler, mais ça restait de la fiction ». Plutôt que montrer les atrocités, le natif de Breslau peint la machine bureaucratique à l’œuvre dans les camps. Il voulait dépeindre « la déshumanisation qui enlevait (aux prisonniers) la qualité d’être humain. Il s’intéresse à l’absurdité de l’époque ». Horst Rosenthal – dont les auteurs ne trouveront pas la photo – s’est donc, bien avant Art Spiegelman et son Maus, mis en scène dans le corps d’un animal. Bien qu’enfermé, il fait attention à respecter la loi : il précise que l’ouvrage est « publié sans l’autorisation de Walt Disney » et signe « Pour copie conforme ». Pour Pasamonik, ceci démontre une « honnêteté naïve jusqu’à la signature ». Dans la dernière case, datant de 1942, Mickey réalise qu’il n’est « qu’un dessin animé » et qu’il peut tout effacer d’un « coup de gomme ». Mickey s’en va en Amérique, déçu par la France. La même année, Horst Rosenthal sera déporté à Auschwitz. Il n’en reviendra pas.” Et pendant ce temps-là, une autre bande dessinée liée à la Seconde Guerre mondiale fait polémique. “Intitulée Hipster Hitler, [elle] prétend tourner en dérision le Troisième Reich et la culture Hipster selon ses auteurs, [et] attise les foudres de la communauté juive qui menace de manifester devant les magasins qui la vendent à Londres , a-t-on lu sur le site i24news.tv. Hipster Hitler caricature le dictateur allemand avec des lunettes noires, du même type que celles portées par les hipsters, version jeune et branché du bobo, [il porte un bonnet, une chemise à carreau, chevauche un vélo avec panier sur le guidon, joue à Pac Man et mange des noix de cajou, détaille Gemma Mulin sur le site du quotidien anglais The Daily Mail] et donne une « nouvelle raison de ne pas aimer Hitler et de rire du “dictateur paresseux” », selon ses créateurs, les Américains James Carr et Archana Kumar. Dans le même temps, les auteurs de Hipster Hitler entendent se moquer de ces individus hipsters appartenant à une « sous-culture contemporaine qui sacralise le non-conformisme, […] qui fétichise l’authentique pour créer une nouvelle variété de conformisme. »« Ce livre est une honte et devrait être interdit », a déclaré l'activiste Shania Angel, membre d'un groupe mis en place pour défendre Israël et les Juifs (« London stands with Israel »). « Des t-shirts de Hipster Hitler sont désormais en vente – ils font d'Hitler un personnage “à la mode”. C'est une insulte à l'encontre d'individus comme moi, qui ont perdu des proches durant la Shoah », a ajouté Angel. Le propriétaire d'un magasin londonien, dans lequel la bande dessinée est en vente, a déclaré qu'il ne la trouvait pas comique mais « le livre ne contient pas de références à l'Holocauste. C'est un ouvrage satirique qui se moque d'Hitler et des hipsters, a-t-il dit. Notre clientèle est essentiellement adulte et je pense qu'elle est capable de se rendre compte qu'il s'agit d'une satire. » D'après les informations fournies par les auteurs du site internet HipsterHitler.com, « aucune des opinions exprimées sur cette page ne doit être confondues avec les opinions des auteurs. (...) Il s'agit d'une œuvre de fiction et tout le contenu de ce site est à des fins critiques, satiriques. »” “CK, éditeur de Jewlicious.com, a publié un billet sur son site , relevé par The Daily Mail , où il dit à propos de Hipster Hitler : « C’est peut-être assez terrifiant, mais franchement, je trouve que tout ce qui ridiculise Hitler est plutôt bon pour les Juifs. Et pour l’humanité. »

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......