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“En réalité, Mona Lisa était… chinoise , nous révèle Libération. Les réseaux sociaux chinois s’enflamment pour la théorie très hétérodoxe de l’Italien Angelo Paratico, romancier basé à Hongkong, selon laquelle La Joconde était une esclave chinoise devenue la mère de Léonard de Vinci. Paratico dit avoir passé deux ans à étayer sa thèse : le génie de la Renaissance aurait été enfanté par Caterina, esclave orientale de l’un des amis de son père. Et c’est cette femme qui aurait posé pour le tableau. D’ailleurs, ajoute le romancier, « derrière Mona Lisa on voit un paysage chinois, et son visage ressemble lui-même à celui d’une Chinoise ». L’hypothèse, consignée dans un livre à paraître et relayée sur le Web, suscite beaucoup de réactions – incrédules ou amusées – en Chine, avec 160 000 commentaires mis en ligne. Une autre thèse , croit encore savoir Libération, voudrait que Mona Lisa soit un transsexuel new-yorkais.” Là, on attend toujours les preuves ! Seront-elles à chercher du côté de Turin ?, où, “conservé à quelques centaines de mètres du Saint-Suaire, le véritable autoportrait de Léonard de Vinci est à nouveau accessible , nous annonce Eric Biétry-Rivierre dans Le Figaro. Mais seulement jusqu’au 15 janvier, sur réservation, et par groupe de 25 personnes ne pouvant demeurer devant guère plus d’une demi-heure. La précieuse sanguine n° 15 571, large de 21 cm et haute de 33, ne s’admire plus que dans son coffre [de la bibliothèque royale de Turin]. Elle ne sort plus, car jugée trop fragile. […] Le dessin, vermillon à l’origine, est maintenant brunâtre. Derrière la surface piquetée par l’oxydation des pigments et des champignons, Léonard semble fatigué.” Il faut dire qu’il en a vu, le vieux Vinci. “De 1929 à 1950, l’œuvre avait été encadrée et accrochée en plein jour, dans le bureau du directeur de la bibliothèque ! La question [de sa conservation] préoccupe beaucoup plus [l’actuel directeur], Giovanni Saccani, que celles, anciennes et insolubles, relatives à l’authenticité. « Cet autoportrait de Léonard est actuellement le seul qui fasse l’unanimité auprès des spécialistes », tranche-t-il. Il fait certes étonnamment penser au visage placé au centre de la fresque sur l’Ecole d’Athènes peinte au Vatican en 1510-1511 par Raphaël. Beaucoup le considèrent comme un hommage du disciple au maître. Pourtant, l’inscription au bas de la feuille mentionnant Vinci n’a pas été portée par lui. Carbone ancien ou graphite moderne ? On ne sait. Le prélèvement d’un échantillon de cette écriture minuscule serait par trop préjudiciable. Par ailleurs, entre le moment où Francesco Melzi, collaborateur de Léonard, hérite d’un « portrait du maître » et l’apparition soudaine de la sanguine en 1840, achetée probablement en Angleterre pour le compte de Charles-Albert de Savoie, les traces manquent cruellement. Dès lors , rappelle le critique d’art du Figaro, que n’a-t-on fantasmé ! On prête des pouvoirs bénéfiques au dessin, contrairement au portrait de jeune homme par Boltraffio exposé à quelques mètres. Celui-ci, avec ses grands yeux noirs, porterait malheur. Lorsqu’il a été prêté à New York, les lumières sont tombées en panne à trois reprises… Sont-ce bien seulement les traits du père de la Joconde ? Les sceptiques penchent pour une idéalisation en philosophe platonicien, une figure archétypale du génie humain. Ils font valoir que l’homme est très âgé alors que le peintre est mort à 67 ans. Une partie avance qu’il s’agirait du père de Léonard, voire d’un vieillard anonyme croqué pour le noble stoïcisme qu’exprimerait son allure… Récemment, la thèse d’un faux réalisé au XIXe siècle a refait surface. Un amateur a cru déceler une cryptosignature de Goya autour de la prunelle de l’œil gauche ! Enfin, en 2009, un journaliste scientifique italien a affirmé discerner un autre autoportrait de Léonard, cette fois jeune adulte, réalisé à la craie rouge sous les écritures du fascinant Codex sur le vol des oiseaux[également exposé, juste à côté, à la Bibliothèque royale de Turin]. Une physicienne professeur à l’Ecole polytechnique de Turin a confirmé cette hypothèse par un traitement numérique de l’image. Giovanni Saccani y croit-il ? Il élude en haussant les épaules : « Léonard appartient à l’imaginaire collectif. » Des conjectures, il en a vu d’autres. Et, à coup sûr, il en verra encore.” Et il verra aussi beaucoup de touristes, attirés par la rareté de cette exposition, comme par celle, on parle dans ce cas d’ostension, du Saint-Suaire, qui aura lieu du 19 avril au 24 juin , l’ostension la plus longue jamais réalisée. Turin a mis pour l’occasion ses musées en ordre de bataille, avec notamment la nouvelle galerie de peinture du palais royal : la Galleria Sabauda. “Cette fabuleuse collection vient d’être transférée dans une ancienne aile administrative, sur quatre étages. Surface d’exposition doublée pour ce fonds aux trésors rarement prêtés donc peu vus (40 % demeurent encore en réserve).” “Turin constate Le Figaro, n’y va pas par quatre chemins pour vanter ses atouts culturels, avec ce slogan invitant à admirer l’autoportrait de Léonard de Vinci et le Saint-Suaire : « Venez voir les deux selfies les plus importants de l’Histoire ! » Ça changera de ceux réalisés par les touristes internationaux, et en particulier chinois, devant leur vieille compatriote, la Joconde…

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