LE DIRECT

Des livres bien recommandés (par Christophe Payet)

6 min

Dis-moi ce que tu lis déjà, je te dirai ce que tu dois lire. C'est un peu l'adage qui présidait jusqu'à présent dans les recommandations littéraires sur internet.

Dans Libération, Sophian Fanen, fait le point sur les bouleversements de la recommandation culturelle sur le web. Les sites multiplient les techniques pour recommander de la façon la plus fiable possible des œuvres aux internautes.

Et notamment, ils essaient de plus en plus de se détacher des algorithmes, pour personnaliser les conseils. Ils essaient d’être plus pertinents que : vous avez lu le premier Guillaume Musso, vous aimerez son dernier.

Car le risque sur internet, ce sont les comportements moutonniers : avec les algorithmes automatiques, les œuvres les plus consultés sont largement survalorisées. Et Sisley Maillard, un chercheur au Orange Labs cité dans Libération explique que « dans une situation d’incertitude, un internaute va se fier aux classements ». Internet a tendance à concentrer la consommation sur un petit nombre de produits.

Pourtant, on pourrait attendre exactement l’inverse de la puissance du web, qui a considérablement élargi nos horizons d’accès aux œuvres.

C’est un peu le principe de la « longue traîne » du journaliste américain Chris Anderson. Selon lui, internet permet en effet de vendre quelques produits en masse, mais de très nombreux autres trouveront preneur en petite quantité sur le long terme, et donc finiront par être vendus dans des quantités importantes.

Tout le défi est de mettre en valeur ces contenus peu demandés. De donner une visibilité aux livres ayant par exemple un public de niche.

Amazon met donc en valeur les commentaires des utilisateurs jugés les plus pertinents. Il y a même un classement, qui incite à commenter énormément et à étayer ses critiques. C’est ainsi que certains livres peu achetés mais très bien critiqués remonte « des tréfonds du catalogue ».

Mais la recommandation a encore fait des progrès depuis ce système de commentaires.

L’étape la plus récente, c’est la recommandation sociale. « Il s’agit de considérer que nos amis sur Facebook ou les internautes que l’on suit sur Twitter sont des gens à qui l’ont fait confiance, et que leur consommation de culture nous parlera donc. » Autrement dit, la nouvelle règle est « dis moi qui sont tes amis, je regarde ce qu’ils lisent, je te dis ce que tu dois lire ».

Et le Figaro nous rapporte d’ailleurs que Facebook vient juste de lancer une nouvelle fonctionnalité qui permet de noter les livres.

Autre symptôme de cette tendance : Amazon vient de racheter Goodreads, un réseau social littéraire qui draine 16 millions de personnes et 30 000 clubs de lecture.

Mais le problème de cette lecture sociale sur internet peut être l’absence de découvertes. Comme l’explique Franck Meyer d’Orange Labs dans Libération, le social « introduit de l’hyperspécialisation. Mes amis me ressemblent, et vont donc me recommander indirectement des choses que je connais souvent déjà ».

Pour répondre à cette limite, vient le « filtrage collaboratif ». Une méthode qui n’est autre que « les règles d’association très anciennes du panier de la ménagère », commente Franck Meyer. C'est-à-dire qu’un amateur de polar pourra, par association, se voir recommander de la science fiction.

Dans la Croix, Jeanne Ferney et Stéphane Dreyfus se sont intéressés à cette culture en réseau. Ils se penchent notamment sur la nouvelle pratique du « cinéma à la demande » : sur des sites internet dédiés, les spectateurs choisissent par groupes affinitaires les films qui vont être projetés dans leur cinéma.

Mais les deux journalistes nous racontent aussi le succès le Babelio, sorte de « Facebook des amateurs de livres ». Le réseau permet de noter et de critiquer ses lectures et d’échanger ses impressions lors de forum.

Pour guillaume Teisseire, le co-fondateur du site, « notre ambition est de mettre en contact des personnes qui ne s’entendraient pas forcément dans la vie réelle ».

Autrefois, le bon vieux conseil en librairie, nous permettait de nous aventurer dans des contrées inconnues. Permettait de se laisser surprendre.

Malheureusement, une enquête de l'institut de sondage américain Codex montre que les lecteurs choisissent de moins en moins leurs livres en librairie. Mais par contre le bouche à oreille, lui, aurait une influence croissante, notamment sur Internet.

Alors la recommandation sociale sur internet pourra-t-elle remplacer les conseils avisés de notre libraire de quartier ?

Quant à dire que les camarades commentateurs sur Amazon, sont désormais plus prescripteurs que les critiques qui aiment se disputer à la radio, je ne m'y risquerais pas...

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......