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Deux départs et des épousailles

5 min

Jérôme Clément quitte avec fracas la présidence du Théâtre du Châtelet. Marc Clémeur mettra fin avant terme à ses fonctions de directeur de l'Opéra du Rhin. Et pendant ce temps, opéra et cinéma s'aiment d'un cœur toujours plus tendre. “Coup de théâtre au Châtelet , s’exclame Le Parisien. Le président du conseil d’administration, Jérôme Clément, a démissionné « en raison de divergences avec la Ville sur l’avenir du théâtre ». En cause, non seulement la fermeture temporaire pour travaux, entre janvier 2017 et l’été 2019 (on en a parlé ici), mais surtout la perspective de voir baisser la subvention municipale de Paris – 17 M€, soit les deux tiers du budget du Châtelet. Une décision prise faute de « vision claire sur l’avenir », et malgré l’admiration répétée pour le travail du directeur, Jean-Luc Choplin. « Il y a un vrai problème de définition du théâtre si le budget ne permet plus de faire de créations », tacle-t-il. L’attaque laisse de marbre l’adjoint à la maire de Paris chargé de la Culture, Bruno Julliard, qui estime que Jérôme Clément a pris « la bonne décision », sur fond de « rapports distendus et d’un problème de confiance ». Sur le budget, l’élu admet « qu’il y aura un ajustement, marginal ». La rénovation du fleuron de la comédie musicale et du ballet coûtera, elle, près de 27 M€.” C’est apparemment pour de toutes autres raisons que “Marc Clémeur, qui dirigeait la scène alsacienne de l’Opéra du Rhin depuis 2009 et qui était nommé jusqu’en 2018, a décidé de quitter ses fonctions dès le 1er septembre 2016 , puisque, nous apprend La Croix , c’est« pour se concentrer sur un nouveau projet ». Très actif notamment dans sa politique auprès du public jeune (30 % des spectateurs), l’Opéra du Rhin est l’une des scènes lyriques les plus dynamiques en France.”

Jonas Kaufmann suscite des émeutes Et pourtant, le dynamisme lyrique n’est-il pas plutôt ces temps-ci du côté des salles de cinéma ?, comme le raconte Auréliano Tonet dans Le Monde. “ Cela faisait un bail que L'Arlequin n'avait pas refusé de spectateurs. Mais, en ce 29 janvier, constate-t-il, les 395 sièges de la grande salle ont trouvé preneur – 25 euros le billet, une aubaine pour le cinéma parisien. Les dames ont sorti leur fourrure, les messieurs lustré leur canne. Devant l'entrée, un marché noir se met en place. A l'intérieur, cohue et tohu-bohu : quelques rombières dénoncent l'absence de billets numérotés, avant que Jonas Kaufmann n'apaise les esprits. Sur la toile, le ténor allemand interprète Andrea Chénier, opéra d'Umberto Giordano, retransmis en direct depuis une scène londonienne. […] « Kaufmann est le seul à susciter ce genre d'émeutes », tempère Stéphane Lissner, qui dirige l'Opéra national de Paris. Il n'empêche : à Paris comme en province, l'étrange cérémonial se reproduit. Sommes-nous à l'opéra ? Au cinéma ? Un peu des deux, mon bon monsieur. Depuis que le Met de New York a lancé la mode, au début des années 2000, les principales maisons d'opéra ont noué des accords de diffusion avec des réseaux de salles. L'affaire est suffisamment juteuse pour susciter quelques remous. Les derniers en date : Michael Haneke a demandé que sa mise en scène de Don Giovanni, de Mozart, reprise cet hiver à l'Opéra de Paris, ne soit pas diffusée le 5 février dans les 400 salles de cinéma d'UGC et Fra Productions. « J'ai accédé à sa requête, indiquait Lissner, le 4 février, au Monde.

"Chanter défigure ; cette monstruosité fascine les cinéastes" Le cinéaste entretient une relation paradoxale avec l'opéra, dont il n'a pas la maîtrise totale, au contraire du film qu'il tourne. »[…] Les salles d'opéra, si elles ont très tôt toléré les micros, n'ont que tardivement accepté les caméras , rappelle le journaliste du Monde : il n'existe nulle trace, ainsi, des mises en scène mythiques de Visconti avec la Callas. Car la caméra encombre, interfère, trahit : « Les lumières d'opéra et de cinéma ne sont pas les mêmes, signale le metteur en scène Olivier Py. Jusqu'à l'arrivée récente des caméras numériques, plus respectueuses, les scènes trop obscures étaient bannies. Mais ce problème est désormais résolu. » Parallèlement, l'enregistrement en direct, calqué sur les retransmissions sportives (4 à 10 caméras, coordonnées), s'est perfectionné, de manière à sauvegarder l'intégrité de la représentation. Dès lors, de part et d'autre, il a fallu s'apprivoiser. Les chanteurs ont dû accepter d'être filmés de près : « Chanter défigure ; cette monstruosité fascine les cinéastes, souligne Benoît Jacquot, qui a capté lui-même toutes ses mises en scène d'opéra. Mais il ne faut pas abuser des gros plans. Tout est affaire de mesure. » Quant aux metteurs en scène issus du cinéma, dont la cohorte grossit à vue d'œil (Christophe Honoré, Zabou Breitman…), ils ont dû lâcher prise : « A l'opéra, la musique commande, poursuit Benoît Jacquot. Si on me demande de renoncer à tel chanteur pour des raisons musicales, j'accepte sans broncher. Sur un tournage, je suis bien plus coriace. »

Patrice Chéreau, le pionnier En 2007, la captation par Patrice Chéreau de sa mise en scène de De la maison des morts a contribué à rapprocher les deux arts : « Patrice a fait venir l'équipe de tournage pendant les répétitions, il était très présent lors du montage, se souvient Bernard Foccroule, qui dirige le Festival d'Aix-en-Provence. Il a montré qu'une captation peut être un art en soi : certes, la vision du spectacle est plus fragmentée ; en contrepartie, certains éléments, comme les visages et les décors, deviennent plus saillants à l'image. »On le sait depuis Mozart et Cimarosa, l'opéra n'aime rien tant que les noces : fils du théâtre et de la musique, il a donc fini par consommer son union avec le cinéma. Comme tout mariage heureux, leurs épousailles enrichissent les familles et perpétuent la lignée. Laquelle pourrait encore proliférer : bien qu'adolescentes, les captations d'opéra lorgnent les nouveaux écrans – tablettes, smartphones – avec émoi. Reste à voir si les parents béniront l'hymen qui se profile…”

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