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Dévoiement du "populaire"

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“Le Festival d’Avignon, a-t-on lu dans Le Monde, confronté au gel de 8 % de la subvention de l’Etat, envisage de réduire de deux jours son édition 2015 et de ne pas ouvrir la Carrière de Boulbon, a indiqué son directeur général, Paul Rondin. Le Festival n’ayant plus les réserves suffisantes pour avancer les 8 % gelés, l’Etat lui a demandé de présenter un budget amputé. Le gel représente 302 000 euros sur un montant total de 13,6 millions. Cette exigence tient compte de la situation fragile du Festival, qui a « mangé » ses réserves pour absorber la perte due au conflit des intermittents. L’édition 2014 s’est soldée par un déficit de 170 000 euros. Le Festival avait été allongé de deux jours pour couvrir quatre week-ends en juillet. Au ministère de la culture, on assure « chercher une solution » au problème, particulièrement aigu car la programmation doit être bouclée en février. « Nous espérons tous, évidemment, un dégel des crédits avant fin février 2015 », a indiqué Paul Rondin.” “Manuel Valls , rappelle Libération, avait pourtant annoncé le maintien des crédits du spectacle vivant pour les trois ans à venir.” “ « Nous ne trouvons pas les mots devant des actes qui, d’un trait radical, réduisent au silence des lieux de partage et de pensée. » C’est ainsi que s’est exprimée, le 25 novembre, la compagnie Maguy Marin à la fin de son spectacle pour qualifier la décision (non pas de l’Etat vis-à-vis du Festival d’Avignon, mais celle) prise par le maire UMP du Blanc-Mesnil (en Seine-Saint-Denis), Thierry Meignen , rapporte Politis. Quelques jours plus tôt, celui-ci avait fait voter par son conseil municipal la fin de son conventionnement avec le Forum, rompant le partenariat qui liait la ville, le département, le ministère de la Culture et la région Île-de-France. Cette décision jette 20 salariés sur le carreau et, surtout, « met fin à quatorze années pendant lesquelles cette équipe a joué un rôle exemplaire dans la création artistique contemporaine sous toutes ses formes, et dans sa diffusion auprès d’un large public qui était très majoritairement composé d’habitants de la ville », comme le précise la Ligue des droits de l’homme 93. Thierry Meignen critiquait la programmation « élitiste » du Forum. Air connu de tous les démagogues , commente Politis. Au lieu de choisir la concertation avec l’équipe du théâtre et son directeur, Xavier Croci, le maire a opté pour une voie plus brutale : celle qui mène à la dictature de la médiocrité.” Une tendance analysée par Barbara Métais-Chastanier, maître de conférences en littérature française contemporaine et dramaturge, dans un Rebond de Libération intitulé « Au nom du « vrai public », la censure de la culture » . “Depuis quelques mois , constate-t-elle, un même mot d’ordre se fait entendre : les lieux d’art et de culture devraient être des lieux « populaires » et « soucieux des goûts de chacun ». Vague succédané démagogique du « populaire » des années 50 défendu par un Vilar ou un Vitez, le « populaire » semble aujourd’hui n’être qu’un vulgaire cache-sexe pour des politiques culturelles populistes qui n’hésitent pas à prendre les commandes de lieux artistiques quand leur programmation ne s’ajuste pas aux cahiers des charges municipaux. Celui qui est toujours instrumentalisé par le discours d’un « populaire » s’abritant derrière l’étendard de la « démocratie », c’est le public. Le « vrai » public, entendons-nous bien. Celui qu’on dit « empêché ». Celui qui, comme la vérité d’ X-Files, est toujours ailleurs. Et c’est au nom de ce Vrai Public, au nom de ce vague fourre-tout qu’est devenu le « peuple », que le « populaire se voit réduit au rang de produit culturel consensuel. Le « populaire » et son « peuple » n’auront, d’ailleurs, jamais été autant mobilisés que depuis qu’on les aura vidés de leur substance en rangeant au placard la lutte des classes et les outils de l’analyse marxiste. […] Se diffuse, ainsi, à gauche comme à droite, un discours anti-élitiste qui privilégie les formes les « moins contraignantes », selon les mots de Karim Boumedjane, chargé de la culture au Blanc-Mesnil, au détriment de l’exigence artistique : en temps de crise, l’art est prié de payer son tribut au social et à un vague « commun », qui n’existe que comme figure idéologique de la démocratie, pour justifier de son utilité. […] Qu’il s’agisse du FN, de l’UMP ou du PS, poursuit Barbara Métais-Chastanier dans sa tribune de Libération, la mode semble être aujourd’hui à une resucée molle du terme « populaire », vague chewing-gum qui passe de bouche en bouche, et semble se résumer à ce concept flou : le plus petit dénominateur commun est la seule chose à laquelle doit pouvoir se ramener une œuvre pour échapper au constat d’élitisme. On serait tenté d’en rire (jaune) si cette réappropriation populiste du populaire ne s’exprimait pas par une politique de censure, qu’elle soit institutionnelle ou plus simplement réactionnaire les cas de Brett Bailey, McCarthy, Rodrigo Garcia, Romeo Castellucci, Céline Sciamma ou Benjamin Parent sont là pour nous le rappeler. « Populaire » désigne pourtant tout autre chose que la somme de ces compromis il est le nom qui rappelle que l’expérience esthétique est le fruit d’un apprentissage, ce qui signifie que le public n’existe pas mais qu’il est construit, attendu, espéré ou méprisé par des œuvres qui dessinent pour lui la carte de ses possibilités que chacun – quel qu’il soit – est en mesure de décider ce qui l’intéressera ou non que la culture ne saurait se réduire à une vague collection d’objets disposés sur des étagères municipales pour justifier du devenir des ressources fiscales, mais qu’elle est d’abord une série de relations individuelles et collectives construites avec ceux-ci que l’art n’est pas qu’un divertissement compensatoire et qu’il peut être une manière d’organiser le pessimisme et de distribuer dans le réel l’élan du nouveau.” On ne saurait mieux dire…

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