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Ding, Dong !

5 min

“Extrait de la bande originale du Magicien d’Oz, la chanson Ding, Dong ! The Witch is Dead (Ding, Dong ! La sorcière est morte ) a été remise au goût du jour par le décès de Margaret Thatcher, lundi 8 avril , nous apprend une dépêche de l’AFP reprise notamment par Le Monde . Selon l’Official Charts Company, ce titre, entré en 54e position du classement des meilleures ventes de singles douze heures après l’annonce de la mort de l’ex-premier ministre, s’est retrouvé n° 10, mercredi 10 avril. Cet air a été le plus téléchargé ce même jour sur le site britannique d’Amazon.” Etelle se retrouve maintenant n° 2, précise ce matin Libération.

Il faut dire que les oreilles britanniques anti-Thatcher ont toujours eu largement de quoi se nourrir, surtout dans les années 80, comme le rappelle Sophian Fanen dans Libération. “ « Le bon peuple a un doux rêve : / Voir Margaret sur la guillotine. / Les gens comme toi m’épuisent. / Quand vas-tu mourir ? » Le tout chanté par la voix suave de Morrissey en 1988, dans son premier album solo Viva Hate. L’ex-Smiths, toujours plus opportuniste que gauchiste , selon le journaliste mélomane, venait alors prolonger ce qui, de la fin des années 70 au début des années 2000, est devenu un sous-genre de la pop culture britannique : la chanson anti-Thatcher. L’actuel Premier ministre britannique, David Cameron, qui se dit fan de Morrissey, a dû rater cette chanson-là.

Lorsque « Maggie » arrive à la tête de la Grande-Bretagne, rappelle Libération , l’époque est musicalement cruciale : le punk a implosé en vol et laissé derrière lui des groupes prêts à en découdre. The Clash est de ceux-là, qui étouffe l’année 1979 avec The Guns of Brixton, qui scande la montée des tensions entre la jeunesse et la police dans un pays toujours plus conservateur. Les émeutes suivront la chanson pendant les années 80. Dans cette scène post-punk, les plus acharnés sont toutefois les anarchistes de Crass, qui attaquent la Première ministre de front en pleine guerre des Malouines, en 1982, dans leur chanson How Does it Feel : « Ça fait quoi d’être la mère d’un millier de morts ? […] Tu n’as jamais voulu la paix, depuis le début tu cherches la guerre et les destructions. »

Comme le raconte Yasmine Carlet dans un petit livre très complet sur la musique des années Thatcher (Stand Down Margaret , publié en 2002 aux éditions Mélanie Seteun), le député conservateur Timothy Eggar tenta de faire interdire le groupe, jugeant que son tube est « le disque le plus vicieux, haineux et obscène qui ait jamais été produit. » Crass s’en sortira indemne et se retrouva même à l’origine du « Thatchergate », une cassette audio bidonnée dans laquelle la patronne du gouvernement britannique, censée parler au téléphone avec le président américain Ronald Reagan, se disait prête à l’escalade militaire contre le bloc soviétique depuis les Malouines.

Cette guerre sera un point de crispation central entre les artistes et Thatcher. Elvis Costello, très remonté, écrira à l’occasion le magnifique Shipbuilding pour Robert Wyatt, où un chantier naval relancé par la guerre hésite entre la joie de retrouver du travail et la peur de voir ses enfants partir mourir au large de l’Argentine. A côté, on ne compte plus les chansons qui témoignent de cette époque chargée, où Thatcher concentre à elle seule toute la haine de la gauche arty, qui veut jouer les détonateurs mais échouera à infléchir sa politique. Paul Weller et The Jam chantent leurs « larmes qui montent » devant l’état du pays, plombé par la crise économique et la violence sociale.

The Beat demande à Thatcher de « démissionner » dans Stand Down Margaret ( « Je ne vois pas venir ton futur radieux »), tandis qu’en France, Renaud se soulage littéralement dans Miss Maggie en 1985, qui déclencha un scandale entre Paris et Londres ( « Je me changerai en chien si je peux rester sur la Terre. / Et comme réverbère quotidien, je m’offrirai Madame Thatcher »).

Le genre ne s’éteindra pas avec son départ de Downing Street en 1990, tant les musiciens britanniques aiment la détester. Elton John lui-même, chantera en 2004, repris dans le musical Billy Elliot : « Joyeux Noël Maggie Thatcher. Nous faisons la fête aujourd’hui parce que ce jour nous rapproche de votre mort. » La musique britannique a perdu son meilleur ennemi [le 8 avril] , conclut Sophian Fanen dans Libération .

Qu’importe, la relève est là. “Norman Baker, sous-secrétaire d’Etat britannique aux Transports, va sortir à 55 ans son premier album avec son groupe de rock, a rapporté [en mars] le Sunday Times , note une dépêche de l’AFP reprise par Le Parisien et Le Figaro . M. Baker, député libéral démocrate, est également le chanteur, et principal parolier, du groupe qu’il a formé il y a plusieurs décennies, Reform Club. Il rêvait de ce premier album depuis trente ans et s’est finalement jeté à l’eau après avoir rédigé une liste de tout ce qu’il souhaitait faire avant de mourir.

« Je l’ai fait maintenant parce que je me suis dit que je devais trouver le temps avant d’être trop claqué », a-t-il expliqué à l’hebdomadaire dominical. Il a toutefois assuré que l’album, intitulé Always Tomorrow (littéralement : toujours demain), n’était pas politique.

« Je ne vais pas écrire une chanson pour casser du sucre sur le dos du premier ministre », a-t-il cru bon d’assurer. De toute façon, « il n’a jamais été question que je parle de politique dans mes chansons, ce serait ringard ».”

Rien à dire, on a définitivement changé d’époque…

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