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Diplomatie culturelle et obsession léonardienne

5 min

Après le Picasso World Tour dont je vous parlais la semaine dernière, le Journal des Arts nous donne un nouvel exemple de diplomatie culturelle via l’exportation de tableaux. “Une récente réforme a-t-elle écarté le ministère de la Culture de l’action culturelle extérieure ? Qu’importe, la Rue de Valois a ses propres réseaux et entend bien participer au rayonnement de la France à l’étranger , écrit Sophie Flouquet dans le dernier numéro du quinzomadaire dédié à l’actualité des arts plastiques. C’est en tout cas ce qu’a tenté de démontrer Frédéric Mitterrand en s’envolant, le 9 mars, vers Bakou, capitale de l’Etat d’Azerbaïdjan. Là, il a inauguré une exposition de quelques 400 œuvres résumant à grands traits l’histoire de l’art français provenant des musées du Louvre ou de Versailles, mais aussi de Caen, Dijon ou Montpellier – enrôlés pour l’occasion – ainsi que de quelques galeries parisiennes comme Jérôme de Noirmont ou Emmanuel Perrotin. Présentée au Musée national des beaux-arts de Bakou, cette exposition au titre éculé à souhait, Plaisirs de France. La création française de la Renaissance au XXe siècle ( « un titre facile à traduire », indique-t-on Rue de Valois), fera ensuite escale à Almaty, au Kazakhstan. D’autres étapes ont été envisagées, notamment en Ouzbékistan, avant d’être abandonnées pour des questions de sécurité des œuvres.

Pourquoi l’Azerbaïdjan ? Le nom du principal sponsor de la manifestation, le pétrolier Total, donne un indice. L’Azerbaïdjan, surnommé « le pays de feu », regorge en effet de pétrole. Via sa Fondation, Total est engagé de longue date en matière culturelle dans les pays producteurs d’hydrocarbures. Récemment, le ministère de la Culture du sultanat de Brunei faisait même appel à la Fondation du pétrolier pour l’aider à restaurer son musée maritime. Mais avec Plaisirs de France, la démarche a été tout autre. « C’est le cas de figure le plus basique en termes de mécénat dans lequel nous ne sommes sollicités que pour financer », admet-on au sein de la Fondation Total. En public, Frédéric Mitterrand revendique en effet avec fierté l’initiative de cette opération, lancée, un soir d’avril 2011, lors d’un dîner parisien en compagnie de l’épouse du chef de l’Etat azéri, Mehriban Aliyeva, qui ouvrira prochainement un centre culturel dans la capitale.

Car au-delà du simple intérêt économique pour un pays en pleine modernisation, les relations avec les Azéris sont aussi hautement diplomatiques. Notamment dans le contexte du vote par le Parlement français d’une loi sur le génocide arménien. Depuis plus de vingt ans, l’Azerbaïdjan – grand allié de la Turquie – est en effet engagé dans un conflit territorial armé avec l’Arménie, ennemi déclaré des Azéris. La pommade culturelle pouvait donc aussi aider à faire passer la pilule d’une loi française pro-arménienne.

En coulisse, il aura fallu s’activer pour mettre sur les rails, en quelques mois, ce projet hautement politique, dont le commissariat a été confié à Philippe Costamagna, directeur du Musée des beaux-arts d’Ajaccio, et la production à la Réunion des musées nationaux-Grand Palais (la RMN-GP). Son coût, financé en grande partie par l’Etat français et l’entreprise Total, a été jalousement gardé secret. En raison du nombre de prêts, il ne peut toutefois s’élever à moins de 2 millions d’euros. Et pour ceux qui n’auront pas eu la chance de s’envoler vers Bakou, il en restera un catalogue. Lénifiant à souhait“ , juge pour finir la journaliste du Journal des Arts .

Sinon, rien à voir, je vous avais parlé début janvier de Maurizio Seracini, qui enseigne à l’université de San Diego en Californie, et pense avoir retrouvé au Palazzo Vecchio, à Florence, les traces de la fresque disparue La Bataille d’Anghiari , que Vinci a peinte en 1505 et dont il ne subsiste que des copies, fresque qui aurait été recouverte en 1563 par une autre peinture, La Bataille de Marciano , de Giorgio Vasari. Eh bien, il y a du nouveau !, nous informe Harry Bellet dans Le Monde , puisque, “en introduisant des instruments habituellement réservés à l’exploration médicale à travers les fissures de l’enduit, Seracini a découvert ce qu’il estime être des pigments noirs, semblables, selon lui, à ceux utilisés pour La Joconde. « Ces données sont très encourageantes, a-t-il déclaré. Même si nous sommes dans la phase préliminaire des recherches et qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour résoudre ce mystère, les preuves nous suggèrent que nous cherchons au bon endroit. » « Les données fournies par les analyses chimiques, même si elles ne sont pas définitives, suggèrent la possibilité que la fresque de Leonard de Vinci, que l’on croyait détruite vers le milieu du XVIe siècle, puisse exister derrière le Vasari », a-t-il ajouté.

La déclaration lui a valu une volée de bois vert d’un autre historien d’art, Tomaso Montanari, de la faculté de Naples, qui s’étonne d’une telle affirmation : les pigments en usage à la Renaissance étant en quantité très limitée et pour la plupart de même nature, le pigment en question peut avoir été utilisé par n’importe qui. Maurizio Seracini en a implicitement convenu en disant que ces découvertes n’apportaient pas une réponse « définitive » et que d’autres analyses chimiques étaient encore nécessaires.

Des centaines d’historiens d’arts et d’experts ont cependant signé une pétition affirmant que l’opération n’est qu’une publicité « à la Dan Brown », l’auteur du roman Da Vinci Code, et que l’introduction de micro-sondes a endommagé la fresque de Vasari.

L’enjeu ne concerne pas que l’histoire de l’art : Matteo Renzi, le maire de Florence, conscient de ce qu’une hypothétique découverte apporterait à sa ville, a apporté son appui sans réserve à Maurizio Seracini en déclarant qu’il ne s’agit « pas d’une croisade d’un fou amateur de mystères », soulignant que ces recherches sont « très importantes » pour Florence. Le maire « s’est jeté tête baissée dans cette recherche tragi-comique de La Bataille d’Anghiari perdue, a ironisé Tomaso Montanari sur son blog. Ce tableau ne sera jamais retrouvé… »

A suivre pour un nouvel épisode !

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