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A l’occasion de la parution de ses mémoires, L’Âme et la Corde , chez Buchet Chastel, Le Figaro a interviewé le grand violoniste Ivry Gitlis. Quand Thierry Clermont lui demande : « Pourquoi avoir choisi le violon ? » , il lui répond « par une autre question : pourquoi jouer d’un instrument ? Cela touche à la folie, non ? La pratique quotidienne, les exercices, les concerts… Et c’est pire pour les violonistes : cette position du bras et de la main, surnaturelle, l’archet dans la main droite, l’utilisation de quatre doigts de l’autre main, et encore avec l’auriculaire, on est toujours dans le péril et l’incertitude… Les pianistes, eux, ont droit à leurs dix doigts ! Mon instrument , dit encore Ivry Gitlis, a aujourd’hui exactement 300 ans, c’est le « Sancy » de Stradivarius. Souvent, quand je n’en joue pas, je le regarde, de longues minutes. Il est là. C’est une âme. Fidèlement, il m’accompagne depuis quarante-neuf ans. Il était avec moi en Afrique noire parmi les griots, à la fin des années 1960. Quand je reste quelques temps sans le toucher, je me sens mal. Je me sens coupable de passer tant de moments à faire autre chose. En même temps, c’est le reste qui vous nourrit. Le violon est un instrument « schizophrène ». Et peut-être est-ce pour cela un instrument tellement juif. J’ai parfois envie de dire que mon violon, c’est mon seul ami. »

En tout cas, le virtuose ne doit pas avoir beaucoup d’amis parmi les chefs d’orchestre, tant il a des paroles cruelles à leur sujet. Il confesse ainsi qu’il « aurait bien aimé être dirigé par Beethoven. Et savez-vous pourquoi ? Tout simplement parce qu’il était sourd… » Il se souvient aussi comment, « au début des années 1950, on [lui] a demandé d’enregistrer le Concerto à la mémoire d’un ange de Berg. Je l’ai appris en douze jours , raconte Gitlis, avant de le jouer devant le public viennois. J’ai vécu avec ce chef-d’œuvre concertant nuit et jour. Et j’ai eu la chance immense d’avoir eu un mauvais chef… Je n’aurais pas supporté l’autoritarisme et la morgue d’un grand directeur d’orchestre. Je me serais senti écrasé. »

Autoritarisme et morgue, on ne sait pas, mais, “c’est le quotidien milanais Il Corriere della Sera qui l’a écrit le premier : Ricardo Chailly, soixante ans, sera le prochain directeur musical du Teatro alla Scala [autrement dit, la Scala de Milan], rapporte Benoît Fauchet dans Diapason. Il succédera à Daniel Barenboim, maestro scaligero depuis décembre 2007, devenu direttore musicale quatre ans plus tard, qui a décidé de ne pas aller jusqu’au terme de son mandat, en 2016. Le chef israélien quittera son poste le 1er janvier 2015, notamment pour développer les projets de sa Barenboim-Said Akademie à Berlin. « C’est la fin d’une époque », a commenté le surintendant Stéphane Lissner, lui-même partant pour l’Opéra de Paris l’été prochain.

L’arrivée annoncée de Chailly en terre scaligère n’est pas tout à fait une surprise : le surintendant désigné, l’Autrichien Alexander Pereira, avait laissé entendre que le prochain chef permanent serait italien. Milanais, fils du compositeur Luciano Chailly qui fut brièvement directeur artistique de La Scala, Riccardo connaît bien la maison : il y assista Claudio Abbado à vingt ans, avant d’y faire ses débuts de chef en 1978.

Mais on pouvait douter de sa volonté d’accepter des responsabilités dans une institution aussi difficile, lui qui a pris quelques distances avec la scène lyrique. Du reste, le journal romain La Repubblica croyait savoir que Chailly n’était pas le candidat de l’Orchestre de la Scala, qui lui préférait le Génois Fabio Luisi, chef principal du Metropolitan Opera. Faux, a rétorqué le quotidien milanais Il Giornale, chiffres d’un référendum interne à l’appui : quarante et un musiciens pour Luisi, soixante et un pour Chailly. Le nom d’un autre Milanais, Daniele Gatti, actuel directeur musical de l’Orchestre national de France un temps cité pour La Scala, n’aurait cette fois même pas été soumis au vote…

Après le Teatro Comunale de Bologne et l’Orchestra Sinfonica di Milano Giuseppe Verdi, Chailly devrait donc retrouver un théâtre et un orchestre italiens, où ses expériences rossiniennes et verdiennes, son intelligence, sa culture, son panache devraient faire merveille. Nul doute que ce moderniste également très à l’aise dans le répertoire germanique (Mendelssohn, Brahms, Bruckner, Zemlinsky…) saura engager la phalange scaligère dans de nouveaux défis, comme il l’a fait au Concertgebouw d’Amsterdam puis au Gewandhaus de Leipzig. Pourvu que ce soit lui !” , s’enthousiasme pour finir le journaliste de Diapason.

Le mensuel musical, dans sa rubrique « Decrescendo » , nous donne des nouvelles d’un autre chef, Valery Gergiev, pour qui “le temps s’est gâté hors de Russie : après avoir dirigé finalement sans encombre au Metropolitan Opera de New York, où l’on craignait tout de même quelques remous (je l’avais évoqué dans une revue de presse précédente), le chef ossète a essuyé, alors qu’il venait d’arriver au pupitre de son Orchestre du Mariinski au Carnegie Hall, des clameurs émanant d’une association gay protestant contre la récente loi anti-propagande homosexuelle de Vladimir Poutine. Chahuté ensuite avec le LSO au Barbican de Londres, Gergiev a jugé utile de faire une mise au point sur sa page Facebook (car Gergiev est sur Facebook !) : « Il est faux de prétendre que j’ai soutenu la législation anti-gay, et dans tout mon travail j’ai défendu l’égalité des droits pour tous les peuples. » Le « tsar » de la musique commencerait-il à redouter les effets sur sa carrière d’un soutien jusqu’alors inconditionnel à Poutine et à sa politique ? »

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