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Disharmonies à la Philharmonie

5 min

“Riccardo Muti quitte l’Opéra de Rome , a-t-on lu hier dans La Croix. Le maestro italien, qui avait pourtant été nommé en 2011 « chef honoraire à vie » de l’institution lyrique, a décidé de démissionner. Il n’assurera pas les productions d’ Aïda de Verdi et des Noces de Figaro de Mozart qu’il devait y diriger. Dette à hauteur de 29 millions d’euros, grèves à répétition, plan de sauvetage auquel personne ne croit vraiment menacent l’avenir de l’Opéra de Rome. Jugeant que la situation ne lui offrait plus la « sérénité » nécessaire, Riccardo Muti, 73 ans, se concentrera désormais sur « ses » deux orchestres : le somptueux symphonique de Chicago et l’Orchestre Cherubini, composé de jeunes musiciens.”

Muti quitte la ville de Rome, la Ville de Paris va-t-elle quitter sa Philharmonie, ou du moins s’en désengager ? “Père Ubu, quand tu nous tiens ! Après l’ouverture rocambolesque du Musée Picasso, une nouvelle histoire française menace de devenir la risée de la presse internationale , se désole Ariane Bavelier dans Le Figaro : la Philharmonie de Paris. Qu’on en juge : dernier des grands projets culturels français, le bâtiment de Jean Nouvel, commandé par l’Etat, la région et la Ville de Paris a réussi à sortir de terre. Non sans mal. Et à un coût pharaonique. Mais bon. Une Philharmonie comme la plupart des capitales en possèdent (Berlin depuis 1963), comme il s’en construit encore une à Hambourg. Un monument dédié à la musique symphonique, signé par un « starchitecte » et poussé, non pas dans les beaux quartiers mais porte de Pantin. Dans cet Est parisien longé de banlieues où on ne pratique guère la musique classique mais où on ne demande qu’à la connaître. La date d’ouverture est fixée au 14 janvier. Partout, l’on se glorifierait de voir pareille ambition concrétisée malgré la crise. On ferait monter l’impatience autour de cette ouverture. Mais soudain, à quatre mois du premier concert, la mairie de Paris juge que le projet est trop cher et pousse la crise du financement sur le devant de la scène. Il était temps ! Depuis l’origine, en 2006, la Ville est censée participer à part égale avec l’Etat à la construction et au fonctionnement de ce temple du symphonique où l’Orchestre de Paris prendra ses quartiers. Alors maire de Paris, Bertrand Delanoë s’en était fait le garant. Anne Hidalgo, qui lui était proche, s’en désolidarise désormais bien que le premier ministre Manuel Valls, époux de la violoniste Anne Gravoin, soutienne le projet. Le 3 septembre, Bruno Julliard, adjoint à la culture de la Ville de Paris, a déclaré tout fort ce qui se murmurait depuis l’élection d’Anne Hidalgo. Et il le répète. Primo, « la Ville ne paiera pas sa part – la moitié – du surcoût des travaux », 45 millions principalement liés à l’envol d’un projet qui s’élève à 381 millions d’euros. L’Etat a fait savoir le 8 septembre qu’il s’en acquitterait. Secondo, elle ne souhaite pas davantage financer la subvention de fonctionnement fixée à 18 millions d’euros. Aussi Julliard a-t-il annoncé la création « décidée entre Manuel Valls et Anne Hidalgo d’une mission Ville-Etat, pour travailler à un nouveau modèle de fonctionnement, moins coûteux pour les tutelles ». Il était temps de s’en apercevoir ! , s’exclame Le Figaro. La Philharmonie, qui restera le temple du symphonique, devra donc trouver un nouveau modèle économique et une nouvelle programmation incluant des concerts de musique du monde et de musique actuelle. […] Economie et programmation, les deux sont liées : faire venir un grand orchestre étranger est infiniment plus coûteux qu’un concert de musique du monde, fût-ce une star du raga indien. […] Donc ce monument pensé pour accueillir les grandes phalanges du classique avec auditorium de 2 400 places, sept salles de répétition et, au centre du projet, 2 000 m2 de pôle d’éducation artistique destinés au partage de la grande musique, passerait à côté de sa mission. Fils spirituel de Pierre Boulez, Laurent Bayle, président de la Philharmonie qu’il porte à bout de bras depuis 2006, multiplie les séances de yoga pour surmonter les difficultés qui ne cessent de frapper cette ambitieuse réalisation. Lassé, il pourrait jeter l’éponge.” De toute façon, “on sent que la Philharmonie ne suscite pas un enthousiasme débordant chez Anne Hidalgo , relève Michel Guerrin dans Le Monde. Quelques petites phrases auraient pu alerter depuis un an. Le gros mot d’ « élitiste » a même été prononcé dans l’entourage de la maire. [ Le Monde] a joint Bruno Julliard. Agacé, il a d’abord accusé la presse d’allumer le feu – c’est plutôt la Ville qui a sorti les allumettes. Puis il a calmé le jeu. « Nous n’avons rien contre la Philharmonie, qui sera l’une des plus belles salles de concert du monde. » Mais encore ? « Il faut sans doute ouvrir un peu plus aux musiques actuelles et élargir le public pour ne pas avoir une salle élitiste. » Jusqu’où déplacer le curseur ? « Ce n’est pas à moi d’en décider, mais on n’en fera pas une salle de hip-hop ! » […] Etrange, tout de même, s’étonne Le Monde , que la Ville veuille à la fois réduire sa subvention et exiger une réorientation du projet. Au poker, on paie pour voir. D’autant que les deux tiers des subventions de l’Etat pour la musique en France, soit 200 millions, vont déjà à des lieux qui se trouvent à Paris, notamment l’Opéra Bastille. Et donc profitent à une ville sans que ses élus mettent un sou. D’autres grandes communes pourraient trouver ça injuste. Evidemment, on n’en serait pas là si nos finances publiques n’étaient pas au-delà du rouge. Mais ce serait aussi un gâchis de ne pas faire tourner à plein régime une Philharmonie au potentiel de formule 1. Une question plus large est de savoir si Anne Hidalgo, qui ouvrira dans les Halles, fin 2015, un espace dévolu au hip-hop, n’en profite pas pour prendre un virage culturel : moins tourné vers les institutions, plus vers des initiatives populaires. « Non, répond Bruno Julliard. Ce qui est fini, c’est la politique coûteuse des grands travaux. Notre priorité est de redonner des moyens aux lieux existants. » Mais pas à la Philharmonie.”

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