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Douche froide, abandon et lutte contre les incivilités

6 min

Je vous en avais parlé la saison dernière : “Douche froide pour le Paris-Villette en mars dernier, quand Christophe Girard, alors chargé de la Culture de la Ville de Paris, annonce n’avoir pas encore pris de décision pour les subventions de ce théâtre municipal en 2013 , écrivait mercredi dernier Fabienne Arvers dans Les Inrockuptibles . « Du jamais vu en vingt-six ans d’existence », déplore Patrick Gufflet, son directeur, alors que Georges-François Hirsch, directeur général de la création artistique de l’ancien ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, annonce des négociations avec la Ville pour transformer le théâtre en résidence de l’Orchestre National de Jazz. C’était compter sans le militantisme qui anime Jacques Martial, président du Parc de la Villette, et Patrick Gufflet, tous deux unissant leur programmation théâtre, leur communication et mutualisant leurs moyens le temps d’une saison pour réagir à ce « sentiment d’irréalité, étrange et inquiétant » consistant à devoir marteler l’importance du théâtre sur le site. Sous l’intitulé « Une fraternité possible », leur programme commun annonce onze spectacles, ceux du parc de la Villette se délocalisant pour l’occasion au théâtre Paris-Villette. Le résultat de la présidentielle a rebattu les cartes. Patrick Gufflet a reçu un courrier de François Brouat, nouveau directeur des Affaires Culturelles à la Ville de Paris, lui annonçant pour 2013 la reconduction de ses subventions, tout en lui signifiant que l’avenir du lieu repose désormais sur l’Etat, propriétaire du site mais qui n’a pas pour mission de subventionner un théâtre municipal. Prochaine étape : Patrick Gufflet doit rencontrer Michel Orier, successeur d’Hirsch auprès d’Aurélie Filippetti, pour évoquer « ce rapport de force imposé par la Ville de Paris ». Entre la Ville et l’Etat, l’union de la gauche doit encore faire ses preuves” , conclut mutine la journaliste des Inrockuptibles . D’autant que depuis la parution de cet article, le théâtre Paris-Villette a à nouveau tiré le signal d’alarme, peut-on lire dans le Libération de ce matin. “Un communiqué envoyé vendredi précise : « L’éventualité de la fermeture n’a jamais été aussi proche… La Ville de Paris, ne parvenant pas encore à assurer la reconduction de sa subvention et son soutien au lieu, laisse planer un doute terrible sur la pérennité du Paris-Villette. Elle s’est tournée depuis plusieurs mois vers le ministère de la Culture, mais les deux tutelles tardent à trouver un terrain d’entente pour conjuguer leur soutien. De son côté, la banque a fait savoir à la mairie de Paris, en mars, que, sans garanties sur le long terme, elle ne pourrait plus accorder de crédit au théâtre. » Alarmiste, Patrick Gufflet ajoute : « Si rien ne se conclut dans les jours qui viennent, le Paris-Villette, alors en cessation de paiement, irait inéluctablement vers un dépôt de bilan. » En mai, rapporte Libération , Christophe Girard faisait observer qu’avec une subvention votée pour 2012 de 865 000 euros, mais un nombre d’entrées payantes inférieur à 6 000, cela revenait à « 150 euros de subvention par place ».”

Beaucoup mieux loti, financièrement parlant, mais très contrarié tout de même, la Comédie-Française. Parmi les nombreux projets abandonnés par la nouvelle ministre de la Culture, il y a en effet celui de la construction d’une petite salle pour le Français sur le site de l’Opéra-Bastille. Libération précise qu’il « n’en était qu’au stade des études préliminaires et visait à remplacer l’actuel Studio-Théâtre installé au Carrousel du Louvre. Au ministère, on rappelle que l’installation du Théâtre éphémère, dans les jardins du Palais Royal pendant les travaux de rénovation de la salle Richelieu, a déjà coûté une « fortune ». Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française, bien en cour auprès des ministres de la Culture de droite, aura visiblement plus de mal à se faire entendre du nouveau gouvernement” , suppute Libération . Pas découragée, Muriel Mayette ne se laisse pas faire pour autant, qui déclare au Parisien : « Je comprends les contraintes budgétaires. Mais c’est un projet de longue haleine, pas une coquetterie montée dans l’urgence. On attend cette salle depuis plus de vingt ans. » Muriel Mayette garde cependant « l’espoir de rouvrir le dialogue » avec la ministre de la Culture à qui elle a demandé une entrevue. « On ne peut pas tout recommencer de zéro. On peut essayer de financer le projet sur un temps plus long. Il faut une solution car c’est notre outil de travail. Plus on joue, plus on est rentable… Et plus on justifie la subvention de l’Etat. »

Faute de nouvelle salle pour la Maison de Molière, une solution peut-être : jouer dans les trains de banlieue ! C’est raconté dans Le Parisien par Jean-Gabriel Bontinck : « Mon iPhone, on m’a volé mon iPhone ! » Grimé en vieillard, Salvador hurle dans le train et attire l’attention des voyageurs du Paris-Montparnasse – Rambouillet, sur la ligne N du Transilien . Puis un pseudo-voleur cagoulé lève les mains au ciel et entame avec son compère une joute verbale endiablée sur un texte de Molière. Cet extrait de L’Avare est l’une des 5 saynètes que jouera la Compagnie des Rails, une troupe de théâtre amateur recruté par la SNCF pour une semaine sur le « bien voyager ensemble ». « Cette approche décalée peut nous aider à lutter contre les incivilités en tout genre (dégradations, atteintes verbales au personnel, blocage de portes, signal d’alarme injustifié, vols de portables…) et humaniser un peu les voyages », explique Stéphane Dauthier, responsable sûreté des lignes N et U. Ces actions originales ont commencé [il y a 15 jours] dans les trains des 2 lignes et se [sont poursuivies] toute la semaine. Chaque fois, les comédiens mettent en scène avec humour une thématique différente. L’Avare renvoie aux vols de portable, un problème sensible entre Trappes et Rambouillet. [La veille], à Meudon, la Compagnie des Rails a joué une version de Dom Juan tournant en dérision le comportement de certains jeunes sur le parvis de la gare (scooter bruyant, abribus dégradés, tags…) […] En 2011, 2 400 infractions de tous ordres ont occasionné treize mille minutes de retard sur les 2 lignes. Même si les trois quarts sont mineures, le coût de ces incivilités est lourd : 5,2 M€ sur l’ensemble du réseau Transilien. Si le bilan est positif, l’opération […] pourrait être étendue aux autres lignes du réseau.”

Après la musique classique, j’en avais parlé dans cette revue de presse, le théâtre enrôlé pour assurer la sécurité et lutter contre les incivilités dans les transports en commun… A quand Manuel Valls au ministère de la Culture ?

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