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Du changement dans les nominations ? C'est à voir...

8 min

Ces précaires de luxe que sont les patrons d’institutions culturelles recevront-ils autant d’amour de leur ministre de tutelle que les intermittents du spectacle, dont je vous parlais la semaine dernière ? Ils voient en tout cas arriver avec une certaine appréhension l’année qui vient, si on en croit le dernier volet de l’enquête-feuilleton consacrée par Le Monde aux « chantiers de la culture ». “Alors que la vie politique française devrait, sauf surprise, connaître une trêve des scrutins, le monde des arts va vivre, pendant douze mois, au rythme des nominations, et donc des campagnes, écrit Nathaniel Herzberg. […] Nombre de présidents de grands établissements publics de la culture voient leur mandat arriver à échéance. […] Rien que pour le théâtre [puisque c’est ce qui nous occupe ce soir], les centres dramatiques nationaux (CDN) de Nanterre, Bordeaux, Rennes, Villeurbanne, Tours, Nice ou encore la maison de la culture de Grenoble, vont se doter de nouveaux directeurs, à moins que les sortants ne soient reconduits. « Cela va beaucoup nous occuper », sourit-on au ministère de la Culture. Choisir, donc. Mais suivant quelles règles ? François Hollande s’est engagé à réformer la procédure de nomination dans l’audiovisuel. Mais rien concernant la culture. Loin du pouvoir, le PS ne s’est pourtant pas privé de dénoncer les choix de l’équipe en place comme autant de « faits du prince », relayé en cela par les organisations syndicales. Arrivé aux affaires, va-t-il renverser la table ou se satisfaire du système en faisant vœu de justice et de transparence ?

Nicolas Sarkozy et Frédéric Mitterrand sont, il est vrai, allés assez loin. L’épisode le plus spectaculaire fut le choix controversé, en avril 2011, de Luc Bondy pour remplacer Olivier Py à la tête du Théâtre de l’Odéon, à Paris. La profession monta au créneau. Non qu’elle dénigrât l’indiscutable talent du metteur en scène suisse ni qu’elle vouât au comédien et metteur en scène français un amour unanime. Mais la décision avait été prise à l’Elysée – sous l’influence de Carla Bruni, disait-on – sans concertation ni égard pour le travail accompli par Olivier Py. Une pétition fut lancée. Six jours plus tard, l’évincé héritait du plus beau des lots de consolation avec la promesse officielle, pour 2013, de la direction du Festival d’Avignon. Des pétitionnaires floués, une équipe avignonnaise dépitée, un ministre décrédibilisé : l’épisode laissait de lourdes traces. D’autant qu’il n’était pas isolé. En novembre 2009, le choix de l’auteur et metteur en scène Jean-Marie Besset pour diriger le Théâtre des Treize Vents à Montpellier, au terme d’un curieux arrangement entre l’Etat et le baron local d’alors, Georges Frêche, avait déchaîné la profession. En janvier 2011, cette dernière avait dirigé son courroux vers le Théâtre de la Criée à Marseille. Macha Makeïeff y avait soufflé la place à Catherine Marnas, malgré le soutien affiché par la ville et Frédéric Mitterrand à la seconde. L’Elysée avait une fois encore été montré du doigt. Alors que faire ? Lundi 3 septembre, le conseil national du Syndeac, qui réunit les patrons des grands établissements du spectacle vivant, a réclamé une réforme des procédures. Il souhaite mettre fin au choix discrétionnaire de l’Etat dans les théâtres nationaux et les établissements publics, avec l’introduction de jurys. Là où ces jurys existent déjà (CDN, scènes nationales, scènes conventionnées), il demande la présence de représentants des organisations professionnelles. Il exige l’encadrement des rémunérations et l’interdiction du cumul des mandats. Dans le collimateur : les cas d’Emmanuel Demarcy-Mota (Théâtre de la Ville à Paris, Festival d’automne), de Laurent Bayle (Cité de la musique, Salle Pleyel, Philharmonie) et de Didier Fusillier (Lille 3000, Le Manège à Maubeuge, la Maison des arts à Créteil, et le projet d’aménagement des berges de la Seine rive gauche à Paris). Enfin, le Syndeac enfourche le combat en faveur de la parité : celle-ci doit être totale dans les jurys et les short lists, estime le conseil national du syndicat, condition nécessaire afin d’atteindre – c’est là son objectif – la parité à la tête des institutions à l’horizon 2018. Horizon lointain ? « On part de loin », insiste François Le Pillouër, le président du Syndeac et directeur du Théâtre national de Bretagne à Rennes. Le dernier rapport sur les inégalités hommes femmes dans le spectacle vivant constatait que, en 2009, trois des cinq postes de directeurs de Théâtres nationaux étaient occupés par des femmes (aucune jusqu’en 2006) mais seulement sept des trente-neuf CDN et aucun orchestre permanent… Depuis, le chiffre est redescendu à deux pour les théâtres nationaux, et à cinq dans les CDN… « Si l’on n’impose pas de nouvelle règle dans la future loi sur le spectacle vivant, promise par François Hollande, rien ne changera », assure François Le Pillouër.

Le combat n’est pas gagné. La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, ne voit aucune raison de réformer le système. Le remplacement, le 22 août, à la direction de la création du ministère de Georges-François Hirsch par Michel Orier s’est fait sans éclats. Et même la mise à l’écart de la présidente du Centre des monuments nationaux n’a pas été dénoncée par l’opposition, qui l’avait pourtant nommée. « Il y avait une souffrance au travail des salariés, nous avons pris nos responsabilités, précise la ministre. Mais nous n’avons chassé personne. Je crois au respect des gens. »

Le socialiste Patrick Bloche, président de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée, s’il se dit « effaré » par « le sexisme de ces messieurs », hésite à ferrailler sur le sujet avec la Rue de Valois. « Est-ce vraiment la priorité dans la culture ? », s’interroge-t-il. Matignon, enfin, ne cache pas ses réticences à réformer les procédures : « Si l’on instaure des jurys, c’est pour suivre leurs recommandations. Pourquoi se priver d’une partie de notre capacité d’action ? A nous d’être pertinents dans nos choix. » Le changement, ce sera sans doute pour plus tard” , conclut avec une pointe d’ironie le journaliste du Monde .

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