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Du théâtre populaire

5 min

Après les rares informations distillées cet été, le nouveau directeur du festival d’Avignon s’est longuement épanché sur son projet dans une interview au journal Le Monde . « Mon ambition, déclare Olivier Py, c’est celle du théâtre populaire. » “Cela veut dire quoi, le théâtre populaire, aujourd’hui ?” , lui demande de préciser Brigitte Salino. « Pour Jean Vilar, faire du théâtre populaire, c’était faire venir toutes les classes sociales. Depuis, la notion a évolué, estime Py. Peut-on encore parler en termes de classes sociales, aujourd’hui ? Je ne suis pas sûr. Je crois qu’il est plus juste de parler en termes d’individus. Faire du théâtre populaire, c’est toucher les individus qui sont intéressés à la vie de l’esprit. Il ne faut pas rêver : le théâtre ne s’adresse pas à toute la société. Bien sûr, il faut travailler pour qu’il soit toujours plus métissé socialement. Mais il ne faut pas non plus se focaliser sur les quartiers difficiles. La représentation de la société, ce ne sont pas seulement ces quartiers, pour lesquels on a des outils. Ce sont aussi des gens qui pourraient être intéressés par le théâtre, mais qui pensent qu’ils n’y ont pas leur place. Il faut qu’on arrive à leur dire et à leur redire que le Festival est là pour eux. »

“Comment faire ?” , lui demande encore Brigitte Salino. « Nous travaillons beaucoup sur la tarification, lui précise le nouveau directeur d’Avignon. Nous voulons baisser les prix des tarifs réduits, parce qu’on vit dans une société à deux vitesses, où 40 euros, le prix d’une place dans la Cour d’honneur, peut paraître dérisoire pour un public qui paye plus pour aller à l’opéra, et être tout à fait prohibitif pour un autre public. Nous allons mettre en place un abonnement, en particulier pour les jeunes, qui ne sont pas assez nombreux à Avignon. Mais il n’y a pas que la tarification. Il faut que l’accès aux billets soit plus facile. Il faut aussi changer le nombre de représentations : présenter moins de spectacles, mais les jouer plus longtemps. Nous allons proposer un Festival un peu plus long. Pas forcément de quatre semaines complètes, mais de quatre week-ends, en juillet, dès 2014. C’est une autre manière d’augmenter la jauge, qui est le nerf de la guerre. Quand on met plus de billets à la vente, on a plus de chances de faire venir un public différent. Et, tout cela, nous le ferons en associant les artistes, parce qu’il ne faut pas oublier que ce sont eux qui font le festival. »” Mais Olivier Py précise tout de suite que, contrairement à ses prédécesseurs : « Je ne veux pas d’artistes associés, comme c’était le cas ces dix dernières années, parce que je ne veux pas faire de différence de classes entre les différents artistes du Festival. Ils seront tous associés à la programmation, parce que je vais dialoguer avec eux et organiser avec eux des rencontres avec le public. Je veux qu’il y ait plus de débats à Avignon. Il faut que la parole politique soit entendue. Et pour cela, on a besoin des artistes. » Olivier Py, qui avait pris position pour le « théâtre du verbe » contre le « théâtre d’images » dans la polémique qui avait agité le Festival en 2005, assure qu’il « y aura de la danse et des spectacles « indisciplinaires » dans la programmation. Mais il y aura aussi beaucoup, et le plus [qu’il pourra], de poètes. » Et surtout, il aimerait « que chaque année, il n’y ait que 20% ou 30% de noms connus. Ce sera l’axe central de la programmation de 2014. »

Côté noms connus, il y aura déjà le sien, puisqu’Olivier Py confirme, comme il l’avait déjà laissé entendre, qu’il fera « une création par an, en 2014 et 2015, puis [il avisera]. La prochaine n’aura pas lieu dans la Cour d’honneur, où [il a] voulu qu’il y ait, en ouverture du Festival, Le Prince de Hombourg, de Heinrich von Kleist, mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti. Sinon, [il annonce encore] qu’il y aura Marie-José Malis avec Hyperion, de Hölderlin, Mai, juin, juillet, de Denis Guénoun, mis en scène par Christian Schiaretti. » Et Py d’évoquer encore Emma Dante et Gianina Carbunariu. Pour le reste, le programme sera dévoilé au printemps 2014. Côté organigramme, le trimestriel professionnel La Scène nous apprend que le “trio qui a fait ses preuves à l’Odéon-Théâtre de l’Europe” est reconstitué, puisqu’Olivier Py s’est entouré à Avignon de “Paul Rodin, qui était son secrétaire général à l’Odéon. Il arrive comme directeur délégué. Agnès Troly, autre bras droit de Py, est responsable de la programmation. Une nouvelle tête est attendue à la direction de la production. Par ailleurs, un appel d’offres a été lancé pour les relations presse” , avis aux intéressé(e)s si elles ou ils nous écoutent !

Le même numéro de La Scène nous apprend également qu’une association emblématique de la popularisation du théâtre chère à Olivier Py, “Cultures du cœur, si impliquée auprès des opérateurs pour l’accès de tous à la culture, pourrait cesser son activité à la fin de l’année si le montant des subventions qui lui sont versées n’est pas revu à la hausse. Cultures du cœur offre l’accès aux plus démunis à la culture en gérant les invitations envoyées par les établissements à travers un réseau de 42 associations locales (208 000 sorties au spectacle organisées l’an dernier). L’association est certes soutenue par plusieurs ministères et organismes d’Etat (Affaires sociales, Egalité des territoires, Jeunesse, Culture…), mais ces contributions n’ont cessé de fondre pour se réduire à 120 000 euros contre 350 000 euros il y a cinq ans (soit une baisse de 65% !). […] Le comédien Pierre Santini, par ailleurs président de l’association, assure qu’il y a urgence : « Faire une sortie culturelle ne paraît pas aussi essentiel que de manger et pourtant ça l’est, parce que pouvoir sortir un soir au théâtre ou au concert, c’est aussi exister socialement. »

« Peut-on encore parler en termes de classes sociales, aujourd’hui ? » , se demandait Olivier Py. Voilà déjà une réponse…

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