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En littérature, il n'est jamais trop tard ...

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"En littérature, il n’est jamais trop tard" …c’est le titre d’une tribune de l’écrivain italien Claudio Magris publiée en 4ème de couverture de la Nouvelle Quinzaine Littéraire

"Il y un an ou un an et demi, j’ai écrit dans le Corriere della Serra un long article consacré au livre d’Antonio Munoz Molina, Fenêtre de Manhattan", raconte l’écrivain. Cet article, comme beaucoup d’autres, a suscité une série de lettres. Dans l’une d’elles, écrit-il, "le lecteur, tout en me remerciant et en louant aimablement l’article, me faisait remarquer, sur un ton de léger reproche, qu’après l’avoir lu, il avait voulu acheter le livre, qui , à son grand étonnement, s’était révélé introuvable" … Inconsciemment, poursuit Claudio Magris,"ce lecteur identifiait un compte rendu, ou mieux, comme c’était le cas, un petit essai, à une publicité. (...) Il confondait livre et marchandise."

"A une époque, ajoute-t-il, les revues littéraires servaient à déterminer non pas le succès mais le jugement porté sur un livre. A une époque, les grands journaux , qui à la différence des revues touchaient beaucoup de gens, parlaient peu de livres en une année. Aujourd’hui, un grand journal, dans son supplément culturel, parle de milliers de livres en une année et c’est certainement un avantage. Avec un inconvénient : à l’époque au moins on savait que dans l’ombre existaient des livres, certains même très importants, qui ne passaient pas sous les projecteurs.Il n’est pas question, en une posture spiritualisante, de récuser l’actualité mais de faire comprendre l’épaisseur du concept d’actualité, qui n’est pas nécessairement limité au produit à peine sorti, mais implique aussi le retour aux produits du passé qui révéleront peut-être plus tard leur potentiel et agiront sur le réel." Et l’écrivain de livrer son expérience :

« Quand je lis pour moi, confie Claudio Magris, je revendique le droit à la liberté la plus débridée. L’art et la littérature appartiennent bien sûr à leur époque, à leur saison et même à l’instant exact où ils paraissent. Ils peuvent sombrer, disparaître et réémerger et la vraie lecture devrait ressembler à un compte rendu retardé, être une lecture différée. A parcourir les revues littéraires et les suppléments livres de vos quotidiens cette semaine, nul doute que le souhait de Claudio Magris a trouvé un écho étonnant.

Multiples anniversaires et publications oblige. Gary, Beckett, Camus, Céline envahissent la presse…

Pour le Nouvel Observateur, il n’est jamais trop tard pour lire Sagan et son Bonjour Tristesse dont on célèbre les 60 ans de la parution. Récit sous la plume de Jérôme Garcin de l’avènement éditorial de ce premier roman à l’incipit resté célèbre : « sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse…On lira aussi dans l’hebdomadaire les témoignages d’écrivaines comme celui de Clara Dupond Monot qui atteste de l’actualité de ce roman en le résumant ainsi : « Une jeune fille dit : je n’aimais pas la jeunesse ». Puis elle se fait draguer par un homme qui lui demande : « Etes vous morte ? De loin, vous aviez l’air d’une épave ». Plus tard, elle revendique la « liberté de mal penser ou penser peu ». Voilà. En trois phrases écrites en 1954, Françoise Sagan torpille le politiquement correct de 2014, commente Clara Dupond Monot. La postérité de l’œuvre, une question qui obsédait Romain Gary si l’on en croit un dossier que consacre la revue Lire à l’auteur qui aurait fêté ses 100 ans cette année… « En fait, il n’avait qu’une angoisse, celle de n’être considéré par la postérité que comme un petit maître, peut-on lire dans un portrait de l’auteur dressé par Marc Riglet. Au fond, ajoute-t-il, il aurait voulu, pour sa force tranquille êrtre Joseph Kessel. Il aurait rêvé, pour l’élévation de sa pensée et de sa culture être André Malraux. Il n’était ni l’un ni l’autre./ Il ne s’aimait pas. Mais nous, tel qu’il est, auteur de la promesse de l’aube, nous l’aimons…

Enfin pour le Figaro littéraire, il n’est jamais trop tard pour relire Céline alors que le manuscrit original de Voyage au bout de la nuit s’apprête à être publié. Un document inestimable si l’on en croit Henri Godard, son biographe et maître d’œuvre de l’édition de ses romans et de sa correspondance dans la Pléiade qu’a interrogé Thierry Clermont pour le Figaro. A sa lecture, nous apprend Henri Godard, on peut affirmer qu’en quelques mois il est passé du bon écrivain à l’écrivain de génie. Destouches était devenu Céline. Dans ce premier roman, il n’avait pas seulement trouvé sa voix. Il en est arrivé au point où il était devenu capable d’être son propre critique, sans l’aide de personne. Regardez, le fameux et lapidaire incipit, « Ca a débuté comme ça », initialement, nous apprend-il, Céline avait écrit : « Ca a commencé comme ça. Mais l’événement le plus important, c’est la redistribution de la parole : Bardamu ( d’abord nommé Auguste puis Ferdinand) s’est substitu » au narrateur originel, Arthur Ganate. Entre-temps, il avait trouvé son style, abandonnant les conjonctions, privilégiant les juxtapositions. Bref, il avait introduit les tics de l’oralité dans l’écrit…

Et le figaro comme la revue Lire de recueillir les témoignages des membres du clan des Céliniens. Pour l’un d’entre eux, Gaël Richard, auteur d’un dictionnaire des personnages, des noms de personnes, figures et référents culturels dans l’œuvre romanesque de Louis Ferdinand Céline, « c’était un extraordinaire épistolier. ON s’en rend compte depuis la fin des années 1970, lorsque ses lettres ont commencé à être publiées. On estime leur nombre à quelque 20 000, autant que Voltaire ! Hélas seulement 6000 d’entre elles ont été retrouvé, explique-t-il.

2500 c'est le nombre de lettres de Samuel Beckett qui vont être publiées en quatre tomes; Le premier vient de paraître, la presse en a beaucoup parlé, mais point besoin de relayer ici, nos chers critiques l'ont déjà fait brillamment !

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