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Escroc mais pas trop

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Dans la série art et justice, le magazine Beaux Arts dresse, dans sa rubrique « Down », le portrait de quelques voleurs hauts en couleurs. Ainsi de Kevin Sutherland. “Le pasteur de la Mosaic Miami Church a été arrêté pour avoir tenté de vendre des faux tableaux du Britannique Damien Hirst. L’accusé a été libéré sous caution. Il risque jusqu’à sept ans de prison ferme, selon le New York Times.” Il y a aussi Marino Massimo de Caro, “l’ancien directeur de la Bibliothèque des Girolamini de Naples, la plus vieille bibliothèque de la ville (datant du XVIe siècle), condamné à sept ans de prison pour le vol de 2 000 livres anciens.” Ou encore Peter Noever, “l’ex-directeur du MAK de Vienne, mis en cause cette fois par la Cour des comptes autrichienne. En 2011, il avait démissionné à la suite d’un audit fustigeant sa gestion. Lui reprochant notamment d’avoir organisé 10 fêtes d’anniversaire en l’honneur de… sa mère. Aux frais du musée !”

Et en France, en plus artisanal, nous avons Dominique Weitz. “Le site eBay a perdu un client , raconte Vincent Noce dans Libération . Et la galerie sise au 6, rue de la Grange-Batelière, à Paris (IXe), a été mise sous scellés. Au début du mois, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (l’OCBC) ont interpellé le patron, Dominique Weitz, et perquisitionné son stock, à Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne. Le 5 avril, il a été mis en examen pour contrefaçon, tromperie et escroquerie par Dominique Bibal-Sery, juge du pôle financier puis libéré sous caution de 80 000 euros, précise-t-on au Palais de justice.

La supercherie a été découverte grâce à un fan de l’école d’Ecouen, dont Mary Cassatt fit partie. Ce cercle cosmopolite regroupait au XIXe siècle des paysagistes installés autour d’un élève de Delaroche alors réputé, Pierre Edouard Frère. Cet amateur avait tenté d’enchérir sur un tableau anonyme proposé à Drouot, sans succès. Sur eBay, il eut la surprise de redécouvrir la même toile pour sensiblement plus cher, signée Edouard Frère, vendue par un professionnel, Dominique Weitz, qui a diffusé beaucoup de peintures de cette période.

Alertée, l’OCBC est rapidement intervenue à sa boutique, où elle a saisi trois autres tableaux portant une signature falsifiée. L’antiquaire a avoué qu’il achetait à Drouot des œuvres auxquelles il ajoutait une signature, qu’il revendait alors, toujours sur eBay. « Autant que nous sachions, il traitait de petits maîtres, il faisait bien attention à rester en dessous du radar », confie un proche de l’enquête. En revanche, il compensait, puisqu’il aurait placé autour de 1 500 lots sur le site de ventes aux enchères. On trouve, vendus à son nom, une marine arborant la signature d’Ulysse Buttin, une suite de dessins portant maladroitement celle d’Anquetin, une sanguine attribuée à Emile Wattier (pour 2 780 euros), une peinture orientaliste signée Claude Marks, sans compter nombre de gravures et de photographies anciennes.

Les historiques sont flatteurs : cette lithographie d’une caricature de Poulbot, portant une signature au crayon bleu, est affichée « provenant de la famille de l’artiste ». Ce portrait photographique du banquier Péreire par Nadar est décrit comme provenant de « la famille d’Orléans ». Et l’on ne sait plus très bien ce qui serait exact dans la description d’un dessin de la maison provençale du peintre Felix Ziem signé Honoré Viguier. Le défilement des œuvres recense tous les clichetons du goût petit-bourgeois , estime le critique de Libération. Une « délicieuse peinture » de « jeune femme légèrement vêtue de dentelle », supposément due au Lyonnais Pierre-François Bouchard, ami des Flandrin, est « présentée comme sincère et ancienne, et authentique ». Une « agréable peinture » représentant un mousquetaire, annoncée comme étant de Gustave Barrier, est « présumée » comme « le portrait de d’Artagnan ». Cela n’engage à rien. « L’ancienneté et l’authenticité est absolument garantie. Aucun retour sans motif grave et fondé ne sera pris en considération. »

Tout n’est pas forcément faux, évidemment. Un travail de fourmi attend donc les spécialistes de l’OCBC pour en déterminer les proportions et retrouver les victimes. Cependant, les professionnels s’alarment du regain des contrefaçons diffusées sur Internet, où les ventes se réalisent sans expertise ni garantie. Chef de l’OCBC, Stéphane Gauffeny appelle ainsi les sites à exercer une surveillance accrue des transactions.”

D’autant qu’une source anonyme, citée par Stéphane Sellami dans Le Parisien , explique que Dominique Weitz, qui a depuis été suspendu d’exercice, « aurait très bien pu continuer ses petites affaires encore longtemps. Les prix des tableaux qu’il proposait n’étaient pas excessifs et le suspect restait sous un seuil au-dessus duquel il aurait rapidement éveillé les soupçons » .

Si même les « escrocs mais pas trop » se font attraper, où va-t-on, je vous le demande ?

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