LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Eviction, réouverture et palmarès

10 min

Que s’est-il passé dans le cinéma, pendant que nous étions à Cannes ? Eh bien on n’est pas resté inactif à la mairie de Montreuil, dirigée par Dominique Voynet : elle a fait publier dans Télérama une annonce pour le recrutement d’un nouveau directeur du cinéma municipal Georges-Méliès, officialisant ainsi sa volonté d’évincer le directeur actuel, Stéphane Goudet, qui a lui même appris la nouvelle en lisant l’annonce à Cannes. “Cette annonce a suscité la stupéfaction et l’incompréhension de nombreux spectateurs et citoyens , estiment dans un texte de soutien publié par L’Humanité quatre cinéastes, Solveig Anspach, Dominique Cabrera, Robert Guédiguian et Dominik Moll, car le nom de Stéphane Goudet est associé depuis dix ans aux destinées de ce cinéma. Avec son équipe, il en a fait une des salles les plus dynamiques et innovantes de France.“ Le texte de soutien retrace le processus de crispation qui a abouti à l’éviction de Stéphane Goudet, pour élargir ensuite le propos : “Au fond, estiment les signataires, la question posée est celle du statut du directeur d’une salle de cinéma municipale. A-t-il le droit d’exprimer en interne son désaccord sur des choix de sa hiérarchie administrative, voire politique, lorsque ceux-ci lui paraissent aller contre l’intérêt du cinéma ? Peut-il, par exemple, contester la remise en cause des dispositifs d’éducation à l’image ? Peut-il avoir une autonomie dans sa programmation, dans l’animation de la salle de cinéma ? Son travail peut-il être valorisé dans la presse si cela sert les intérêts de la salle ? Peut-il signer les éditoriaux du journal du cinéma en confiance sans les soumettre à l’imprimatur du maire ? Peut-il en somme être un créateur à sa manière ?“ Et les quatre cinéastes d’affirmer : “Nous pensons qu’il est encore temps de résoudre ce conflit inutile et contre-productif dont le cinéma est la première victime. Nous demandons que la mairie tienne ses engagements. Nous apportons notre soutien à Stéphane Goudet et demandons qu’il soit maintenu au poste de directeur du Méliès, dans des conditions qui lui permettent de poursuivre avec sérénité et le même enthousiasme son travail au service du cinéma de la ville.“

Pendant qu’un directeur de cinéma était remercié avec élégance, un lieu de cinéma rouvrait, a-t-on appris dans la version quotidienne cannoise du Film Français : “le gouvernement iranien vient de plier dans le bras de fer qui l’opposait à l’ensemble des professionnels du cinéma du pays. Le 3 janvier, sur ordre du ministre de la Culture et de la Guidance islamique, la Maison indépendante du cinéma, principale organisation des professionnels du 7e art, regroupant 29 syndicats et près de 6 000 membres, était dissoute , j’en avais parlé ici. En cause, son soutien officiel à Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof mais aussi aux six cinéastes documentaristes et à la distributrice Katayoun Shahabi, arrêtés en septembre après avoir été accusés de travailler clandestinement pour la BBC en persan, et libérés depuis. La plainte déposée contre le ministère pour fermeture illégale, après avoir été considérée comme recevable, était sur le point d’être examinée par la Cour suprême du pays. Le ministère a préféré anticiper afin d’éviter un éventuel désaveu officiel. Les scellés ont été retirés en milieu de semaine dernière et la Maison du cinéma a officiellement rouvert ses portes les 24 mai.“ Même en Iran, il y a une justice !

Sinon, il ne vous aura pas échappé que le festival s’est clos par un palmarès. “Pour ceux des festivaliers qui ne manqueraient pour rien au monde un film en compétition, raconte Jacques Mandelbaum dans Le Monde , le Festival de Cannes dispense le goût du jeu, la fièvre du pari. Sentiment peu avouable, mais bien réel, qui culmine dans une cérémonie de clôture qui tient à la fois de l’ordalie et de la tombola. Le palmarès, on a beau savoir que ça ne veut pas forcément dire grand-chose, qu’on l’aura probablement oublié avant le prochain festival, on s’y prend comme de grands enfants. « Je pense que ça peut plaire à Moretti », « Ça m’étonnerait que ce soit le style de Moretti », « Bien sûr, tout dépend de Moretti » : ces oracles auront été parmi les plus répandus au sortir de ces douze jours de projections. La réponse officielle dudit Moretti, Nanni de son prénom, autarcique de son état, et président d’un jury qui comptait huit autres jurés, a tranché dans le vif dimanche 27 mai au soir, à l’issue d’une montée des marches diluviennes. […] Pour irréprochable que soit la Palme d’or , pour le critique du Monde , de même que les Prix du scénario et de double interprétation féminine attribués à l’envoutant Au-delà des collines du Roumain Cristian Mungiu, le reste du palmarès autorise cet autre grand jeu cannois qu’est la contestation.“ Et contestation, il y a eu en effet partout dans la presse sauf… Sauf au Figaro . “Avec un président comme Nanni Moretti, la rumeur allait bon train sur un palmarès radical et provocateur , écrit Jean-Luc Wachthausen. Il allait faire son intéressant et bousculer cette 65e édition marquée par autant de hauts que de bas. Pas du tout. A la place, on a eu droit à une remise de prix équilibrée, de qualité et où figurent les favoris de la compétition, Michael Haneke et Cristian Mungiu. Bonne nouvelle, estime le critique du Figaro , une comédie sociale, signée par le malicieux Ken Loach, a même été couronnée. Surprise de taille : la présence de l’Italien Matteo Garrone, que personne n’attendait là. […] Manifestement, Nanni Moretti a fixé une ligne artistique et a su diriger ses jurés qui ont débattu sans tomber dans les travers du snobisme. Exit donc Leos Carax. Au revoir Kiarostami. A la place, le jury s’est fait plaisir en préférant le Mexicain Carlos Reygadas, sans doute primé pour son culot et son concept du non-film.“ Un concept qui n’a pas convaincu Pierre Vavasseur, du Parisien : “Le public devrait fuir en courant ce film irrésumable à côté duquel la poésie métaphysique du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Palme d’or en 2010, relève d’un tour de manège chez Walt Disney.“

En parlant d’amis du Thaïlandais et du cinéma audacieux, et pour revenir au Figaro , Eric Neuhoff n’a pas pu résister à se payer une fois encore le grand humilié du palmarès, Leos Carax, dans son papier récapitulatif du festival : “Leos Carax eut son effet. C’était prévu. On devrait l’installer au Musée Grévin. Il ferait un bon gardien. Si certains sujets ont du génie, on eut bien trop de génies qui n’avaient pas de sujet. On aurait voulu qu’ils pensent le monde. Ils préfèrent que le monde pense à eux.“

Pour reprendre Jean-Louis Trintignant citant Prévert le soir de la cérémonie, c’était notre rubrique : « Et si on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple ? »

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......