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Faisans et has been à Hollywood

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C’est la star hollywoodienne par excellence, on a beaucoup fantasmé et écrit sur elle, la publication de ses "Fragments : poèmes, écrits intimes, lettres" il y a un an avait créé l’événement, Marilyn MONROE revient en cette rentrée avec la reparution de son autobiographie. Dictée en 1954 au grand scénariste Ben HECHT, publiée vingt ans plus tard puis tombées dans l’oubli, elle ressort jeudi en France chez Robert Laffont sous le titre "Confession inachevée". Les Inrockuptibles en ont publié deux extraits, dont celui-ci, issu du chapitre 9, "Plus haut, plus haut, encore plus haut", où Marilyn revient sur le Hollywood assez peu glamour de ses débuts…

« Le Hollywood que je connaissais était le Hollywood des ratés. Presque toutes les personnes que je rencontrais crevaient plus ou moins la faim ou avaient des envies suicidaires. Cela me faisait penser à ce poème : « De l’eau, partout de l’eau, mais pas une goutte à boire. » La gloire, partout la gloire, mais pas même un sourire pour nous. Nous mangions au comptoir des drugstores faisions la queue dans les allés d’attente. Nous étions la plus jolie équipe de chercheuses d’or qui ait jamais envahi une ville. Et nous étions si nombreuses ! Lauréates de prix de beauté, étudiantes au physique spectaculaire, sirènes locales provenant de tous les Etats de l’Union. Venues des villes et de la campagne. Des usines, des troupes de music-hall, des écoles d’art dramatique et l’une d’entre elles d’un orphelinat. Et, tout autour de nous, il y avait les dragueurs. Non pas les types importants qu’on trouvait à l’intérieur des studios, mais le menu fretin – prospecteurs de talents sans talent, agents de presse sans clients, relations publiques sans relations, et des imprésarios. Les drugstores et les petits bistrots regorgeaient d’imprésarios prêts à vous lancer si vous vous enrôliez sous leur bannière. Leur bannière était en général un drap de lit.

Je les ai tous connus , poursuit Marilyn MONROE. Tous des ratés et des faisans. Certains étaient de véritables escrocs, et dangereux. Mais pour nous, ils représentaient ce qui pouvait le plus nous rapprocher du cinéma. Alors on s’asseyait à leur table, et on les écoutait débiter leurs bobards, exposer leurs combines. Et on voyait Hollywood à travers leurs yeux – un bordel surpeuplé, un manège où les lits tenaient lieu de chevaux de bois.

Parmi ces arnaqueurs et ces paumés, il y avait également une bonne collection de « has been ». La plupart étaient des acteurs et des actrices qui avaient été évincés du cinéma personne ne savait trop pourquoi, à commencer par eux. Ils avaient eu des « grands rôles ». Ils montraient des albums pleins de photos d’eux et d’articles de journaux. Et ils fourmillaient d’anecdotes sur les grands patrons au nom magique qui dirigeaient les studios – GOLDWYN, ZANUCK, MAYER, SELZNICK, SCHENK, WARNER, COHN. Ils les avaient côtoyés et avaient même échangé des conversations avec eux. Assis dans les bistrots minables devant une bière qu’ils faisaient durer une heure, ils parlaient des grands du cinéma, en les appelant par leurs prénoms. « Sam m’a dit… », et « J’ai répondu à L.B.… », et « Je n’oublierai jamais l’enthousiasme de Darryl quand il a vu les rushes ». Quand je me rappelle ce Hollywood, sans espoir, barbotant dans la débine et le mensonge, que j’ai connu il y a quelques années seulement (on est en 1954, je le rappelle, quand Marilyn se souvient), je sens une certaine nostalgie m’envahir. C’était un endroit plus humain que le paradis dont je rêvais et que j’ai trouvé. Les gens qui le peuplaient, les faisans et les ratés, étaient des personnages plus colorés que les grands hommes et les artistes célèbres que je devais connaître bientôt. »

Faisan, raté, « has been », on a l’impression que Marilyn MONROE, dans ses mémoires, parle du personnage qu’incarne Jean DUJARDIN dans "The Artist", le film de Michel HAZANAVICIUS qui sort demain et raconte, faut-il le rappeler, la chute d’une star du muet, sorte de sous-Douglas FAIRBANKS, au moment du passage au parlant. Nous en parlerons ici la semaine prochaine. Comme Marilyn à ses débuts, "The Artist" part à l’assaut d’Hollywood et de ses précieuses statuettes dorées, les Oscars, avec un allié de poids en la personne d’Harvey WEINSTEIN, le producteur de "Pulp Fiction" et du "Patient anglais". Léna LUTAUD racontait il y a une semaine dans Le Figaro la stratégie du créateur, avec son frère Bob, de MIRAMAX, pour rafler le trophée suprême comme il l’avait fait l’an dernier avec "Le Discours d’un roi". « Je veux que "The Artist", qui est un véritable chef-d’œuvre, fasse le grand chelem des récompenses du septième art exactement comme Marion COTILLARD l’a fait avec "La Môme", lui a déclaré Harvey WEINSTEIN, qui distribue le film aux Etats-Unis. "The Artist" va concourir dans toutes les catégories des Oscars, dont celui du meilleur acteur pour Jean DUJARDIN. » Jean DUJARDIN qui, comme sa partenaire Bérénice BEJO et son réalisateur Michel HAZANAVICIUS, a accepté de mettre sa vie entre parenthèses pendant six mois, entre octobre et le 26 février, jour de la cérémonie des Oscars au Kodak Theatre à Los Angeles. Il faut effectivement se rendre à de multiples reprises aux Etats-Unis. Deux avant-premières sont prévues dans des cinémas prestigieux. A chaque fois, le trio posera sur le tapis rouge sous les flashs des photographes et donnera des interviews aux grandes télévisions américaines. Pour transformer "The Artist" en événement, Harvey WEINSTEIN a prévu de le projeter dans un maximum de festivals. En effet, chaque projection relance le bouche à oreille, nécessaire pour convaincre de l’originalité et de la qualité de ce film muet en noir et blanc. Pour l’heure, la rumeur est positive. Du New York Magazine aux blogs du Los Angeles Times , les premiers échos sont élogieux : « DUJARDIN est meilleur que Gene KELLY ne l’a jamais été. Il a un boulevard devant lui. » The Hollywood Reporter cite même "The Artist" dans les dix favoris pour le meilleur film avec, entre autres, "J. Edgard", de Clint EASTWOOD, "Le Cheval de guerre", de Steven SPIELBERG, ou "Carnage" de Roman POLANSKI. Les Oscars adorent célébrer l’ère mythique de Hollywood et les dynasties sont nombreuses parmi les 6 000 votants. C’est bien là-dessus que compte Harvey WEINSTEIN, conclut la journaliste du Figaro . A 59 ans, il a 249 nominations aux Oscars derrière lui, 86 victoires dont 3 Oscars pour le meilleur film. Tout « has been » qu’il soit, tous les espoirs sont donc permis pour "The Artist"…

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