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Fan attitude

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“Pêche miraculeuse pour Jamie Oliver, chef cuisinier anglais et vedette de la télé anglo-saxonne, en plein chantier de son nouveau restaurant à Manchester, lieu qui se trouve être une ancienne banque Midland , rapporte Libération . Au sous-sol du bâtiment, des coffres, datant de 1935 selon le Huffington Post, renfermaient 1,1 million de livres (soit 1,33 million d’euros) et une arme à feu. Le butin en cash a été remis par le chef Oliver au Trésor public anglais.“ A ce stade, vous êtes ravis pour les finances britanniques, mais vous ne voyez pas ce que cette information vient faire dans une revue de presse musicale. Eh bien c’est qu’un “tout autre trésor, orphelin lui aussi, a été découvert dans le sous-sol de la banque : des enregistrements de Joy Division, et de New Order. Originaires du coin, Joy Division, groupe formé en 1976, emblème de la cold wave (et cher au cœur d’aucuns autour de cette table), laisse place en 1980 à New Order, suite au suicide de Ian Curtis, chanteur du groupe retrouvé pendu à 23 ans à la cuisine. Personne ne sait pour l’instant ce qu’il va advenir de ces précieuses bandes, ni à qui elles appartiennent.“ J’en entends certains saliver dans l’espoir d’un disque d’inédits du groupe mancunien, tant, chez le critique, le fan n’est jamais loin.

C’est ce qui est arrivé au critique rock du Monde , Bruno Lesprit, encore tout chose d’avoir rencontré son idole, Bruce Springsteen. « Plus de trois décennies qu’on attendait ce moment , écrit-il : Bruce Springsteen échange une poignée de main au bar du Théâtre Marigny, à Paris. Subitement redevenu adolescent, son interlocuteur croit défaillir avant d’entamer un – très bref – dialogue sur l’opportunité de rééditer en coffret le classique The River. Une question pour que le jeune sexagénaire reconnaisse le fan dans l’essaim de journalistes qui l’entoure.

Que fait le plus célèbre citoyen du New Jersey, jeudi 16 février, sur les Champs-Elysées ? La promotion d’un album à paraître le 6 mars, Wrecking Ball, son 17e. Sa maison de disques, Sony, a organisé une conférence de presse européenne (avec Antoine de Caunes en directeur des débats), précédée d’une écoute religieuse de l’œuvre. Un moment soumis à des règles paranoïaques : affrètement de trois cars vers le lieu tenu secret, bracelets d’identification, aucun enregistrement vidéo ou audio.

D’ordinaire, on fuit ces raouts , s’excuse le critique du Monde . Mais Bruce, c’est proustien depuis l’électrochoc de ce tout premier concert de rock, à Saint-Ouen en 1981, prémices d’une pathologie qui se manifesta par le port du bandana et la prospection d’inaudibles enregistrements pirates.

Ses deux précédents disques, Magic et Working on a Dream, ont malheureusement pris la poussière sur l’étagère avec leurs hymnes pour stades de base-ball. Wrecking Ball est dans cette lignée , estime Bruno Lesprit, dont la fan attitude n’a heureusement pas entamé le sens critique. Le batteur de l’E. Street Band, Max Weinberg, cogne plus sourd que jamais. La musique tente un renouvellement dans un grand écart entre passé et présent : la structure est folk, avec des mélodies irlandaises portées par les violons, l’habillage high-tech en boucles électroniques tirant vers le hip-hop. S’ajoute une religiosité gospel : « On m’a lavé le cerveau quand j’étais gamin avec le catholicisme et ça n’a pas facilité ma sexualité, plaisante le croyant. Mais catho un jour, catho toujours. Cela m’a aussi donné une vie spirituelle active. » Les paroles valent davantage le détour. Car « le Boss » est remonté. Au risque d’être taxé encore une fois de populiste, il se place du côté des travailleurs pour tirer à vue sur les financiers et les profiteurs. « Des gens ont perdu leur maison, leur travail, et personne n’est allé en prison », s’indigne-t-il, en ne comprenant pas pourquoi « il n’y a pas eu d’occupation de Wall Street ». Du Hollande en quelque sorte, mais en plus brutal : « Si j’avais un flingue, je descendrai ces salauds », entend-on dans Jack of All Trades. Barack Obama, pour lequel Springsteen a chanté, est épargné par cette voix de la colère. Elle le crédite d’avoir « sauvé General Motors, mis en place l’assurance-maladie et fait tuer Ben Laden ». « Je soutiens toujours le président même si je pensais qu’on fermerait Guantanamo », conclut le chanteur, qui s’en tiendra désormais à son « boulot » : « Mesurer la distance entre le rêve américain et la réalité. »

En concert le 19 juin, à Montpellier, Springsteen reviendra à Paris pour deux soirées à Bercy. La première est programmée le 4 juillet. L’Amérique sera sûrement à la fête.“ , se réjouit déjà le critique du Monde .

Drôle de rencontre aussi pour le rédacteur en chef de Rock & Folk , qui a longuement rencontré un mythe « sorti indemne du communisme, de la drogue, de Sid Vicious et du reggae punk » , vous aurez reconnu la « bondissante chanteuse allemande » Nina Hagen, à qui le mensuel rock consacre sa couverture. Philippe Manœuvre s’est “envolé de bon matin pour Berlin , raconte-t-il. Les instructions du management sont obtuses et se laissent lire comme un synopsis de 24 Heures Chrono. Il est question de prendre un bus de l’aéroport jusqu’à la station Zoolischer Garten. Là, un quidam est censé nous repérer « près de la station de métro » pour nous emmener « dans un hôtel dans la forêt au sud de Berlin ». Là, dans le décor viennois aseptisé de l’hôtel Concord Forsthaus, Nina Hagen est censée se matérialiser, autour de l’heure du déjeuner.“ Après une plutôt sage, mais instructive interview carrière, Nina Hagen part dans des propos assez délirants. Elle raconte notamment comment elle est morte à 17 ans au cours de son premier trip au LSD, ce qui lui a permis de rencontrer Dieu, qui lui a présenté Jésus. Mais c’est surtout quand Philippe Manœuvre, malicieux, la lance sur la fin du monde prévue pour fin décembre prochain que l’interview prend une altitude stratosphérique. Nina Hagen lui dévoile en effet une conspiration mondiale impliquant toutes sortes de sociétés secrètes, mais aussi le Vatican, où des enfants sont violés dans de grands rituels sataniques. On apprend ainsi grâce à elle qu’Angela Merkel fait partie d’une de ces sociétés secrètes sataniques qui travaillait dans l’ombre en RDA, que Stanley Kubrick allait tout révéler dans Eyes Wide Shut , mais qu’il a été contraint de couper la scène la plus révélatrice. « Les politiciens et les gens haut placés font partie de ce réseau satanique. C’est la raison pour laquelle le monde va si mal. John F Kennedy l’a dit avant d’être assassiné. Il faut arrêter ces idiots, nous devons protéger la création, le monde merveilleux que Dieu nous a fait. C’est une énorme conspiration. J’espère qu’on pourra l’arrêter. Au nom des enfants et de l’humanité et des animaux, de Mère Nature, dégageons tous ces connards ! » En grande forme, Nina Hagen !...

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