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Comme pour répondre aux propos de Vasily Petrenko cités ici il y a deux semaines (pour rappel, le jeunedirecteur musical du Royal Liverpool Philharmonic Orchestra et du Philharmonique d’Osloavait suscité une polémique en estimant dans un journal norvégien que « les musiciens réagissent mieux quand ils ont un homme devant eux » car ainsi « ils ont moins d’énergie sexuelle et peuvent se concentrer sur la musique » ), notre consœur en Dispute Marie-Aude Roux a dressé dans Le Monde un portrait de la chef Marin Alsop. « First Lady of The Last Night of The Proms », ont titré les journaux anglais. Le 7 septembre, Marin Alsop aura donc été la première femme de l’histoire de la musique à diriger la fameuse Dernière Nuit des Proms, le prestigieux festival de musique classique londonien fondé en 1895, il y a cent dix-neuf saisons. […] A 57ans, cheveux blonds coupés court, chemisier-bottines-pantalon et petit gabarit – 1,52 m –, Marin Alsop fait partie des rares femmes chefs d’orchestre (avec l’Australienne Simone Young) à mener une carrière internationale et à diriger de grands orchestres. Depuis 2007, elle est à la tête de l’Orchestre symphonique de Baltimore dans le Maryland, où elle a pris la succession du mage russe Youri Temirkanov. Une nomination passée d’autant moins inaperçue qu’elle a provoqué une réaction violente des musiciens, une moitié contestant la forme (l’absence de concertation), l’autre le fond – Marin Alsop n’est pas un homme. Elle, tempère : « J’ai en fait servi d’alibi dans un conflit entre les musiciens et l’administration de l’orchestre. Je ne nie pas les réactions sexistes, mais ils n’avaient pas été consultés. J’ai d’abord eu envie de partir, puis j’ai décidé de leur parler. » Marin Alsop a simplement demandé aux musiciens de lui laisser sa chance. Aujourd’hui ? Ils l’ont priée de rester jusqu’en 2021 ! Belle victoire , salue Marie-Aude Roux, pour celle qui précise : « Un chef d’orchestre est toujours seul, qu’il soit homme ou femme. » Si Marin Alsop se réjouit de la couverture médiatique des Proms ? « Oui, parce que cela facilitera les choses pour les femmes qui me suivront. » Constatant pendant vingt ans que leur nombre n’augmentait pas, elle a d’ailleurs créé en 2002 une bourse d’études « afin de leur permettre d’accéder aux orchestres et d’apprendre leur métier ».”

Marin Alsop sera certainement très intéressée par une étude scientifique dont s’est fait écho le mensuel Sciences Humaines dans son numéro de novembre. “Que la vue influence nos jugements, ce n’est pas nouveau. Sa prépondérance dans l’évaluation des performances musicales a pourtant de quoi surprendre. La musique est un domaine où, de l’aveu des novices comme des professionnels, le son est le premier facteur d’appréciation. Vraiment ? Une série d’expériences réalisées par la chercheuse en psychologie sociale à UCL (University College London) et pianiste Chia-Jung Tsay remet en cause cette certitude. Chargés de deviner, entre les trois finalistes de dix concours internationaux de musique, quel était le vainqueur, les participants ont été bien meilleurs lorsqu’ils se sont appuyés sur une vidéo silencieuse que sur le seul son, ou la vidéo et le son. Et ce, qu’il s’agisse de novices ou de professionnels !

Avec le seul enregistrement audio, les novices identifient le vainqueur à 25,5%. Avec une vidéo silencieuse, le taux de réussite double (52,5%). Plus surprenant, la même expérience réalisée avec des musiciens professionnels donne des résultats similaires : 25,7% devinent le vainqueur avec le seul son, 47% l’identifient avec la vidéo silencieuse. Voilà de quoi questionner la place accordée aux experts dans l’évaluation des performances musicales. D’autant qu’ils estiment, à plus de 80%, fonder leur jugement sur le son. Comment interpréter cette prépondérance de la vue ? Ici, c’est d’abord la passion qu’exprime physiquement l’interprète qui influence le jugement. Alors certes, la vue ne suffit pas à contrebalancer une mauvaise performance musicale. Mais son importance dans les évaluations au plus haut niveau sans qu’on en ait conscience doit nous alerter ! , estime Sciences Humaines. Et pour ceux qui voudraient juger par eux-mêmes, le site de UCL propose de réaliser l’expérience en ligne.”

Christian Merlin, dans Le Figaro , “veut prendre cette étude comme une invitation à développer ses oreilles. Car la vision peut aussi être un formidable parasite, qui empêche d’apprécier un interprète à sa juste valeur. Ainsi, [le critique du Figaro raconte qu’il] n’a jamais supporté Lang Lang à cause de ses mimiques et de son cinéma au piano, au point de le prendre pour un mauvais musicien. Jusqu’au jour où, participant à l’émission « La Tribune des critiques de disque » sur France Musique, dans laquelle on compare des versions à l’aveugle sans savoir qui joue, c’est son interprétation du Premier concerto de Beethoven qu’ [il] a élue : lorsque le présentateur annonça le nom du vainqueur, [il] était perturbé, mais aussi heureux de découvrir que celui qu’ [il] prenait pour un singe savant était en réalité un véritable musicien. La vision seule avait rendu cette prise de conscience impossible. A rebours, regardez Pierre Boulez diriger : un visage marmoréen, qui ne change pas d’expression durant tout le concert, une gestuelle sans effets de manche. Conclusion : le concert devait être froid et ennuyeux. Puis écoutez à l’aveugle le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy ou la scène d’amour du Roméo et Juliette de Berlioz : la version Boulez est la plus torride ! , pour Christian Merlin. L’œil peut être votre meilleur ami comme votre pire ennemi, on ne peut faire sans, mais on doit le dompter pour être son maître et non son esclave” , conclut-il. On transmet à Vasily Petrenko et ses musiciens concupiscents…

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