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Festival d'Avignon : dix ans, et Py voilà

5 min

« Vous avez su trouver le Graal du théâtre : allier la très grande exigence, pouvant aller jusqu’à la radicalité, à l’adhésion du public, sa confiance. Il n’y a pas d’autre définition du théâtre populaire. » Ces mots louangeurs, rapportés par Armelle Héliot dans Le Figaro , ne s’adressent pas à vous, chers critiques dramatiques, mais aux codirecteurs, jusqu’à cette année, du Festival d’Avignon, Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Et c’est leur successeur, Olivier Py, qui les a prononcés lors de la traditionnelle présentation du bilan du Festival. “Pour cette édition , relaie la critique du Figaro , la fréquentation a été excellente : 128 000 billets délivrés, plus 13 000 spectateurs aux spectacles gratuits et 13 000 entrées pour les lectures, débats, rencontres. Depuis huit ans, la fréquentation est au-dessus de 90%. Cette année, 95%. Dans une France où le théâtre est en baisse de 12%, Avignon est une exception.”

“Les directeurs , rapportez-vous, René Solis, dans un article cosigné par votre collègue danse de Libération Marie-Christine Vernay, se sont aussi félicités du rajeunissement du public (l’âge moyen est de 40 ans, contre 45 en 1996). Au-delà des chiffres, quid de cette édition 2013 ? Elle clôt parfaitement les dix années écoulées , estimez-vous. En plaçant des artistes africains, souvent inconnus en Europe, au cœur de la programmation, le Festival est allé jusqu’au bout de sa volonté de « déplacer » les attentes, selon le mot de Baudriller. Un déplacement autant géographique qu’esthétique : danse, performances, installations, projets hybrides, l’affiche a plus que jamais illustré l’extension du domaine du théâtre. Elle s’est surtout caractérisée par une proportion inédite de spectacles enragés, avec des corps et des mots faisant la guerre plus que l’amour (pratiquement pas un seul nu, sans doute le Festival le plus « habillé » depuis longtemps)” , notez-vous. Plus modérée, Odile Quirot estime sur le site du Nouvel Observateur que “l’an passé fut un meilleur cru, c’est sûr, et plus étincelant. Mais le Festival d’Avignon , rappelle-t-elle, est autre chose qu’une suite de spectacles, réussis ou non. Ce sont des rencontres entre artistes et public, des débats, des lectures en plein air (y compris celles de RFI et de France Culture [merci, Odile Quirot !]), des expositions. Avignon, c’est un état d’esprit, un forum, une agora. Et le risque de la création. C’est ce qui fait sa force.”

“Si cette édition doit demeurer dans les annales, c’est pour une autre raison , estime d’ailleurs Didier Méreuze dans La Croix : elle marque la fin d’une ère. Les initiatives [d’Hortense Archambault et Vincent Baudriller] ont connu des réussites inégales, parfois trop marquées par la mode ou le « jeunisme » sans lendemain. Elles ont eu néanmoins le mérite de bousculer les frontières entre les genres, voire de les transgresser. De rappeler que le monde de l’art est métissé, à l’image de la société. Que le théâtre ne saurait se réduire à un texte, même si les deux codirecteurs l’ont magnifiquement servi en mettant aussi à l’honneur les auteurs.” “En dix ans, estime également Armelle Héliot dans Le Figaro , Vincent Baudriller et Hortense Archambault ont mûri et fait entrer les auteurs de langue française et ce théâtre « de texte » dont ils se méfiaient. Mais Wajdi Mouawad a balayé leurs réticences dès 2009. Le public a rajeuni, mais aussi vieilli. C’est la tranche médiane qui manque. La crise est là. Elle est palpable. Le bilan des dix années est très bon en matière de chiffres. Pourtant, déplore la critique dramatique, la grande part des productions et coproductions européennes conduit à une part conséquente de spectacles surtitrés qui empêchent parfois de goûter pleinement aux productions. Même si le caractère international de la manifestation est fertile. D’autre part, estime encore Armelle Héliot, il est clair qu’un certain nombre d’artistes français ont été volontairement tenus à l’écart. En dix ans, n’était-il pas possible de voir des productions d’Emmanuel Demarcy-Mota, Christian Schiaretti, Laurent Pelly et tant d’autres ? Pour un Julien Gosselin, avec Les Particules élémentaires, combien de découvertes de jeunes artistes français ?

Olivier Py hérite d’une lourde charge. Maintenir l’ouverture mais ne pas oublier la création de langue française et convaincre les tutelles que La FabricA [ce nouveau lieu de vie et de répétition pour les artistes] exige un financement particulier. Interrogée à quelques jours [de la fin du Festival], Aurélie Filippetti a été très évasive…” , écrit Armelle Héliot en conclusion de son article titré, avec humour ou inquiétude : « Festival d’Avignon : le Py reste à venir. »

« Le Py » , qui a pris ses fonctions hier, est resté pendant le Festival lui aussi très évasif sur ses projets. A La Provence , il a toutefois laissé entrevoir une pacification des relations avec le Off, où il a joué cette année sa Miss Knife (« Être directeur du Festival la journée et puis enfiler un costume de chanteuse le soir, c’était sportif ! , raconte-t-il. Je ne le referai pas l’an prochain, je peux vous le dire… ») « Il ne faut pas qu’il y ait de guerre entre In et Off , estime Olivier Py. J’espère qu’on travaillera main dans la main. La solidarité à construire entre In et Off passe par mon attachement au théâtre public. Il y a des centres dramatiques régionaux qui jouent à Avignon, on peut leur donner un petit coup de chapeau dans le programme, se retrouver dans des colloques, mettre en place des liens… » Et faute de réendosser sa robe de chanteuse l’année prochaine, le nouveau directeur assure néanmoins à La Provence : « Il y aura une création de moi en 2014 et il y en aura une à chaque festival. Je suis un directeur-artiste… ou un artiste-directeur, c’est comme vous voulez. »

Le Py n’est jamais certain, mais ça au moins il en est sûr !

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