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Fil blanc et étoiles noires

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“L’Opéra de Paris se lance dans le prêt-à-porter , nous dévoile Le Parisien sous la plume de Joffrey Vovos. Ou plus exactement autorise Petit Bateau à utiliser son nom pour une collection de robes et marinières en jersey signées Christian Lacroix. Une première pour l’institution parisienne. La ligne de vêtements sera disponible le mois prochain dans une sélection de magasins de la chaîne et dans la boutique de l’Opéra Garnier. « Nous avons choisi Christian Lacroix car c’est un grand ami de la maison, souligne Christophe Tardieu, le directeur adjoint. Il a déjà dessiné de nombreux costumes pour nous. » Le lancement de cette collection marque un tournant pour l’institution culturelle. A l’image de ses homologues de New York ou de Londres, l’établissement public parisien a décidé de capitaliser sur son image. Pour cela, il s’est entouré des conseils d’une agence spécialisée, Blue, filiale d’Europacorp, la société de Luc Besson. « Nous sommes persuadés que notre nom a une valeur, reconnue à l’international, et qu’il est synonyme d’excellence », fait valoir Christophe Tardieu. L’Opéra a surtout constaté que des entreprises privées réalisaient de juteux profits sur son dos, sans autorisation. Si la direction refuse de donner des noms, il n’est pas très difficile de deviner que le succès de Repetto a pesé , suppute Le Parisien. Une réussite d’autant plus irritante que la marque de ballerines s’est choisie comme ambassadrice de son parfum Dorothée Gilbert, une danseuse étoile de Garnier.”

Une reconversion possible pour Agnès Letestu ? Comme l’a raconté Marie-Valentine Chaudon dans La Croix , celle qui fut consacrée du titre tant convoité d’étoile en 1997, à l’issue d’une représentation du Lac des Cygnes , resté depuis son « ballet fétiche » , vient de faire ses adieux à la scène de l’Opéra de Paris, “à 42 ans, comme l’impose la règle. […] La [jeune] retraitée de l’Opéra arbore le teint et la silhouette d’une jeune fille , nous assure La Croix , qui nous rassure aussi : Elle évoque son agenda rempli de dates de tournées et de galas dans le monde entier. Avec un appétit intact.” En attendant, il va bien falloir la remplacer. “Quelle nouvelle étoile se lèvera après le départ d’Agnès Letestu ? , s’interroge Ariane Bavelier dans Le Figaro. « Aujourd’hui, nous avons neuf filles, trois sont enceintes. Nous pourrions en avoir dix vu les 180 spectacles que donne la compagnie », explique Brigitte Lefèvre, qui en nommera peut-être d’autres avant son départ à l’automne prochain. Avec ou sans l’avis de son successeur Benjamin Millepied ? La question est d’une importance toute spéciale cette année qui voit le départ d’une vague d’étoiles : Agnès Letestu dans La Dame aux camélias, le 10 octobre, Isabelle Ciaravola dans Eugène Onéguine, en mars, et Nicolas Le Riche dans Notre-Dame de Paris à l’été 2014. En attendant Aurélie Dupont dans L’Histoire de Manon à l’automne prochain. Quatre étoiles qui s’en vont, c’est presque un quart des postes qui se libèrent. Alors que certains danseurs ont un talent si éclatant qu’un aveugle les nommerait, la plupart sont emblématiques d’une compagnie. C’est-à-dire de l’identité que veut lui donner son directeur. Si les danseurs grimpent les échelons du corps de ballet dans un concours de promotion interne où le directeur du Ballet bénéficie simplement d’une double voix, la nomination d’étoile se fait, elle, par le directeur de l’Opéra sur proposition discrétionnaire du directeur de la danse. Certes, Brigitte Lefèvre connaît mieux que personne les danseurs parisiens. Elle les a vus grandir, évoluer, les a testés dans différents rôles. Mais c’est Benjamin Millepied qui va maintenant les distribuer et les faire travailler. Selon la programmation qu’il met en place, il peut avoir besoin de danseurs plutôt musicaux, qui apprennent des chorégraphies très vite ou répètent au contraire un certain répertoire, possèdent un physique plutôt contemporain ou plutôt classique…

Deux précisions s’imposent. La première est que rien n’oblige à pourvoir les postes vacants. On peut attendre un an, voire deux, qu’une étoile émerge. La seconde est qu’une fois nommée, une étoile reste en poste jusqu’à sa retraite, à 42 ans et demi, mais ne possède strictement aucun droit. Que le directeur de la danse décide de ne pas la distribuer, et elle peut rester seule dans sa loge à se morfondre avec son diadème sur la tête. Cela s’est déjà vu : l’étoile en question avait pourtant été intronisée au Grand Echiquier de Jacques Chancel par le prédécesseur de Noureev, devant des millions de téléspectateurs. Simplement, Noureev n’en voulait pas. L’intelligence et l’élégance demanderaient que Brigitte Lefèvre et Benjamin Millepied approuvent les nominations de concert. On voudrait être sûr que ce sera désormais le cas” , conclut Ariane Bavelier dans Le Figaro .

D’autant que Benjamin Millepied a déjà son idée sur la question. « Je ne comprends pas qu’aucun danseur de couleur ne fasse partie de cette grande compagnie » , a-t-il ainsi déclaré, “s’étonnant du manque de diversité du prestigieux corps de ballet français” , dans une interview accordée au numéro de septembre du magazine Têtu , et reprise par des brève du Monde , qui cite ses sources, et de La Croix , qui ne le fait pas, allez savoir pourquoi. D’après le quotidien catholique, Millepied précise “vouloir « amener la diversité » dans la compagnie d’une « ville aussi cosmopolite ». Tout en soulignant la qualité exceptionnelle de « la plus belle compagnie de danse du monde », son futur patron, à compter d’octobre 2014, annonce déjà son intention de la secouer quelque peu, en lui apportant une « empreinte moderne ».” Et des maillots Petit Bateau ?

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