LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Flux et reflux de la censure

5 min

Manifeste du parti communiste, œuvres du poète turc Nazim Hikmet, L’Etat et la Révolution de Lénine, L’Histoire du Parti communiste bolchevique de l’URSS de Staline, bandes dessinées, atlas géographique, essais sur la question kurde… : près de 23 000 publications vont pouvoir réapparaître dans les rayons des librairies turques , nous apprend une brève de La Croix . Une loi votée par le Parlement au mois de juillet dernier annule [en effet] l’interdiction de tout ouvrage dont la condamnation, prononcée avant 2012, n’a pas été confirmée à la date du 5 janvier 2013.”

Et pendant ce temps-là… “au Qatar, un tribunal de Doha vient de condamner le poète Ibn al-Dhib à la prison à la perpétuité pour avoir écrit un poème dans lequel il compare tous les pays arabes à la Tunisie en lutte contre une élite despotique. Mais soyons francs , avoue Edouard Launet dans sa chronique On achève bien d’imprimer du cahier livres de Libération : cette affaire, on s’en fout. En Hongrie, l’écrivain Péter Esterházy a été censuré par une radio publique parce qu’il avait critiqué la politique culturelle du gouvernement du très conservateur premier ministre Viktor Orbán, lequel a mis les médias sous contrôle. Que les choses soient claires : on n’en a rigoureusement rien à battre. A Moscou, l’écrivain Edouard Limonov a été interpellé le 31 décembre pour avoir tenté de participer à un rassemblement non autorisé : il s’agissait de défendre, comme tous les 31 des mois comportant 31 jours, l’article 31 de la Constitution, qui garantit la liberté de rassemblement. Prenez note : nous n’en avons absolument rien à foutre.

En Chine, poursuit le chroniqueur de Libération , le poète ouïghour Nurmemet Yasin a été torturé et condamné en 2004 à une peine de dix ans de prison pour avoir publié une nouvelle intitulée Le Pigeon sauvage, considérée comme un réquisitoire déguisé contre les autorités. Qu’il crève ! D’ailleurs, il semble que cela soit fait : on vient d’apprendre qu’il serait mort en prison en décembre 2011. En Chine toujours, le poète dissident Li Bifeng, emprisonné depuis 2011, vient d’être condamné à douze années de prison… pour escroquerie. Ce chien puisse-t-il pourrir comme l’autre, bon débarras ! Gérard Depardieu, acteur français de talent, est aux prises avec le gouvernement français qui veut lui piquer ses sous. Cette fois, on franchit les bornes du scandaleux et de l’inacceptable.

Car l’affaire ressemble fort à une persécution politique doublée d’une chasse à l’homme , estime Edouard Launet : Gérard voulait juste profiter de ses millions, péter dans la soie, roter son vin sans se faire emmerder par la collectivité. Or on le traque, on l’impose à 75%, on l’oblige à fuir en Belgique, et peut-être même jusque dans les montagnes de l’Oural. On aimerait se lancer ici dans une défense argumentée de ce comédien tyrannisé, mais la rage est trop forte, les mains tremblent, les mots se bousculent sous la plume, et tout ce que nous parvenons à écrire est : c’est vraiment dégueulasse. Mais à quoi bon s’indigner ? Tout le monde s’en moque et Depardieu, comme tous les autres sans voix, est condamné à subir le chapelet d’avanies que lui a concocté un régime despotique. Ayons une pensée émue pour ce grand lecteur de saint Augustin.

Et pendant ce temps-là, avec quoi nous bassine-t-on ? Avec l’écrivain et blogueur cubain Angel Santiesteban Prats qui, le mois dernier, a été condamné par un tribunal de La Havane à cinq ans de prison pour… violation de domicile. Inutile de dire qu’on s’en moque éperdument. Avec l’écrivain saoudien Turki al-Hamad, arrêté le 24 décembre pour avoir diffusé sur Twitter des propos jugés offensants envers l’Islam. On s’en bat l’œil au point de se faire des cocards. Avec le journaliste et blogueur Hamza Kashgari, livré l’an dernier par la Malaisie au royaume saoudien afin qu’il soit jugé pour blasphème, suite à ses commentaires sur Twitter regardés comme insultants à l’égard du prophète. Nous nous en tamponnons férocement le coquillard” , conclut la terrible litanie d’Edouard Launet dans Libération .

Pour se réjouir à nouveau un peu, il faut se reporter à un article signé du service Culture du même quotidien, paru il y a trois mois. On y apprenait que “la Corée du Sud a autorisé depuis [le 15 octobre] la vente du roman philosophique Les 120 Journées de Sodome, du marquis de Sade. Revenant sur son interdiction pour cause d’ « obscénité extrême », la commission Ethique gouvernementale de publication coréenne a fini par se ranger à l’avis de la maison d’édition Dongsuh Press, qui estimait le livre doté d’une vraie valeur littéraire.

Selon Jang Tag-hwan, un des membres de la commission, « les auditeurs de la commission, après avoir étudié les documents remis par la maison d’édition, ont conclu que le livre avait été écrit pour plonger dans le côté sombre de l’âme humaine et non pour simplement provoquer une excitation liée au sexe ou à la violence ».

En septembre, la commission avait enjoint la maison d’édition de rappeler et de détruire toutes les copies de cette œuvre scandaleuse, un mois après sa publication en Corée du Sud. L’agence qualifiait légitimement cet ouvrage fameux d’ « extrêmement obscène et cruel », citations à l’appui des actes de sadisme, inceste, nécrophilie et autres outrages sexuels sur mineurs émaillant le récit. Dongsuh Press avait fait appel de cette décision, estimant qu’il s’agissait d’ « une dictature culturelle » et rappelant que le livre était disponible dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis, la France, le Japon ou la Grande-Bretagne. Une tentative d’édition locale antérieure de ce classique français en sud-coréen s’était soldée, il y a quelques années, par une première proscription.

Les 120 Journées de Sodome ou l’Ecole du libertinage, écrit par Donatien-Alphonse-François de Sade en 1785 à la Bastille, se plaît à décrire maniaquement la dépravation de quatre libertins, sodomisant, suppliciant et tuant leurs victimes, enfantines de préférence. Désormais en vente à Séoul, le précis est toujours catalogué « publication nocive pour les mineurs » et interdit au moins de 19 ans, scellé sous cellophane.”

Flux et reflux de la censure…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......