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Gâchis municipal et nouvelles écritures

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Nous vous l’annoncions au conditionnel lundi dernier, c’est maintenant officiel : “Christian Rizzo est nommé à la tête du Centre chorégraphique national Montpellier Languedoc-Roussillon , a-t-on lu dans La Croix. Le chorégraphe de la compagnie L’association fragile avait collaboré avec les comédiens professionnels en situation de handicap de la compagnie L’oiseau-mouche. Il entend mener un projet d’Institut chorégraphique international et travaillera en étroite collaboration avec le Festival Montpellier Danse, comme l’a fait pendant vingt ans Mathilde Monnier, à laquelle il succède. Il prendra ses fonctions le 1er janvier 2015.” Et pendant ce temps, « quel gâchis ! » , titre Télérama. “Quelle guêpe a piqué les nouveaux maires UMP du Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis, de Saint-Priest dans l’Est lyonnais ou de Toulouse ? , s’y interroge Emmanuelle Bouchez. Ceux-ci seraient-ils animés par un esprit de revanche dont les théâtres municipaux seraient les premières victimes ? En attendant la décision du prochain conseil municipal, le Forum du Blanc-Mesnil s’interroge sur le sort qui lui sera réservé. La directrice du Théâtre Théo Argence de Saint-Priest a d’abord vu sa programmation 2014-2015 amputée de moitié, avant d’être licenciée. Sa consœur des Théâtres Sorano-Jules Julien, à Toulouse, qui avait su faire revenir le public en deux saisons très cohérentes, ne sera pas reconduite, avant même l’audit général prévu pour les scènes de la ville. Les reproches dont on les accable sont souvent les mêmes : « Trop élitiste ! Pas adapté au public local… », qui, pourtant, au Blanc-Mesnil, remplit les salles aux deux tiers, toutes origines et générations confondues, grâce à un patient travail sur le terrain mené par les artistes. Idem à Saint-Priest : la nouvelle équipe ne veut plus des chantiers menés par des auteurs contemporains reconnus, qui ont pourtant permis de tisser des liens avec la ville. Du coup, le ministère de la Culture et les Régions suspendent leur soutien à ces communes (moins 800 000 euros pour la première et 220 000 euros pour la seconde), puisque les missions d’actions culturelle ne sont plus assurées. Quel gâchis ! Car la combinaison gagnante dont rêvent ces élus (boulevard, stand up, opérette) ne peut se substituer au choc d’une confrontation avec des œuvres faites pour surprendre, dérouter, émouvoir… telle cette première de Lucinda Childs, grande chorégraphe américaine ovationnée au Blanc-Mesnil, une semaine avant Paris…” , rappelle Télérama. Peu de chance donc de voir dans ces communes cette “jeune garde des metteurs en scènes et comédiens [qui] met en pièces les conventions dramaturgiques au profit [de] l’écriture au plateau” , et dont le mensuel Causette dresse le portrait. “Ils ont entre 30 et 40 ans , écrit Sarah Gandillot, ils s’appellent Julie Deliquet, Pauline Bureau (on en disputera dans deux semaines), Jeanne Candel et Jean-Christophe Meurisse. Cette jeune génération dépoussière les plateaux, invente, propose, écrit, délaissant un instant Marivaux et Molière pour inventer sa propre langue. Ils racontent avec leurs mots, leurs corps, le monde dans lequel ils vivent. Ils dévoilent aussi leurs obsessions, leurs héritages, leurs angoisses, leurs révoltes. Au présent. Soucieux de se réinventer à chaque représentation et de se mettre en danger sans cesse. Leur particularité ? L’écriture au plateau. Une notion un peu barbare pour désigner un processus créatif passionnant , s’enthousiasme Causette. Il s’agit d’aboutir collectivement à un spectacle, sans texte de départ. Tout repose sur un travail d’improvisation des acteurs à partir de thèmes ou, parfois, d’une vague trame narrative apportés par le metteur en scène. L’écriture d’une pièce part du jeu, de la scène, et non l’inverse. Le spectacle surgit directement du plateau. Le metteur en scène, comme un monteur de cinéma, garde le meilleur et agence le tout. Au final, toujours pas de texte écrit, mais une prestation aussi maîtrisée qu’étonnante. Le résultat est décapant et donne au jeu des acteurs une liberté nouvelle. […] Ecrire au plateau signe la fin de la toute-puissance du metteur en scène. Cette jeunesse qui écrit à vingt mains dit « non merci » aux auteurs classiques – sans les renier, bien évidemment. Et elle redonne toute sa place à l’acteur. « On ne pense plus le comédien comme un simple interprète. Nous sommes tous, à niveau égal, auteurs de notre spectacle », assure Julie Deliquet. Pour Pauline Bureau, ce « chercher ensemble » est également essentiel. « Ce que j’aime au départ dans le théâtre, c’est cette aventure humaine, dit-elle . Ce questionnement collectif. Pour certains, on se connaît depuis dix ans. Nous avons une histoire commune et notre théâtre nous ressemble. Il raconte comment on vit, comment on avance, comment on vieillit. » Ce théâtre du plateau raconte les individus qui le font et la société dans laquelle ils vivent. « Aujourd’hui encore, raconte le tumultueux Jean-Christophe Meurisse, des Chiens de Navarre, on ne pense pas le théâtre sans la littérature. Mais c’est une drôle d’idée. Cela fait partie de l’embourgeoisement qui entoure le théâtre. Marivaux a écrit des choses magnifiques sur l’amour, mais qui ne racontent pas notre époque ! Pourquoi passerions-nous à travers les mots d’un autre ? Ce qui me préoccupe, c’est ce qu’on a envie de raconter, nous, jeunes gens du XXIe siècle. » Et d’ajouter : « Le théâtre, c’est le spectacle vivant ! Si on veut de la vie sur scène, il faut que ça parte de l’énergie du plateau et des individus qui l’occupent. » La prise de risque, leur mot d’ordre à tous.” Si seulement ça donnait des idées à certains maires…

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