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Géopolitique de l'outrage

5 min

“Deux rappeurs tunisiens ont été condamnés à vingt et un mois de prison pour une chanson , a-t-on pu lire dans Libération . « Ce procès a eu lieu sans que nous ayons reçu de convocation, dénonce leur avocat, Ghazi Mrabet. Je vais faire opposition à ce jugement, mais cette peine de prison ferme montre que l’acharnement contre la liberté d’expression continue. » Ala Yaacoubi, alias Weld El 15, et Ahmed Ben Ahmed, alias Klay BBJ, ont été jugés pour outrage à fonctionnaires et atteinte aux bonnes mœurs. Klay BBJ avait été interpellé la nuit du 22 août après un concert à Hammamet en compagnie de Weld El 15 – déjà condamné en juillet pour une chanson taquinant la police –, qui a été tabassé. Des poursuites contre lui avaient déjà fait scandale au début de l’été : début juillet, Weld El 15 avait pris six mois avec sursis pour son refrain Boulicia Klebs (Les flics sont des chiens). « C’est de la vengeance. Ces questions doivent susciter un débat public et non des procès et le harcèlement permanent des rappeurs », a dénoncé Thameur Mekki, qui dirige un comité de soutien.”

Si certains rappeurs sont harcelés pour leur critique du pouvoir, d’autres le sont pour leur complaisance envers certains potentats. C’est ainsi, lit-on dans une brève du Monde , que “l’ONG américaine Human Rights Foundation a critiqué le rappeur Kanye West, qui a accepté de chanter pour le mariage du petit-fils du président du Kazakhstan, dont le régime « interdit la liberté d’expression et de réunion », fait valoir l’association. « Kanye divertit une brute sanguinaire et son entourage », a dénoncé le président de l’ONG, l’ex-champion d’échecs Garry Kasparov. « Quelqu’un comme Kanye, dont le gagne-pain est d’exprimer ses opinions, serait emprisonné par le régime de Nazarbaïev », a souligné un porte-parole de l’organisation. Le rappeur aurait été payé 3 millions de dollars pour sa prestation surprise au mariage du petit-fils du président de cette ex-République soviétique. La chanteuse Jennifer Lopez avait, elle, dû s’excuser pour avoir chanté Happy Birthday au président du Turkménistan, après avoir également essuyé une vague de critiques.”

Pas besoin pour autant d’aller aussi loin pour faire scandale. Dans Le Parisien , Thierry Dague rappelle que “l’Amérique ne s’est toujours pas remise de la stupéfiante prestation de Miley Cyrus, [le 25 août] aux MTV Video Music Awards. Venue défendre son single We Can’t Stop, l’ex-héroïne de la série Disney pour ados Hannah Montana a débarqué cheveux ras, cuisses à l’air et langue pendue, avant de se déhancher comme au peep-show, d’enfiler un gant géant pointant son entrejambe, et de se frotter lascivement contre la braguette du chanteur Robin Thicke. Le tout devant Will Smith effaré, Rihanna consternée (et pourtant elle s’y connaît !), et 10 millions de téléspectateurs médusés. « Mais qu’est-il arrivé à Hannah Montana ? », s’interrogent depuis les médias américains et les réseaux sociaux, qui n’avaient pas vu grandir l’égérie Disney, désormais âgée de 20 ans et bien décider à repousser les limites du mauvais goût. L’association Parents Television Council, qui lutte contre le sexisme et la vulgarité à l’écran, a exigé des sanctions contre MTV, accusée de « marketing de messages sexuels en direction de jeunes enfants ». Dérapage contrôlé ou pétage de plombs à la Britney Spears ? , s’interroge Le Parisien . Le Tout-Hollywood s’inquiète mais la pop star assume, fière d’avoir généré « 306 000 tweets par minute ». Fille du chanteur country Billy Ray Cyrus, Miley traîne avec des rappeurs comme Snoop Dogg, se filme en pleine orgie dans le clip de We Can’t Stop, et chante Dancin’ with Molly, un mot d’argot qui désigne l’ecstasy. Son prochain album s’intitule Bangerz, qui peut vouloir dire saucisses ou… pétards.” Et ça ne va pas s’arranger avec son nouveau clip, 19,3 millions de vue en 24h selin Libération ce matin, “battant ainsi le record du boys band One Direction. Miley Cyrus apparaît dans la vidéo de Wrecking Ball en petite culotte et marcel blanc, puis à poil, en train de chevaucher un boulet boir de démolition .

Et pourtant, avec sa prestation, Miley Cyrus a en fait contribué à enrichir la culture anglo-saxonne, en témoigne cette info du Monde : “Le « twerking », cette danse suggestive exécutée par la chanteuse lors des MTV Video Music Awards, est l’un des nouveaux mots qui entrent dans l’ Oxford dictionary, l’un des dictionnaires de référence de la langue anglaise. Les mouvements de cette danse issue de la culture hip-hop sont connus sous le terme de twerking depuis une vingtaine d’années.” Et le quotidien de préciser que c’est sur le morceau Blurred Lines que l’ancienne enfant star de Disney a affolé l’Amérique en se frottant contre le chanteur Robin Thicke. Or, nous demande Libération , “que peuvent bien avoir en commun [ce dernier], star du r’n’b et le compositeur classique de 86 ans John Beckwith ? Outre leurs origines canadiennes, ils comptent tous deux dans leur répertoire un morceau [précisément] intitulé Blurred Lines. Le tube du bellâtre barbu (5 millions d’exemplaires vendus dans le monde) a profité au pianiste à rides, qui avait écrit son titre en 1997. Pensant télécharger le single co-écrit avec Pharrell Williams, de nombreux consommateurs se sont accidentellement retrouvés avec « une composition en quarts de tons de dix minutes pour violons et clavecins ». « Je n’ai pas écouté la chanson de Thicke, a déclaré Beckwith au Global News. Mais j’ai cru comprendre que les paroles étaient salaces. » Le Centre de musique canadienne a indiqué que le nombre de téléchargements pour Beckwith était passé de 100 par mois… à 4 000.”

L’outrage aux bonnes mœurs a parfois du bon !

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