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Ghettoïsation et anglomanie

5 min

“Prix du jury et acclamé par la critique (dixit Le Figaro ) lors du dernier Festival de Cannes (ex æquo avec Adieu au langage, de Jean-Luc Godard), Mommy, du prodige (dixit encore Le Figaro ) Xavier Dolan, le 8 octobre sur nos écrans, a été sélectionné pour représenter le Canada dans la course à l’oscar du meilleur film en langue étrangère.” Le réalisateur pâtira-t-il à Los Angeles de la polémique qu’il a créée avec ses propos tenus dans le Télérama du 3 septembre ? Il y évoque la Queer Palm, qui couronne chaque année à Cannes des films questionnant les identités sexuelles : « Que de tels prix existent me dégoûte , dit-il. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghettoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays ? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher (il l’avait reçu pour Laurence Anyways en 2013). Ils veulent toujours me la remettre. Jamais ! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir. » Dolan explique par ailleurs dans la même interview avoir fait son coming out à l’âge de 16 ans. “Après ces déclarations du jeune prodige (dixit cette fois Sandrine Marquès dans Le Monde ), les réseaux sociaux se sont enflammés. Associations gays, militants, distributeurs et organisateurs de festivals LGBT ont critiqué une position perçue comme allant à l’encontre des actions menées pour la reconnaissance du cinéma gay et plus généralement de la cause homosexuelle. Daniel Chabannes, le directeur d’Epicentre Films qui distribue des films de réalisateurs gays comme Joao Pedro Rodrigues ou Bruce LaBruce, dénonce des propos « forts » et pointe une certaine ingratitude de la part de Xavier Dolan à l’égard de « ceux qui, dans les années 1980, ont dû se battre pour les droits des homosexuels ». Le fondateur de la Queer Palm, Franck Finance-Madureira, tient à dépassionner les débats : « Xavier Dolan a toujours porté le même regard sur tout ce qui est étiqueté gay, queer ou LGBT, rappelle-t-il . C’est son point de vue et je le respecte, même si les mots étaient un peu forts. Je pense qu’il craint d’être cantonné à cela. » Tout en précisant que « la Queer Palm, qui récompense un film avant tout sur ses qualités cinématographiques, a été conçue comme un prix de l’“ouverture d’esprit” et ne se borne pas aux questions d’homosexualité, mais aborde également celle de la marge ». Cette polémique, contextualise Le Monde , intervient dans un contexte de tensions en France en matière de festivals LGBT. Alors que le festival Chéries-Chéris fête ses 20 ans d’existence, des dissensions internes à l’association ont conduit le Forum des images (qui ne souhaitait pas arbitrer la querelle) à renoncer à l’accueillir cette année – il se tiendra au MK2 Bibliothèque et au MK2 Beaubourg, à Paris, du 25 novembre au 2 décembre. La directrice du Forum des images, Laurence Herzberg, le déplore et rappelle qu’elle « a accompagné l’initiative depuis quasiment sa création ». Dans le même temps émerge un nouveau festival gay et lesbien, le Marais Film Festival (du 11 au 16 novembre au Nouveau Latina), créé à l’initiative de l’éditeur et distributeur de films et de vidéos Outplay. Tandis que le Forum des images annonce aussi un événement sur ces mêmes questions, en janvier 2016, en partenariat avec le magazine Têtu. Destiné à rendre visible l’ensemble des cultures gays et lesbiennes, il affirme sa volonté d’ « élargissement ». La même que prône Franck Finance-Madureira qui rappelle, comme pour répondre à Xavier Dolan, qu’ « un prix ou un festival de cinéma, c’est bien peu de chose. Mais [qu’] il faut encore faire évoluer les mentalités. Le cinéma peut y contribuer à son échelle ».” Sinon, que les défenseurs de la langue française ne s’alarment pas : Mommy est bien le titre original de ce film québécois, donc francophone (même s’ils sort en France sous-titré en français…) Il a juste un titre anglais, comme tout film français qui se respecte, voir récemment Fastlife , Near Death Experience , Party Girl ou encore bientôt The Search . Mais il y a plus drôle, comme l’a relevé Fabrice Leclerc dans Studio : “Cet été, plusieurs films américains sont sortis, en France, avec des titres traduits… en anglais. The Babadook est ainsi devenu Mister Babadook. Black Storm est, lui, le titre français d’ Into the Storm. Ça se corse encore avec The Purge 2, devenu American Nightmare 2. Et voilà le pompon : Begin Again rebaptisé New York Melody en France, s’intitule Can A Song Save Your Life, dans la version internationale. Il serait tendance, en ce moment, de sortir des films avec un titre en anglais , explique Studio. Etre tendance, c’est bien, se faire comprendre, c’est mieux. D’où ces titres compréhensibles pour les spectateurs n’ayant pas forcément pris anglais première langue. On fait amerloque, mais on s’assure que le message passe. En douce. Le cinéma français a toujours eu du mal avec les films américains. Dans les années 80, la mode était de traduire (quasi) systématiquement les titres anglais. Ce qui donnait parfois des choses croquignolettes : City Slickers devenant La vie, l’amour… les vaches ; Home Alone s’affichant Maman, j’ai raté l’avion. Sans oublier le mythique Star Wars dont la traduction induit quand même le plus beau des contresens. Car, jusqu’à preuve du contraire, entre « La guerre des étoiles » et « Les guerres de l’étoile », y a comme une petite différence de sens, non ? Depuis le début des années 2000, mondialisation oblige, les titres traduits avaient presque disparu des affiches. Jusqu’à cette année.” A l’exception donc de Mommy , qui ne veut pas dire « la momie », et qui ne sortira donc pas dans sa traduction française de « Môman ». C’est presque dommage…

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