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Grantécrivains et premiers romans

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Epilogue heureux, ce n’est pas souvent, d’une controverse évoquée dans cette revue de presse le 21 juin dernier. “Menacée de fermeture, la Maison Elsa-Triolet-Aragon, à Saint-Arnoult-en-Yvelynes, « est sauvée », s’est réjoui Bernard Vasseur, directeur de l’association qui gère l’établissement , lit-on dans La Croix . Le ministère de la culture a renoncé à réduire de 10 000 € la subvention annuelle allouée à l’association et l’augmentation de 22 000 € du loyer souhaitée par France Domaine (service rattaché au ministère de l’économie qui gère les biens domaniaux) a également été annulée. Il semble que la mobilisation d’écrivains et artistes derrière la cause de l’association présidée par Edmonde Charles-Roux ait porté ses fruits pour assurer la pérennité de la maison dans laquelle Louis Aragon et Elsa Triolet avaient habité. Léguée à l’Etat par le poète, elle avait été la première à obtenir en 2011 le label « Maison des illustres », créé par le ministère de la culture. Elle a accueilli l’an dernier 20 000 visiteurs, dont de nombreux scolaires.”

Côté rapport entre illustres écrivains et institutions étatiques, L’Express a levé un drôle de lièvre : “les archives de Guy Debord étaient-elles tout à fait complètes lorsque la Bibliothèque nationale de France les a achetées, pour 2,7 millions d’euros, en 2011 ? , interroge Jérôme Dupuis. Un petit roman à clefs qui sort ces jours-ci, Haute Epoque (chez Albin Michel), signé du libraire Jean-Yves Lacroix, laisse entendre que quelques pièces – en particulier les maquettes des Mémoires et deux autres manuscrits – avaient été vendues auparavant à des collectionneurs privés par Alice Debord, la veuve du théoricien situationniste. Jean-Yves Lacroix a confirmé à L’Express avoir lui-même joué les intermédiaires pour ces trois transactions, avant de devoir céder, à contrecœur, la place à un autre expert. Même si ces manuscrits ne représentaient qu’une infime partie des archives de l’auteur de La Société du spectacle, nul doute que ce petit roman acide agacera la BNF tout comme Alice Debord” , parie le critique de L’Express .

L’ayant-droit est parfois contrarié, il peut aussi être contrariant. Demandez donc ce qu’il en pense à “Baptiste-Marrey, qui devait faire paraître le 11 septembre, chez Fayard, Albert Camus, un portrait, à l’occasion du centenaire de la naissance du Prix Nobel. [Le Monde nous apprend qu’il] s’est vu interdire mi-août de publier en annexe 29 lettres inédites de l’écrivain, avec lequel il a entretenu une amitié de 1953 à sa mort, survenue en 1960. « Je ne vois pas ce qui, dans mon livre de souvenirs, porte atteinte à la mémoire de Camus », déclare-t-il. Catherine Camus [s’y est opposée] au motif qu’il ne s’agit pas d’une correspondance croisée, comme elle l’avait cru, et pour laquelle elle avait donné une autorisation de principe à l’automne 2012. La fille d’Albert Camus a également confié au Monde être choquée par le portrait « en noir » de son père et l’analyse de son œuvre esquissés dans l’essai biographique précédant ses lettres. Catherine Camus ne s’opposera pas définitivement à la publication des lettres de son père, « à condition, précise-t-elle dans un courrier adressé à Fayard, le 19 août, qu’elles répondent à celles de M. Marrey » et soient contextualisées « sous l’angle strict de l’expérience commune ». Telle n’est pas la solution retenue par l’auteur et son éditrice. L’ouvrage [est donc paru], expurgé, le 18 septembre.”

Les jeunes romanciers de cette rentrée littéraire connaîtront-ils l’illustre destin de leur prédécesseur centenaire, Prix Nobel en 1957 ? Ils sont 86 à paraître entre août et octobre 2013, “soit 17 de plus qu’en 2012 pour la même période” , comptabilise Le Figaro . “Il faut dire que cela ne coûte pas bien cher en à-valoir, un premier roman , note Marguerite Baux dans Lui : 2 000 euros ici, 500 là, zéro parfois. La critique lira – « pour une fois », entend-on siffler –, car découvrir un « grantécrivain », c’est bien le seul rêve qui lui reste , estime-t-elle. Et ça peut rapporter gros : quarante mille exemplaires pour La Théorie de l’information d’Aurélien Bellanger, par exemple. Mais le bandeau « premier roman », jeté en travers des livres comme une bouée de sauvetage, ne suffit plus pour éviter la noyade. Avec un certain sens du paradoxe – et des affaires –, les muses ont donc trouvé cette année une parade en or : le premier roman qu’on n’attendait plus. Il coûte un peu plus cher, mais au moins il sait nager. Il est écrit par une journaliste et biographe chevronnée ( Immortelles, de Laure Adler, chez Grasset), un auteur de polars émérite ( Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre, Albin Michel), un essayiste consacré ( Une femme dangereuse, de Jérôme Prieur, Le Passage). Le premier roman qu’on n’attendait plus a du métier, un public, des relations. En rangs serrés derrière ces trois professionnels, quatre-vingt-trois petits canards se jetteront dans la mare. La littérature n’est pas morte, mais elle a besoin de sang frais, de beaucoup de sang frais” , conclut la chroniqueuse de Lui .

Le sang frais aspirant au succès littéraire pourra toujours méditer cette haute réflexion, citée par Télérama , d’une éternelle favorite des bookmakers pour le Prix Nobel de Littérature, au coude à coude avec Murakami d’après une brève des Inrockuptibles (qui parie plutôt pour le poète sud-coréen Ko Un) : « L’écrivain “commercial” passe un pacte tacite avec son lecteur ou sa lectrice : il sera clair et offrira une résolution finale [à son roman]. L’écrivain “littéraire” ne passe aucun pacte. » La définition, qui vaut ce qu’elle vaut, a été publiée sur le compte Twitter de… Joyce Carol Oates.

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