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Grosse surprise et coup de tonnerre

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“C’est encore lui qui va sonner le glas de la rentrée littéraire : le Goncourt, que notre bande de critiques attendra comme un groupe de junkies, leur rail de Noël , peut-on lire dans le Transfuge de septembre. Les pronostics s’ébauchent, les rumeurs se décantent. Un nom est sur toutes les lèvres, Emmanuel Carrère bien sûr et son Royaume qui pourrait être le sésame de celui des Goncourt. […] Mais si l’on en juge au dernier Goncourt (Pierre Lemaître), les outsiders pourraient être de la partie. Les inconnus, les femmes, les premiers, deuxièmes, troisièmes romans vont peut-être réussir à se faire une place dans cette rentrée qui serait alors moins prévisible que ce qu’elle laisse croire…” Et de fait : « Vous allez être étonnés », [avertissait jeudi de la semaine dernière] un membre du jury de l’académie Goncourt quelques minutes avant l’annonce officielle. Et c’est vrai qu’elle surprend, cette première liste du plus prestigieux des prix littéraires , s’étonne en effet Le Figaro (comme nos critiques de la Dispute vendredi dernier). La première surprise est l’absence du roman loué par la majorité de la critique (sauf Bernard Pivot et Pierre Assouline, membres du jury , on y reviendra), Le Royaume, d’Emmanuel Carrère. Il est rare de voir un auteur populaire, Grégoire Delacourt, pour On ne voyait que le bonheur, faire partie des lauréats potentiels. Pour le reste, l’académie a mis en avant de jeunes auteurs : Adrien Bosc, Mathias Menegoz ou Kamel Daoud, qui livraient leur premier ou second roman. Et d’autres plus attendus comme Eric Reinhardt.” “Mais qu’est-ce qu’il a fait au bon Dieu, Emmanuel Carrère ? , se demande Pierre Vavasseur dans Le Parisien , qui dévoile que seuls deux des dix jurés ont voté pour le romancier. Il est vrai qu’on sentait le vent venir depuis que leur nouveau président, Bernard Pivot, avait, dans sa dernière chronique du Journal du dimanche, transpercé l’ouvrage d’un coup d’épée. Il reprochait à l’auteur trois pages « pornographiques ». Autant faire dès lors une croix sur le livre.” Pour Alain Beuve-Méry, dans Le Monde (qui lui a remis mercredi son propre prix littéraire), “Emmanuel Carrère a déjà gagné un surnom : l’absent.” Le journaliste explique sa mise sous le boisseau par le fait qu’il ait “déjà pris trop de lumière : Le Royaume, sorti le 27 août, a fait la « une » de beaucoup de magazines ( Télérama, Le Magazine littéraire, Lire…) ainsi que celle du Monde. Ce roman ne « domine pas la rentrée littéraire, c’est ridicule », s’insurgeait, jeudi [4 septembre], Régis Debray, un des jurés, en réaction directe à ce titre du Monde du vendredi 29 août. […] Didier Decoin et Tahar Ben Jelloun l’ont aimé, mais ce dernier résume assez bien la situation : « Emmanuel Carrère n’a pas besoin de nous… » […] Invité, vendredi [dernier], de Patrick Cohen, sur France Inter, l’écrivain s’est dit « un peu dépité », mais « pas surpris ». Il a rappelé qu’i avait été finaliste du Goncourt au début de sa carrière, puis éliminé en deuxième sélection en 2011, pour Limonov, avant de ne pas être retenu aujourd’hui. « Ma cote de popularité n’a pas cessé de dégringoler auprès de l’académie Goncourt, ce qui reflète leur goût et leur droit le plus strict », a-t-il ajouté.” “Après tout, chacun ses goûts , approuvez-vous, Nathalie Crom, dans Télérama. Ce n’est pas la première fois, loin de là, que l’académie Goncourt, écartant quelques-uns des ouvrages forts de l’automne, nous livre une telle sélection, terne, insipide. Il se trouve que, cette année, la rentrée romanesque française est particulièrement belle. C’est peut-être pour cela qu’on en veut un peu plus que d’habitude aux jurés d’en avoir extrait une liste si tiède” , tout en estimant qu’Emmanuel Carrère a sans doute trouvé “matière à se consoler avec les quelque cent mille exemplaires de son livre vendus dès la première semaine de sa parution.” Ce qui n’est évidemment rien en regard du coup de tonnerre de ce décidément faste jeudi 4 septembre : ce jour là, « les libraires ont vendu en à peine une demi-journée autant de livres de l’ex-première dame, Merci pour ce moment , que d’exemplaires du roman d’Emmanuel Carrère, Le Royaume , en six jours », détaillait Libération ) Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française. Un best-seller de circonstance au coude-à-coude avec un poids lourd littéraire…” “Le livre de Valérie Trierweiler a battu pour cette année un record de ventes en quatre jours, renchérit le site du Point , avec 145 000 exemplaires écoulés de jeudi à dimanche, selon l’institut GFK. « Le livre est réimprimé depuis le début de la semaine à 270 000 exemplaires, correspondant aux demandes des libraires » qui étaient en rupture de stock dès vendredi, a précisé mardi son éditeur, Les Arènes. « Nous en sommes ainsi à un total actuel de 470 000 exemplaires », ajoute la maison d’édition (après le tirage initial à 200 000). Seuls des écrivains comme Amélie Nothomb, Marc Lévy ou Dan Brown peuvent espérer vendre autant d’exemplaires. En comparaison, un roman couronné par le Goncourt s’écoule en moyenne à 400 000 exemplaires.” Il faut dire, analyse Frédérique Roussel dans Libération, que “le récit de cette histoire d’amour avec le Président, entre portrait et autobiographie, arrive dans un moment où les biopics (ces romans sur des célébrités) pullulent. Beaucoup d’auteurs se sont emparés de personnages réels, écrivain, cinéaste, artiste, boxeur, violoniste ou footballeur, en retraçant leur vie ou en se projetant de manière imaginaire dans ces héros réels. Frédéric Beigbeder avec JD Salinger, David Foenkinos avec la jeune artiste Charlotte Salomon, Philippe Bordas et Zinédine Zidane, Adrien Bosc avec le crash dans lequel a péri Marcel Cerdan, Christophe Donner avec le producteur de cinéma Jean-Pierre Rassam et même Emmanuel Carrère, suivant les traces des deux évangélistes Paul et Luc. La liste est largement incomplète. « Et puis, après tout, c’est un biopic à sa façon, Chaplin et Oona, Cerdan et Piaf, Hollande et Valérie Trierweiler…, plaisante Manuel Carcassonne, PDG de Stock. Biopic tendance vaudeville ! » […] Un feu de paille ? , s’interroge la critique de Libération. La notoriété du récit de Valérie Trierweiler durera un moment ou pas, selon les dégâts causés. Ecrit différemment, il aurait pu concurrencer Grégoire Delacourt et postuler pour le Goncourt. Dommage, le titre L’Amant est déjà pris.”

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