LE DIRECT

Grosses bêtes, gros mots et obésité

5 min

Nous sommes friands ici d’études scientifiques aussi stimulantes qu’incongrues. En voici une, rapportée par Le Monde , qui s’intéresse à ce que les images font à notre corps. “Nous savions déjà, grâce à une méta-analyse publiée en avril 2013 dans l’ American Journal of Clinical Nutrition, que manger en regardant la télévision incitait à se gaver et encourageait l’obésité. Cet été, des chercheurs de l’université Cornell (dans l’Etat de New York) ont voulu savoir si les programmes faisaient la différence. Ils ont donc proposé des plateaux-repas – M & M’s, cookies, carottes, raisins – à 97 étudiants répartis en trois groupes et les ont installés devant des télévisions. Le premier a regardé The Island, un film d’action de Michael Bay avec Scarlett Johansson et Ewan McGregor. Le deuxième a visionné « Charlie Rose », un talk-show. Le troisième a vu The Island, mais sans le son. Résultats ? Les spectateurs du film d’action ont mangé 65 % de plus de calories que ceux du talk-show. Ils ont consommé deux fois plus de nourriture. Quant au groupe visionnant le film insonorisé, il a ingurgité 46 % de plus de calories et 36 % d’aliments supplémentaires que celui du talk-show. Les chercheurs disent avoir été « frappés par la très grande différence », constatant que, pendant le film d’action, les étudiants mangeaient « tout ce qui était devant eux sans réfléchir ».” Moins drôle, “vendu dans une quarantaine de pays (il sort le 24 septembre, et nous en disputerons mardi prochain),Leviathan, du russe Andreï Zvyagintsev, a failli ne pas sortir dans le sien , nous apprend Laura Meyer dans Première. Motif ? Les jurons proférés par les antihéros rincés à la vodka de Zvyagintsev tombent sous le coup d’une nouvelle loi votée par la Douma, interdisant le langage obscène dans les œuvres d’art. Ou plus précisément quatre gros mots et leurs multiples déclinaisons, qui constituent le mat, l’argot russe (nous en avions parlé dans cette revue de presse). Au mois de mai dernier, en vertu de cette mise au pas linguistique, le ministre de la Culture, Vladimir Medinski, ne cachait pas ses réserves concernant Leviathan : « C’est un bon film, mais je ne l’ai pas apprécié. » Il faut dire qu’avec sa charge contre une administration corrompue jusqu’à l’os, cette satire puissante dans laquelle un type part en guerre contre le maire de sa ville ne tend pas un miroir flatteur au pouvoir en place. Au Festival de Cannes, d’où le film est reparti avec le prix du scénario, Andreï Zvyagintsev avait prévenu : « Chaque mot est nécessaire pour restituer l’authenticité des conversations. » En d’autres termes, Leviathan sortira tel quel ou ne sortira pas. Est-ce l’impact de son bon accueil international ou le résultat de quelques discrètes tractations ? , s’interroge Première. Toujours est-il que le film a décroché son visa d’exploitation – assorti d’une interdiction aux moins de 18 ans – quelques jours avant l’entrée en vigueur du texte, le 1er juillet dernier. Cette nouvelle loi pourrait tout de même faire le vide dans les festivals et les ciné-clubs et handicaper toute la scène indépendante, comme le craint Natalia Antonova, journaliste au Moscow Times : « Tout film devra désormais produire un visa d’exploitation garantissant qu’il ne contient pas les mots incriminés, explique-t-elle, ce qui condamne l’existence publique de certaines œuvres d’art et essai qui n’ont pas de vocation commerciale et pour lesquelles obtenir un visa est trop coûteux. » La fronde des milieux intellectuels a conduit les autorités à assouplir leur position, théoriquement plus clémente avec les œuvres estampillées art et essai, mais il n’en demeure pas moins que la distribution des films pourrait en pâtir. « Le ministère de la Culture a eu l’intelligence de délivrer un visa à Leviathan , mais certains exploitants ou instances régionales pourraient s’appuyer sur la loi pour refuser de le projeter », estime Kirill Razlogov, directeur de la programmation du Festival international du film de Moscou.” Qu’on se rassure, le monde occidental n’est pas exempt de sa dose de bêtise et d’absurdité. « Spielberg, tueur de dinos. Le peuple aura ta peau ! » Cet été, rapporte Christophe Chadefaud dans Studio, le réalisateur américain s’est fait lapider en place publique 2.0. Merci à un certain Jay Branscomb, qui s’est amusé à publier, sur Facebook, une célèbre photo de Spielberg devant un tricératops complètement raide. « Partagez cette image afin que le monde entier humilie cet homme détestable », commente le plaisantin. Et c’est là que la toile déraille. Parmi les milliers de commentaires scandalisés, Penelope B. décroche la palme du bug de cerveau. « Steven Spielberg, vous m’avez déçu… Je ne regarderai plus jamais vos films, sale tueur d’animaux ! » Bien… Admettons que Penelope B. n’ait pas reconnu cette photo du tournage de Jurassic Park… ni vu ce blockbuster légèrement connu. Rappelons que les dinos ont tiré leur révérence il y a quelques soixante-cinq millions d’années. Certains tentent de calmer le jeu. « Mais enfin, c’est Steven Spielberg, le réalisateur de Jurassic Park ! », s’indigne James B. « Je me fous de savoir qui c’est. Il n’aurait pas dû tuer cet animal ! », rétorque Vincent S., qui n’a visiblement aucune idée de l’identité de cet immonde braconnier à l’air satisfait. Très content de lui, Branscomb continue de faire patauger son public, en lui servant sur un plateau un cliché de Spielberg, assis sur le requin des Dents de la mer. On nage en plein délire.” Et on attend impatiemment l’étude scientifique qui mesurera les effets d’Internet sur nos cellules cérébrales, ou ce qui en reste…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......