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Guérilla créative 2.0

4 min

“19,4. C’est l’impressionnant pourcentage de baisse de fréquentation des cinémas [en juillet] dernier par rapport à juillet 2012 , apprend-on dans Télérama . Soit plus de trois millions de déserteurs… Personne dans les salles ? La faute , pour l’hebdomadaire, à une offre uniforme (peu de bons films ont défié les superproductions américaines) et à une météo capricieuse. Cinq des sept premiers mois de l’année ont vu la fréquentation baisser, ce qui augure une année ultra morose…”

Alors « c’est quand, “l’après-cinéma” ? » , se demande Aurélien Ferenczi dans le même Télérama . “Tout de suite, dit Paul Schrader, réalisateur de Mishima et d’ American Gigolo, et auteur de cette formule apparemment fumeuse. Il cherche à justifier la sortie de son film [en compétition à la Mostra de Venise], The Canyons, aux Etats-Unis sur toutes les plates-formes VOD, mais dans un unique cinéma new-yorkais. Le projet a défrayé la chronique : scénario aux scènes de sexe explicites du romancier Bret Easton Ellis, casting atypique – une star du porno, James Deen, une ex-vedette Disney en perdition, Lindsay Lohan –, budget microscopique réuni par le financement participatif. Mais, à l’heure où les analystes prévoient un big bang du cinéma américain – la spirale inflationniste des budgets fait des blockbusters des gouffres menaçant l’industrie –, le vieil ami de Martin Scorsese (il a écrit le scénario de Taxi Driver) n’a peut-être pas tort d’entonner la rengaine de la mort du cinéma. Il a truffé son film de plans élégiaques de salles désaffectées, donne à voir des requins de Los Angeles qui gravitent dans le milieu du cinéma sans plus prêter le moindre intérêt aux films. […] Il n’est pas sûr que le film [par ailleurs fraichement accueilli par la critique à Venise, à en croire les comptes-rendus dans la presse française] sorte en salles en France, mais le voir sur son écran d’ordinateur n’altère en rien sa puissance de sitcom vénéneuse , assure Aurélien Ferenczi. Et rappelle que la résistance contre les divertissements formatés passera par une guérilla créative.”

Un autre cinéaste américain d’importance a mené sa « guérilla créative » via le financement participatif sur Internet. “Son plus grand succès a rapporté 184,4 millions de dollars de recettes dans le monde entier. C’était en 2006, le film s’appelait Inside Man. Aujourd’hui, nous apprend Thomas Sotinel dans Le Monde , le réalisateur Spike Lee vient de rassembler exactement 1 348 971 dollars par l’intermédiaire du site Kickstarter, afin de financer son prochain long-métrage. Les généreux donateurs s’engagent un peu à l’aveugle, puisque le metteur en scène de Do the Right Thing a été avare de détails sur le scénario. « Des humains victimes d’une addiction au sang. Drôle. Sexy et sanglant. Une histoire d’amour inédite (et ce n’est pas un remake de Blacula ) », se contente-t-il d’expliquer sur la plate-forme de financement collaboratif. La démarche de Spike Lee semble aller à l’encontre de la philosophie du crowdfunding (le « financement par la foule ») en général, et de Kickstarter en particulier. […] Dans le domaine des arts, ce mode de financement semblait d’abord destiné aux obscurs, à ceux et celles qui se tiennent à l’écart des grands circuits de financements, ce qui n’est pas précisément le cas de Spike Lee. […] Les tenants de cette économie reprochent aux célébrités qui recourent au crowdfunding d’assécher les ressources dont les débutants ou les obscurs ont besoin. Spike Lee leur répond : « J’attire l’attention de mes contributeurs sur Kickstarter alors qu’ils n’en avaient jamais entendu parler. » […] A une époque où les multinationales culturelles sont dirigées par les comptables et où de plus en plus de mécènes (individus ou entreprises) se conduisent dans les arts comme ils le font en affaires, avec l’œil rivé sur le résultat annuel, le crowdfunding ouvre quelques espaces de liberté aux créateurs, fussent-ils des célébrités” , conclut le journaliste du Monde.

Le même Thomas Sotinel nous apprenait une semaine plus tard qu’un autre grand cinéaste, “Werner Herzog, vétéran du cinéma allemand installé aux Etats-Unis depuis presque vingt ans, pas un habitué des sommets du box-office” , vient de connaître un de ses plus grands succès… sur Internet. From One Second to the Next (« D’une seconde à l’autre »), son dernier film, a été vu par 2 millions de spectateurs depuis sa sortie, le 9 août. Cette œuvre de commande de 35 minutes est disponible sur la Toile, et répond au but fixé par son donneur d’ordre, le géant américain des télécommunications AT&T : faire en sorte que les conducteurs n’envoient plus de SMS au volant.”

Alors comment lutter contre Internet et la désaffection du public en salles ? “Les Cinémas Gaumont Pathé , nous apprend Le Film Français , ont choisi de mettre un terme à l’expérience [très contestée des fauteuils premium] menée dans la grande salle du Pathé Wepler depuis décembre dernier. « Les résultats ne sont pas totalement satisfaisant, notamment en termes de gestion, explique-t-on du côté du circuit. Nous nous sommes heurtés à quelques difficultés du fait de la coexistence, dans un même cinéma, d’une salle avec vente à la place et de 11 salles avec placement libre. En conséquence, cette salle est maintenant sans achat à la place et donc sans fauteuil premium. » Et de préciser que le Pathé Wepler reste « la première salle en France à être équipée du son Dolby Atmos et de ses 55 enceintes pour une immersion totale. »

Encore faudra-t-il qu’il y ait des spectateurs pour s’y immerger…

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