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Hall de gare et tuyauterie

9 min

Quels sont les dommages collatéraux des restrictions budgétaires dans la culture, concernant les musées ? Pour le Louvre, dont le président, Henri Loyrette, a pris le gouvernement par surprise en annonçant qu’il ne briguerait pas de cinquième mandat à l’issue de l’actuel, en avril (annonce qui n’a a priori rien à voir avec les baisses de budget, quoique, puisque Vincent Noce a pu écrire dans Libération : “Loyrette a beau dire qu’il s’entend « très bien » avec Aurélie Filippetti, la tension a été palpable avec la ministre de la Culture sur les sacrifices budgétaires” ; mais là n’est pas notre sujet du jour…) Pour le Louvre, donc, “le réaménagement de l’entrée du musée sous la Pyramide imaginée par Ieoh Ming Pei va être sérieusement étalé dans le temps, voire revu à la baisse , nous informe Claire Bommelaer dans Le Figaro . Voilà plusieurs années que le plus grand musée du monde songeait à réaménager l’accès à ses collections (accueil des groupes, réaménagement des sanitaires, de la billetterie, etc.). Mais mis devant la cruelle réalité économique, l’établissement a pris la décision de revoir son budget, qui représentait 70 millions d’euros d’investissement sur au moins quatre ans. Il suffit, pourtant, d’avoir tenté de visiter le Louvre un dimanche pour savoir que ces travaux ne seraient pas un luxe. Fin 2012, plus de 9 millions de visiteurs auront pénétré par l’entrée de la Pyramide, depuis la cour Carrée. A ces millions de personnes s’ajoutent celles venues faire les boutiques du Carrousel, dont le très fréquenté Apple Store. Résultat, l’entrée et la fameuse agora (que Ming Pei avait imaginées comme la possibilité d’un temps calme avant la visite) ressemblent à un hall de gare. Entre Noël et le jour de l’an, et les mois d’août, c’est le comble : 50 000 personnes s’y pressent chaque jour. Le bruit, la confusion, et les files d’attente devant les caisses angoissent les groupes – d’autant que les vestiaires sont encombrés et les sanitaires trop rares. « Au moment de la construction du Grand Louvre, le gouvernement pensait que la fréquentation serait multipliée par deux après les travaux et qu’elle passerait à 4,5 millions de visiteurs par an », se souvient Hervé Barbaret, directeur du Louvre. Or, le palais étant un labyrinthe et la signalétique éparse, la foule, une fois les billets achetés, ne se répartit pas de manière équilibrée. « Tout le monde se rend aux mêmes endroits », regrette-t-on au Louvre. La Joconde, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo et les sarcophages égyptiens « doivent être vus » selon les tour-opérateurs. A l’inverse, certains départements, comme celui des Arts décoratifs, sont désertés. Le projet de réaménagement de la Pyramide prévoyait, notamment, le déplacement des caisses dans l’actuel emplacement de la grande librairie, la création d’un espace d’orientation pour le public, des points d’accueil relais dans les salles et de nouveaux vestiaires. Pour l’instant, la décision a été prise de revoir l’accueil des groupes et d’augmenter le nombre de sanitaires. Le reste attendra des jours meilleurs. Pour réduire les files d’attente, le Louvre va faire comme les cinémas et passer aux e-billets, achetables sur Internet et téléchargeables sur les téléphones. Pour l’instant, seules 15% des entrées (et 30% des billets payants) sont préréservées par le biais de la Fnac, de Virgin ou des voyagistes. « Petit à petit, nous arriverons à nos fins, calcule tout de même Hervé Barbaret , car même si les touristes se déclarent satisfaits de leur visite, nous savons qu’un jour les conditions de visite ne seront plus optimales. » Avec 12 millions de visiteurs annuels, le site, même réaménagé, serait totalement saturé. Il faudrait alors ouvrir nettement plus longtemps (mais avec quels agents ?), ou, au contraire, restreindre l’accès à certaines heures.”

A Beaubourg, le problème n’est pas l’accès aux sanitaires, mais pas loin. “Le centre Pompidou n’est pas si âgé, écrit Vincent Noce dans Libération , mais il a de sérieux problèmes de tuyauterie. Il lui faut brusquement renouveler son système d’arrosage anti-incendie, qui est attaqué par la rouille. La question est éminemment sensible. D’abord parce qu’elle concerne la sécurité d’un endroit où sont massées des milliers de personnes. Problème auquel vient s’ajouter la difficulté spécifique de la protection des œuvres, qui ont tout à craindre de l’eau. Interrogée, la direction de l’établissement a cependant souligné « qu’aucune fuite n’avait été signalée ». Alain Seban, président actuel du centre, a néanmoins embauché neuf agents de sécurité incendie supplétifs, au cas où… Il l’a d’autant plus mauvaise que les sprinklers avaient été entièrement changés par son prédécesseur, en 2003. Un renouvellement qui a pris quatre années. Dès 2008, les premières traces de corrosion sont apparues. Le centre Pompidou a immédiatement commandé un audit, qui a confirmé que le problème était généralisé. Une action en justice a été engagée contre l’entreprise, pour malfaçon. Les expertises ont traîné. Un premier expert a été nommé par le tribunal, puis récusé, car il collaborait avec la société de travaux publics Vinci. Qui, même si elle n’est pas impliquée dans ce scandale, pouvait avoir à traiter avec l’intervenant mis en cause. Les conclusions du nouvel expert judiciaire ont été rendues au printemps. Il a confirmé le pire : il faut changer l’ensemble du système. Ses recommandations ont été soumises à la préfecture cet automne. Un appel d’offres va être ouvert pour lancer les travaux en 2013. L’opération devrait s’étaler jusqu’en 2015, afin de maintenir tous les espaces ouverts. Le coût n’a pas été chiffré, mais il devrait a priori dépasser les 4 millions d’euros engagés dans le chantier de 2003-2007. Le prix de plusieurs expositions… Ce n’est pas le point le moins sensible pour l’établissement, alors que le ministère du Budget s’est sérieusement attaqué à la culture. Après avoir baissé de 5% en 2010, la subvention de l’Etat, qui assure les deux tiers des 100 millions d’euros dont dispose annuellement le centre, va encore diminuer de 2% en 2013. Seban, qui veut maintenir le raccrochage des collections confié à Catherine Grenier, n’exclut pas d’avoir à supprimer une exposition. Le budget acquisitions a été sabré de 40%. Ce nouveau pépin survient alors que le millier d’employés du centre est soumis à forte pression, avec l’afflux de visiteurs pour l’exposition « Dali » (6 500 entrées par jour), des délais d’attente d’une heure. Aujourd’hui, conclut le journaliste de Libération, les établissements culturels sont soumis à une tension maximale, qui ne laisse guère de place à l’imprévu.”

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