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Heurs et malheurs des librairies indépendantes

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de vigan
de vigan Crédits : Radio France

... selon qu'elles soient françaises ou chinoises. En France, la progression, malgré les attentats, voire grâce à eux, du marché du livre en 2015 profite surtout aux librairies indépendantes. Pendant ce temps, à Hong Kong, des libraires et éditeurs disparaissent mystérieusement...
“100 000 followers, c’est , mentionné dans une brève des Echos , le nombre d’internautes qu’a atteint la page Facebook de Gallimard en décembre. Sollicités sur leur choix du meilleur roman publié par la maison en 2015, les followers ont élu Les Prépondérants, de Heddi Kaddour, qui a reçu lundi soir le Prix des lecteurs Gallimard.” “380 000, c’est, à la louche, et selon L’Express, le nombre d’exemplaires vendus de D’après une histoire vraie, le roman de Delphine de Vigan, grande gagnante de l’automne littéraire 2015. La lauréate des prix Renaudot et Goncourt des lycéens dépasse allègrement le Goncourt Mathias Enard ( Boussole, 230 000 exemplaires), lui-même talonné par le recalé de chez Drouant, Boualem Sansal ( 2084, la Fin du monde, et ses 220 000 livres vendus). Sous la barre des 200 000, mais tout de même bien lotis, figurent le Prix Interallié Laurent Binet ( La Septième Fonction du langage, 117 000), le Prix Femina Christophe Boltanski ( La Cache, 66 000) et le Prix Médicis Nathalie Azoulai ( Titus n’aimait pas Bérénice, 55 000). A noter, hors prix, les deux cadors de la rentrée que sont David Lagercrantz ( Millénium t. IV, 410 000) et Joël Dicker ( Le Livre des Baltimore, 315 000).”

Les libraires, c'est comme les agriculteurs Tous ces bons et beaux chiffres expliquent notamment cette “divine surprise pour les éditeurs et libraires à l’heure du bilan de leur exercice 2015 , saluée par Alexandre Debouté dans Le Figaro : les ventes de livres auraient progressé de 1,5 %. Après cinq années de baisse consécutives, émaillées par la fermeture de réseaux de vente de biens culturels (Virgin, Chapitre), le secteur peut retrouver le sourire. […] Malgré les attentats du 13 novembre à Paris, qui n’auront stoppé les ventes que pendant une semaine, et peut-être aussi en raison de la tuerie de Charlie Hebdo en janvier, qui a conduit nombre de Français à se rendre en librairie, le millésime a été porté par une actualité éditoriale riche, et soutenu par quelques locomotives. […] C’est le circuit des librairies traditionnelles – on en compte environ 3 000 en France – qui s’est le mieux comporté en 2015, alors que les chaînes spécialisées (centres culturels Leclerc ou Cultura) ou les rayons livres des grandes surfaces (Carrefour, Auchan…) ont plutôt souffert. Pour son premier baromètre annuel, l’Observatoire du Syndicat de la librairie française (le SLF), un panel qui regroupe 150 libraires réalisant 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, estime à 2,7 % la hausse du marché des libraires indépendants en 2015.” Bref, « les libraires, c'est comme les agriculteurs, à chaque fois, le sol est trop mouillé ou trop sec, mais bon an, mal an, cela finit par rapporter », note dans Le Monde Guillaume Decitre, président du groupe de librairies du même nom. « La situation de la librairie reste paradoxale , précise cependant Guillaume Husson, délégué général du SLF, à Sabine Audrerie dans La Croix . Son chiffre d’affaires évolue positivement, mais sa fragilité financière demeure, ses charges, loyers et salaires, restant très élevées. Mais on ne peut que saluer le dynamisme des libraires : ils s’adaptent sans cesse, en termes de service, d’attention au client, au stock et à leurs assortiments… Et je suis convaincu qu’il y a une évolution de la consommation au profit de la proximité et de l’achat physique, une partie de la clientèle se détournant d’Amazon. La loi de 2014 sur les frais de port et l’interdiction du cumul de la réduction de 5 % et de la gratuité du port a été une aide cruciale. Désormais, le client sait qu’un livre est moins cher en magasin que sur Internet. »

Un livre explosif Et pendant ce temps, à Hong Kong, des libraires disparaissent, très littéralement. “L’affaire va-t-elle enflammer les relations avec Pékin ? , s’interroge le correspondant des Echos en Chine, Alain Ruello. La police de Hong Kong enquête sur la disparition de Lee Bo, 65 ans, un des responsables de la librairie Causeway Bay Books, connue pour vendre des livres critiques sur le parti communiste chinois, selon le South China Morning Post. L’affaire fait grand bruit dans l’île, et a même provoqué des manifestations [début janvier], car la disparition suit de quelques semaines celles de quatre autres personnes en lien avec la librairie ou avec Mighty Current, la maison d’édition qui la possède. La femme de Lee Bo a déclaré la disparition de son mari le 1er janvier mais a déclaré que son mari l’a appelé par la suite depuis Shenzhen, la grande ville du continent en face de Hong-Kong, lui indiquant qu’il « aidait à une enquête ». Toujours selon le South China Morning Post, elle a trouvé étrange qu’il s’exprime en mandarin standard et non pas en cantonais (la langue parlée à Hong Kong). Gui Minhai, le propriétaire de Mighty Current, a également disparu alors qu’il passait des vacances en Thaïlande. Les trois autres cas de disparition ont été signalés après avoir chacun visité le continent séparément. La police de Hong Kong a déclaré avoir pris contact avec son homologue pour savoir si Lee Bo était détenu par ses services mais attend la réponse.” “Plusieurs sources expliquent la disparition de ces cinq éditeurs par le fait que Causeway Books s’apprêtait à sortir un livre explosif sur une ancienne maîtresse de Xi Jinping, le président chinois , croit savoir la correspondante à Londres de Libération , Sonia Delesalle-Stolper. The Global Times, un tabloïd pro-régime, a accusé cette maison de publier de « fausses informations […] sources de certaines rumeurs politiques, qui ont eu une influence malfaisante ».” “Pro-Pékin, Leung Chun-ying, le chef de l’exécutif [hongkongais], a affirmé qu’il n’était « pas acceptable » que la police chinoise opère de façon indépendante sur son territoire, tout en précisant qu’il n’avait aucune indication en ce sens , rapportent encore Les Echos. « La liberté de la presse, la liberté de publication et la liberté d’expression sont protégées par les lois à Hong Kong », a-t-il rappelé.” On est donc tout à fait rassuré…

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