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A Hollywood comme ailleurs, l'argent n'a pas d'odeur

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Quand il est sorti aux Etats-Unis, le livre a fait l’objet d’une vive polémique. « Comment Hollywood a aidé Hitler » , a titré le Hollywood Reporter . “Dans une ville dont les grandes entreprises ont été presque toutes fondées par des immigrants juifs d’Europe de l’Est, la thèse que développe Ben Urwand [dans son essai La Collaboration. Le pacte entre Hollywood et Hitler , sorti chez Bayard], remet en question le credo hollywoodien qui veut que le cinéma ait été le ciment d’un patriotisme fondé sur l’intégration, l’assimilation et la tolérance , explique Thomas Sotinel dans Le Monde. Selon le jeune historien, entre la prise du pouvoir par les nazis, en 1933, et l’invasion de la France en 1940, , les chefs des grands studios américains – tous juifs, à l’exception de Daryl F. Zanuck, qui dirigeait la Fox – ont activement collaboré avec le régime nazi. La Metro Goldwyn Mayer, Universal, Paramount, la Fox et la Warner se sont pliés aux exigences de Berlin, la plupart du temps pour préserver leurs intérêts en Allemagne, l’un des principaux marchés européens. […] A Hollywood même, […] Georg Gyssling, le consul allemand à Los Angeles, [était] chargé de surveiller la production américaine dès l’écriture du scénario, réclamant des modifications ou, s’il était trop tard, des coupes, si des éléments du film étaient de nature à porter atteinte aux intérêts de l’Allemagne. Avant 1939, aucun film explicitement antinazi ne fut produit aux Etats-Unis, certains projets avortant après l’intervention du diplomate allemand, d’autres – comme l’adaptation du roman antinazi de Sinclair Lewis It Can’t Happen Here par la MGM – étant abandonnés par un studio soucieux d’éviter la controverse.” Et s’il n’y avait que l’Allemagne… “Un film intitulé The Eternal City, produit à l’été 1923 par Samuel Goldwyn et où Benito Mussolini figure parmi les personnages principaux, a été retrouvé aux Etats-Unis puis dévoilé lors d’une projection mardi [dernier] au festival du film muet de Pordenone, en Italie , a-t-on lu dans Libération. Tourné moins d’un an après la Marche sur Rome, qui avait permis au Duce de prendre le pouvoir, The Eternal City, dont il ne reste que quelques bobines pour un total de vingt-huit minutes, a été redécouvert par une étudiante, Giuliana Muscio, dans les archives du Museum of Modern Art de New York. Réalisé par George Fitzmaurice, il met en scène Lionel Barrymore, star de l’époque (et grand-oncle de Drew), ainsi que Mussolini, plutôt glorifié, que l’on voit en particulier jouer le deus ex machina.” Dans les cartons, précise le correspondant du Monde à Rome, Philippe Ridet, “Mussolini est présenté comme un « libérateur ». « Il a dû sinon les écrire lui-même, du moins les relire, explique Giuliana Muscio. Pour Hollywood, il était un héros de l’anticommunisme, et Mussolini avait besoin d’Hollywood pour se faire connaître à l’étranger. » Narcissique, le dictateur n’a pas résisté longtemps à la proposition d’interpréter son propre rôle, mettant son bureau de la piazza Venezia à la disposition du metteur en scène. Narrant les amours contrariés de David, revenu amer de la première guerre mondiale, et de Roma, une jeune femme retenue par le chef des « bolcheviks » italiens, The Eternal City montre, entre de nombreux plans de défilés et de saluts romains, un Mussolini plein de bonté, signant la grâce du héros.” “A l’époque , la communauté italo-américaine de New York s’était pressée dans les salles pour voir The Eternal City mais, curieusement, le film n’avait jamais été projeté en Italie.” “Le fondateur de Cinecittà préfère saturer les actualités cinéma de son image, devenant son propre metteur en scène et selon l’historienne, « la seule véritable star masculine italienne de ces années-là ».” D’autres figures hollywoodiennes sont accusées, si ce n’est de collaboration avec le fascisme, du moins de racisme. “L’actrice américaine Whoopi Goldberg part en guerre contre les stéréotypes racistes véhiculés par Tom et Jerry , nous apprend ainsi Marianne. L’objet de sa mise en garde est l’apparition récurrente d’une femme de ménage noire, quelque peu caricaturale il est vrai. Sauf que , se récrie Guy Konopnicki, l’on peut aussi considérer que ce personnage, vu à la hauteur de chat et de souris, a le grotesque de l’être humain étranger à la logique guerrière de Tom et aux facéties de Jerry. Mieux vaut (pour lui) remettre l’œuvre dans son contexte : en 1940, les auteurs, William Hanna et Joseph Barbera, portaient un regard plutôt tendre sur cette femme de couleur, quand la société américaine pratiquait encore les discriminations raciales. La veine comique de Tom et Jerry, c’est l’éternel combat du faible, la souris, contre le chat, et le chat contre l’humain. Stéréotypes ou pas , insiste Marianne, ces petits films, en soixante-quatorze ans, n’ont pas pris une seule ride et sont nettement moins toxiques que les séries violentes et les jeux vidéo guerriers d’aujourd’hui.” Sauf qu’en Amérique, on ne rigole plus avec le racisme. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui a dépassé les 12 millions d’entrées en France, n’arrive pas à se vendre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni , nous apprend ainsi une brève du Parisien. Les deux pays jugent le film trop politiquement incorrect. « Jamais ils ne se permettraient aujourd’hui de rire sur les Noirs, les Juifs ou les Asiatiques », explique-t-on chez TF1, chargée des négociations mondiales pour le film. Un remake anglo-saxon plus soft est donc envisagé. Il y a trois ans, Intouchables avait aussi été jugé raciste par la critique américaine.” Ce qui n’a pas empêché Hollywood d’en lancer le remake. C’est, nous apprend encore Le Parisien , Colin Firth (du Discours d’un roi ) et Kevin Hart (vu dans Scary Movie 3 et 4)qui reprendront les rôles de François Cluzet et d’Omar Sy dans le remake américain d’Intouchables , signé Tom Shadyac, le réalisateur de Menteur Menteur et Bruce tout-puissant . Il faut dire qu’Intouchables a cumulé 51 millions d’entrées, dont 31 millions à l’international, et devient selon Libération le film français parlé en français le plus vu à l’étranger. Le film d’Olivier Nakache et Eric Toledano, dont le nouvel opus, Samba , sort demain dans les salles, a été numéro 2 du box-office en Allemagne, avec 9 millions d’entrées. A Hollywood comme ailleurs, l’argent n’a pas d’odeur…

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