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Hollywood courtise la Chine

6 min

“Désormais deuxième marché mondial, la Chine est devenue incontournable pour les producteurs [hollywoodiens], qui n’hésitent pas à couper ou à tourner des versions spécifiques de leurs blockbusters” , nous apprend Didier Péron dans Libération . Ainsi, “une version spécifique du blockbuster Iron Man 3 sortira en Chine, ont annoncé en chœur Walt Disney Company et le distributeur chinois DMG. Même si le film n’est pas encore daté pour ce territoire (alors qu’il doit sortir en avril et en mai en Europe et aux Etats-Unis), ce troisième épisode de la franchise Marvel est particulièrement sensible pour la Chine puisque le super-méchant de l’épisode n’est autre que « le Mandarin », qui, dans la bande dessinée originale, personnalise sans trop de détour le « péril jaune ».

Apparu dans le comic book en 1964, il est doté de pouvoirs considérables et systématiquement orientés vers la domination de la planète. Ainsi, le Mandarin tente à deux reprises de provoquer la Troisième Guerre mondiale en lançant des missiles sur les Etats-Unis et l’URSS, espérant qu’ils ripostent contre la Chine et précipitent l’apocalypse. Pas gentil.

Le réalisateur d’ Iron Man 3, Shane Black avait été questionné sur qui serait le nouveau méchant d’un film à l’époque encore secret et non tourné, et il avait rejeté le Mandarin, le qualifiant de « caricature raciste ». Il a depuis été interrogé sur le choix de l’acteur, l’Anglo-Indien Ben Kingsley et il a répondu à la presse américaine que, voilà, hum, le Mandarin n’est pas vraiment chinois, plutôt un type qui se prend pour un Chinois. Joint par Entertainment Weekly, le patron du studio Marvel, Kevin Feige, a, lui, expliqué que le choix de Kingsley venait moins d’un désir de « capturer une origine ethnique spécifique que de montrer le symbolisme de plusieurs cultures et iconographies, et la manière dont il les pervertit à ses propres fins ».

Mais, pour calmer les esprits, les Américains ont consenti à chinoiser le film en rajoutant des séquences spéciales, notamment avec la star chinoise Fan Bingbing. Le film comporte par ailleurs un autre personnage asiatique, Dr Wu, interprété lui par l’acteur chinois Wang Xueqi et quelques séquences ont été tournées à Pékin.

Le marché chinois est évidemment pour Hollywood un espace de conquête inouï. Les studios doivent faire face à des quotas d’exploitation de films étrangers très stricts (34 par an) et à une censure très à cheval sur la représentation des personnages ou de la culture chinoise. L’an dernier, Sony avait coupé trois minutes de Men in Black 3, dans lequel les agents Will Smith et Tommy Lee Jones neutralisaient des convives dans un restaurant de Chinatown. La MGM, elle, ne savait trop que faire du navet Red Dawn sur la résistance d’une ville américaine à des envahisseurs chinois, mais elle a vu un potentiel commercial possible en remplaçant en postproduction toute mention à la Chine par des signes et drapeaux nord-coréens. Enfin, récemment, Looper, avec Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis, a été reparfumé couleur locale avec une version légèrement remaniée, qualifiée par le Los Angeles Times de « plus Shanghai-centrée ».

La Motion Picture Association of America a publié des chiffres qui révèlent que l’an dernier, pour la première fois, la Chine, passant devant le Japon, est devenue le deuxième marché mondial en termes de recette au box-office, derrière l’Amérique du Nord. La multiplication des multiplexes et la croissance, à l’échelon d’une population de plus d’un milliard d’individus, d’une classe moyenne friande de blockbusters en 3D expliquent ces courbes de croissance très prometteuses pour les studios américains, qui cherchent à convaincre les autorités de les laisser entrer plus largement dans un marché en fantastique expansion. Un Shanghai-Disneyland est prévu pour 2016 et les accords de coproduction bilatéraux sino-américains se multiplient afin, précisément, de contourner les quotas.

L’homme d’affaires chinois Bruno Wu a lancé son projet de Chinawood dans la ville de Tianjin, à 30 minutes de train express de Pékin, un gigantesque hub concentrant plateaux de tournage et auditorium de postproduction pour un investissement de 1,27 milliard de dollars (un mélange de capitaux publics et privés). James Cameron s’est immédiatement greffé sur ce projet pour former des techniciens chinois aux dernières évolutions du numérique et de la 3D relief.”

Pour autant, ça ne reste pas simple de sortir un film hollywoodien en Chine. Témoin, la mésaventure arrivée à Quentin Tarantino, dont le dernier film devait être le premier à bénéficier d’une sortie commerciale sur les écrans de cinéma chinois, après quelques retouches préalables réalisées à la demande de la censure (sang d’une couleur plus foncée, réduction de la taille des éclaboussures). Et pourtant, “les premières projections en Chine de Django Unchained ont été brusquement interrompues jeudi, à peine commencées , lit-on dans Le Figaro . De nombreux blogueurs ont rapporté l’incident et des responsables de salles ont invoqué des « raisons techniques ». Des scènes de nudité qui n’auraient pas été coupées par la censure pourraient expliquer cette annulation.”

En toute logique, le prochain film de Tarantino ne devrait comporter ni sang, ni sexe, et être tourné en 3D…

Et puisque cette revue de presse, comme toutes les autres, a été largement fabriquée avec des journaux en papier, à la veille de la première journée de cause commune de France Culture avec la presse quotidienne nationale, ce sera demain avec La Croix , la Dispute en sera, je vous annonce qu’à partir de demain également, et jusqu’au 21 avril, la Ville de Paris fête ses 340 kiosques. 150 ans d’histoire en expositions, conférences et autres rencontres, dont certaines dans les kiosques mêmes. Si vous croisez un patron de presse ou autre personnalité en bas de chez vous ou devant votre bouche de métro, ne vous étonnez pas, c’est fait exprès. Tous les renseignements et programme complet sur www.pariskiosques2013.fr.

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