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Iconoclastes estivaux

6 min

L’ineffable Luc Ferry a profité de l’été pour retourner à son sport préféré dans sa chronique du Figaro : la dénonciation de l’arnaque contemporaine que constitue à ses yeux tout un pan, pourtant déjà entrée dans l’histoire, de la création du XXe siècle. Principale cible de ses moqueries, dans sa tribune du 24 juillet : Pierre Soulages, et puis aussi Yves Klein, Kasimir Malevitch et John Cage, tous accusés de produire des toiles monochromes et des pièces silencieuses. Ce qui lui a valu, à la fin de l’été, de figurer dans le très sélect « billet dur » de Christophe Conte dans Les Inrockuptibles . Notre confrère en Dispute lui rafraichissait ainsi la mémoire, dans son style fleuri et imagé : “Je précise à ton intention , écrit Christophe Conte à Luc Ferry, que ce même Figaro où tu soulageas (sans jeu de mots) ta vessie en te pensant lanterne, conchiait en des termes à peine moins ridicules les impressionnistes ou les cubistes de leur vivant, les accusant de barbouillages indignes. Le 3 avril 1876, un dénommé Albert Wolf traitait ainsi Pissarro et Renoir d’ « aliénés » atteints par « la folie de l’ambition », assurant que cet « effroyable spectacle de la vanité humaine » ne ferait pas long feu. Le Figaro leur consacre aujourd’hui des dossiers entiers.” On ne sait ce que lit l’été Fabien Engelmann, le nouveau maire Front National d’Hayange, en Moselle, toujours est-il que, comme l’a raconté Libération , début août, l’édile a décidé “de faire repeindre une œuvre d’art-fontaine qu’il jugeait « sinistre », sans avertir l’artiste, ce qui lui a valu l’honneur des JT. Le sculpteur, choqué qu’on peinturlure son œuvre d’un bleu qui selon lui « est très proche de celui du logo du Front national », a attaqué la commune devant le tribunal administratif de Strasbourg. La ministre de la Culture, [c’était alors encore Aurélie Filippetti], a dénoncé dans un communiqué « une violation manifeste du droit moral et des règles élémentaires du code de la propriété intellectuelle et de la protection du patrimoine ».” Peut-être le maire voulait-il simplement faire lui-même œuvre artistique, tel “le célèbre performeur canadien-hongrois Istvan Kantor, également connu comme Monty Cantsin – un nom « open » que tout le monde peut utiliser comme une open source –, [qui] a gentiment vandalisé [le 20 août] la rétrospective Jeff Koons au Whitney Museum de New York , rapporte encore Libération. Après avoir dessiné sa croix fétiche sur le mur situé derrière un lapin bibendum à coups de giclures de sang, le fondateur du néoisme a inscrit au marqueur « Monty Cantsin était là » avant d’être embarqué par les flics pour évacuation mentale à l’hosto le plus proche. Il a quand même eu le temps de se faire photographier pour poster tout ça sur son compte Facebook. En 2004, il avait déjà essayé d’attenter à un Koons, mais sa plus grande réussite est d’avoir déposé, en 1988, dans le cadre de cette « Blood Campaign » artistique, quelques gouttes de sang sur la Jeune Fille devant un miroir de Picasso au MoMA. L’entrée de ce dernier musée lui est rigoureusement interdite depuis. Sur son site, Kantor de plaint de tant de défiance : « Je leur fais de magnifiques cadeaux, mais ils n’ont pas l’air d’apprécier mes gestes généreux. Ils détruisent mes œuvres et me mettent en prison. Malgré tout, je suis sûr qu’un jour ils comprendront et m’aimeront pour ce que j’ai fait. » Ce qui n’est pas certain, et pourrait même lui coûter très cher, au vu de la jurisprudence : “10 000 dollars (soit 7 550 euros), c’est, encore rapporté par Libération, le montant des dommages et intérêts, avec cent heures de travail d’intérêt général consacrées à enseigner l’art, consentis par un artiste de Miami, Maximo Caminero, pour se tirer d’affaire. En février, nous en avions parlé ici, il avait brisé un vase d’Ai Weiwei, exposé au Pérez Art Museum, en reprochant au musée de Key Biscane de ne pas montrer davantage des artistes locaux. L’artiste chinois a lui-même l’habitude de casser ou de peindre des vases qu’il prétend datés de la dynastie Han, il y a deux mille ans.” La RATP, elle, comme l’a révélé Le Parisien, ne réclame « que » 1 800 € de dommages et intérêts à Thoma Vuille, alias M. Chat, à qui Chris Marker avait consacré en 2004 son film Chats perchés et qu’il avait alors invité au centre Georges Pompidou, lui donnant ainsi une renommée internationale. L’artiste, convoqué par la police le 7 août, est accusé d’avoir dégradé les couloirs de la station Châtelet à Paris en y peignant son fameux chat jaune au sourire grimaçant, créé en 1997. Le Parisien rappelle que l’artiste, “déjà arrêté en 2007 alors qu’il descendait d’un toit d’Orléans un pinceau à la main, avait été défendu par le maire Serge Grouard. Pour fêter les dix ans du chat, il avait même pu exposer durant deux mois dans le musée des Beaux-Arts de la ville. […] Convoqué au tribunal à la fin du mois d’octobre, il exposera dans le même temps une centaine de ses plus récentes œuvres dans la galerie Berthéas de Vichy.” Deux jours plus tard, toujours dans Le Parisien , le maire du XIIIe arrondissement de Paris, Jérôme Coumet, amateur et défenseur du street art, apportait son soutien à M. Chat, déclarant se réjouir de ses graffitis à la station Châtelet, et lui proposant de témoigner en sa faveur à son procès. D’autant que le street art, ça peut rapporter gros. “Avec la vente d’une œuvre de Banksy intitulée Mobile Lovers, un club sportif de Bristol, au Royaume-Uni, a récolté près de 403 000 livres (506 000 euros) , a-t-on ainsi pu lire dans Le Monde. En avril, l’artiste de street art avait peint un couple enlacé avec un téléphone portable à la main sur une planche de bois clouée sur un mur près du club. Le propriétaire du lieu l’a alors découpée et exposée au public en suggérant aux visiteurs de faire un don. Selon le Guardian du 27 août, la police a ensuite récupéré la pièce pour l’exposer au Musée de Bristol, les autorités contestant cette appropriation. Mais l’artiste lui-même avait fini par écrire une lettre offrant la pièce au club, qui l’a vendue pour renflouer ses comptes fragiles.” De quoi sans doute inspirer une nouvelle diatribe au pourfendeur des arnaques contemporaines, l’ex-ministre et philosophe, si si, Luc Ferry.

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