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Iconoclastes masqués

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"The Watchers" de Lynn Chadwick (1960, Roehampton University, South West London)
"The Watchers" de Lynn Chadwick (1960, Roehampton University, South West London)

A Newport, Oregon, un mystérieux gang masqué saccage une galerie d'art. Et alors qu'en France, la ministre de la Culture lance l'opération "1 immeuble, 1 œuvre", au Royaume-Uni, Historic England s'alarme de la disparition des œuvres d'art publiques d'après-guerre.
“A la mi-novembre , rapporte Sandra Benedetti dans L’Express, une galerie d’art de Newport, dans l’Oregon, a été l’objet d’étranges exactions. Bien après minuit, des voisins, alertés par un drôle de raffut laissant soupçonner un cambriolage commis en bande désorganisée, ont appelé à la rescousse la police du coin. Armés jusqu’aux molaires, les flics ont déboulé sur les lieux, prêts à en découdre avec les malfrats. A l’intérieur, des tableaux jetés en vrac au sol, des œuvres de travers sur les murs et un gang masqué, surpris en plein méfait. Quatre ratons laveurs. Qui ont détalé sans autre forme de procès. Ces bestioles-là , conclut la brève de L’Express, ne respectent rien, ni l’art, ni la loi.”

Cri d'alarme Le gang des ratons laveurs a-t-il franchi l’Atlantique pour s’attaquer à l’Angleterre ? Alors qu’en France, la ministre de la Culture a lancé le 16 décembre le programme « 1 immeuble, 1 œuvre », en présence d’un premier cercle de 13 promoteurs qui s’engagent à commander une œuvre d’art pour leurs nouvelles opérations immobilières (“le ministère , précise Jean-Christophe Castelain dans Le Journal des Arts, vise un millier d’immeubles et donc d’œuvres d’art en vitesse annuelle de croisière et compte sur le relais de la Fédération des promoteurs immobiliers et ses 500 sociétés adhérentes pour évangéliser au-delà des 13 fondateurs”) , à Londres, “Historic England, organisme de protection du patrimoine, [a lancé] une campagne de sensibilisation auprès du public afin qu’il l’aide dans ses opération de recensement des œuvres d’art publiques d’après-guerre disparues, volées, vendues ou détruites en Angleterre , rapporte Julie Paulais dans le même Journal des Arts. […] L’art public d'après-guerre du Royaume-Uni, créé par certains des artistes les plus importants du XXe siècle, est en train de « disparaître sous nos yeux ». C’est le cri d’alarme qu’a lancé l’organisme public de protection de l’environnement historique britannique. En effet un nombre croissant de sculptures, frises architecturales et peintures murales, réalisées entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1980, ont été détruites, vendues, perdues ou volées. Le prix des métaux, la nécessité pour de nombreux organismes publics de combler la baisse des subventions, la pression du développement urbain, et le vandalisme sont autant de raisons pour lesquelles cette collection nationale d'art public est menacée. « Nous avons perdu plus que ce que nous savons et nous estimons qu’il est maintenant temps de faire quelque chose à ce sujet », a déclaré le directeur de l'organisation, Duncan Wilson, dans le Guardian, soulignant que cette catégorie d’art a été injustement ignorée au fil des ans, alors que de nombreuses pièces sont de grande qualité.

Vols, destructions et vandalisme Grâce à leurs propres recherches et aux informations obtenues de la Twentieth Century Society, de Public Monuments, de la Sculpture Association, ou encore d’historiens et parfois des artistes eux-mêmes (mais souvent ils ignorent le devenir de leurs œuvres), Historic England s’est lancé dans une campagne de recensement des œuvres d’art publiques disparues. Bien que de nombreuses œuvres aient déjà été complètement détruites, certaines peuvent encore être retrouvées. Une liste non exhaustive des œuvres perdues, volées, vendues et détruites a été publiée sur le site d’Historic England, qui recense pour le moment une quarantaine de pièces. D’après Duncan Wilson, « la recherche d’Historic England est seulement la pointe de l'iceberg car il est presque impossible de retracer ce qui est arrivé à chaque pièce depuis 1945. […] Nous faisons des efforts pour protéger les meilleurs exemples de l'art public d'après-guerre qui existent encore, et faire en sorte qu'ils continuent d'améliorer le domaine public. Mais nous voulons aussi sensibiliser sur la vulnérabilité de ces œuvres et nous voulons que le public nous aide à traquer les pièces perdues ». Historic England a ainsi lancé un appel au public afin de récolter des informations supplémentaires et des photographies des œuvres d’art disparues, afin de les aider dans leur enquête. L’organisme prépare également une exposition à la Somerset House, intitulée « Out There: Notre art public d’après-guerre » qui aura lieu du 3 février au 10 avril 2016, pour sensibiliser le public sur cette collection nationale en danger et renforcer le sentiment d'appropriation, tout ceci afin de rendre plus difficile le vol et la destruction de ces œuvres. En 2005 une sculpture en bronze d’Henry Moore, Reclining Figure, a été volée à Perry Green, domaine du Hertfordshire, puis vendue à une fonderie de Rotterdam, et en 2011 le même sort a été infligé à une sculpture en bronze de Barbara Hepworth. Une sculpture en acier de Barry Flanagan, installée en 1972 à Cambridge, a été vandalisée à plusieurs reprises, sans pouvoir être réparée. Une sculpture de Bernard Meadows, commandée en 1959 pour une fontaine dans le parc de la Crown Woods school à Eltham, au sud de Londres, a été vendue aux enchères en 2004 pour 26 000 euros. Les quatre taureaux de 2 mètres de haut en fibre de verre de Trewin Copplestone, placés sur le côté du centre commercial Bull Ring à Birmingham en 1963 ont disparu à la suite de la reconstruction du centre. Ce ne sont que quelques cas parmi d’autres. En raison de cette série de vols de plus en plus fréquents, le Conseil de Wakefield a décidé en 2012 de retirer une sculpture d’Henry Moore de son emplacement pour la remiser dans une réserve sécurisée.” A l’abri, on l’espère, des redoutables ratons laveurs…

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