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Il pleut des superhéros

6 min

“16 826 : c’est le nombre de signataires de la pétition demandant le départ d’Orson Scott Card, l’auteur des nouvelles aventures de Superman , a-t-on pu lire dans L’Express . L’écrivain de science-fiction n’a jamais caché ses opinions antigays et contre le mariage homosexuel. Les fans appellent au boycott de ce nouvel épisode du superhéros, édité par DC Comics. Face à l’ampleur de la polémique, le dessinateur, Chris Sprouse, vient de jeter l’éponge. Prévue fin avril, la publication de l’histoire signée Orson Scott Card a été repoussée, le temps de trouver un nouvel illustrateur. Au nom de la liberté d’expression, le romancier controversé a aussi ses supporteurs. Leur pétition a, elle, recueilli 233 signatures.”

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’un superhéros se retrouve au cœur d’un conflit idéologique, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Ainsi de “Shqiponja (« l’aigle », en albanais). C’est le premier superhéros kosovar, le brave défenseur des faibles, né récemment sous la plume du dessinateur Gani Sunduri , nous apprend une brève de Courrier International . Il porte un masque, un justaucorps rouge et arbore fièrement l’aigle noir kosovar sur la poitrine. Pour un peu, il ressemblerait à un croisement entre les superhéros américains Flash et Le Fantôme. Shqiponja n’est que le dernier-né d’une série de superhéros de BD apparus dans les années 1990 dans l’ex-Yougoslavie en guerre, des héros le plus souvent au service d’une propagande très patriotique, remarque le quotidien serve Blic (« Blitz ») Online. Les Serbes ont ainsi eu en 1991 les Knindjas, des chevaliers des temps modernes aux noms superbes – mais avec une certaine expérience mafieuse – qui se battaient contre les Croates. Super Hrvoje (1992), l’homme de pierre aux pouvoirs surnaturels, combattait en Croatie l’armada serbe. Les Bosniaques n’étaient pas en reste. En 1994 est né Bosman, qui protégeait Sarajevo de l’invasion des sauvages Tchetniks (les groupes armés). Shqiponja n’est pas en reste, qui protège ses concitoyens contre toute forme de mal. Mais gare ! Jusqu’ici, les superhéros patriotiques n’ont eu qu’une faible longévité, le temps de quelques albums” , prévient Courrier International.

On ne sait quel sera la longévité de ces autres héros costumés dont parlait Anne Lec’hvien dans Libération il y a déjà quelques mois. Elle a rencontré un certain Naif al-Mutawa, docteur en psychologie et diplômé de l’école de commerce de Columbia. En 2003, conjuguant ses rêves de gosse et ses angoisses présentes, ce quadra koweïtien décide de « parler la langue des enfants » et de créer des superhéros musulmans.

« Je suis père de cinq garçons, et je m’inquiétais quand je voyais ce qui était transmis de ma culture. Je voulais combattre l’extrémisme et diffuser de puissants messages multiculturels. » Il élabore ainsi le scénario des 99 : 99 enfants, provenant de 99 pays, dotés de pouvoirs correspondant aux 99 attributs d’Allah. On y trouve par exemple « Hadya la guide » du Pakistan et « Raqib le guetteur » du Canada. Toute cette bande affronte bien sûr l’injustice dans le monde et un méchant : « Rughal, qui veut accaparer les 99 pouvoirs, devenir Dieu, en somme. Ce personnage est une métaphore du fondamentalisme », pour son créateur. Les premières BD, élaborées avec l’aide d’anciens de chez Marvel, sortent à l’été 2006, au Koweït. Mutawa doit alors défendre sa création contre les critiques d’ecclésiastiques musulmans. C’est notamment l’association des attributs d’Allah avec des personnages humains qui vaut aux 99 d’être brièvement bannis d’Arabie Saoudite. Ces superhéros ont aussi fait des remous aux Etats-Unis. En 2010, tout partait bien pour Teshkeel, le groupe média fondé par Mutawa : après avoir lancé une BD où les 99 s’allient avec la Ligue des justiciers (Batman, Wonder Woman, etc.), il avait conclu un partenariat avec la chaîne The Hub pour diffuser une adaptation en série TV, déjà visible dans le monde arabe. Les 99 avaient reçu le blanc-seing du président Obama, pour qui ils étaient « la réponse la plus innovante » à son discours du Caire.

Mais, ayant eu vent du débarquement prochain du dessin animé sur The Hub, la blogosphère conservatrice américaine a fait front. Ainsi la blogueuse Pamela Geller, qualifiant la série de « nouvelle et insidieuse forme de Jihad culturel ». Andrea Peyser, chroniqueuse au New York Post, parle d’ « endoctrinement » à travers le personnage de « Batina la cachée, la minette en burqa ». Suite à ces critiques, The Hub n’a pas diffusé la série.

Un épisode « effrayant » pour Mutawa. Il souligne l’ironie qui a fait tomber d’accord musulmans orthodoxes et conservateurs américains, avant d’ajouter : « Ma série n’est pas religieuse dans le sens où personne ne prie, on ne voit jamais de mosquée. Les 99 n’ont pas une identité musulmane, leurs valeurs sont universelles, et il se trouve que ces valeurs appartiennent à la culture musulmane. Sur le plan des valeurs, nous sommes tous égaux. » Au sujet du voile, Mutawa balaye la critique : « Personnellement, je ne suis pas un partisan de la burqa, mais je ne juge pas. Et la BD non plus, car il s’agit d’inclure tout le monde. Garçons, filles, voilées ou non. »

Surnommé « Start-Up Man » par le magazine Forbes, Mutawa ne perd pas le nord pour autant. Des licences de diffusion de la série télé ont été vendues par Endemol sur cinq continents. Elle est actuellement visible en Australie et bientôt en Amérique du Sud ou en Irlande. Teshkeel a aussi lancé une chaîne de parcs d’attraction, dont le premier au Koweït attire 350 000 visiteurs par an. Panini est sur les rails pour lancer des albums, et Nestlé a apposé les 99 sur ses bouteilles d’eau. Malgré ce déluge commercial, le groupe ne fait pas de profit. « Je pense que ça va prendre un certain temps », laisse échapper Mutawa.”

Superman a du souci à se faire…

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