LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Il suffit d'oser !

5 min

Stéphane Lissner dévoile le programme de sa première saison comme directeur de l'Opéra de Paris, et propose des réponses aux attentats. “Il avait tellement envie d’en révéler le contenu ! Si ses équipes de communication ne l’en avaient pas gentiment dissuadé, voilà des semaines , croit savoir Emmanuelle Giuliani dans La Croix, que Stéphane Lissner aurait dévoilé les secrets de « sa » première saison, celle dont il est entièrement responsable et sur laquelle le rideau se lèvera, à la Bastille le 5 septembre et à Garnier le 7. Depuis qu’il a succédé à Nicolas Joël, dont la fin de mandat a semblé bien morose, le patron de la « grande boutique » parisienne ne cachait pas son souhait de voir la première maison lyrique de France redevenir l’une des plus glorieuses au monde, grâce à de grands chanteurs, de grands chefs, des mises en scène imaginatives et une nouvelle dynamique pour le ballet, dont la direction est désormais assurée par Benjamin Millepied. Depuis [le 4 février], on peut mettre des noms précis sur ces voix, ces baguettes et ses visions théâtrales et chorégraphiques, toutes appelées à faire rayonner d’une éclatante lumière l’Opéra de Paris.”

"Compétents, engagés, orgueilleux : voilà la vraie France" Sans doute parce qu’il n’en pouvait plus d’attendre, Stéphane Lissner a donné de sa personne en accordant à presque toute la presse des interviews « exclusives » pour dévoiler « en avant-première » son programme et ses orientations, ne se privant pas lui-même de donner dans le lyrisme, tout en flattant ses troupes. « Qu’est-ce qui vous a frappé en prenant vos fonctions à la tête de la “grande boutique” ? » , lui demandent Ariane Bavelier et Christian Merlin pour Le Figaro. « La compétence , assure Stéphane Lissner. Ayant accumulé des expériences en Italie, en Allemagne et en Autriche, je peux dire que je n’ai trouvé nulle part ailleurs un tel savoir-faire et une telle disponibilité, tant du côté des masses artistiques que des personnels techniques et de l’administration. Cela m’a donné confiance car je sais que tous sont capables d’aller dans la même direction, ce qui est indispensable quand on a 428 levers de rideau comme ce sera le cas la saison prochaine. » « Les salariés de l’Opéra de Paris sont en moyenne les plus compétents, les mieux formés par rapport à ceux que j’ai pu rencontrer à l’étranger , dira-t-il encore à L’Express. Compétents, engagés, orgueilleux : voilà la vraie France. Alors, de grâce, arrêtons de nous flageller ! » « Vous sentez-vous limité par le contexte de crise que nous connaissons ? » , s’inquiètent tout de même les journalistes du Figaro. « Au contraire , répond le patron de l’Opéra de Paris. La seule réponse à apporter quand on connaît des difficultés économiques ou morales, c’est de produire. Ce serait une erreur (son prédécesseur appréciera) de jouer la sécurité en multipliant les reprises. Pour élargir le public, pour entraîner des mécènes, pour rester fort face aux tutelles, il faut monter de nouvelles productions. A Paris, on peut avoir tout le public. Il suffit d’oser ! Nous ne sommes pas en Allemagne, où les spectateurs d’opéra acceptent de voir douze fois de suite la même mise en scène pour y entendre des chanteurs différents. En France, nous avons davantage la culture du spectacle. »

"Notre arme, c’est l’art." Du spectacle qui peut aussi apporter des réponses au traumatisme provoqué par les tragiques événements de début janvier. « La réponse à de tels actes ne peut pas être seulement sécuritaire, judiciaire ou répressive, déclare Stéphane Lissner à Bertrand Dermoncourt dans L’Express. Il faut aussi, et surtout, combattre l’ignorance et l’inculture avec nos armes : nos livres et nos mots, nos œuvres d’art, nos spectacles, nos créations, notre relation avec le public et avec ceux que nous voulons amener dans nos théâtres. Pour un établissement public comme l’Opéra national de Paris, maison de spectacle vivant, cela nous oblige à ne pas accepter une routine consumériste tournée vers le divertissement pur. Mais à poser les bonnes questions et, peut-être, à trouver quelques réponses. Cela oblige aussi à ouvrir nos portes, à rechercher inlassablement à élargir notre public. Peut-être avons nous besoin d’un réveil. Peut-être que le drame terrible que nous venons de vivre a changé quelque chose. […] La France est forte de ses grandes institutions, comme l’Opéra ou la Comédie-Française, de ses artistes, de sa culture. Notre arme, c’est l’art. En France plus qu’ailleurs. »

Schoenberg en ouverture, une oeuvre actuelle Pour revenir plus prosaïquement au programme de la saison 2015-2016, dévoilé le 4 février, notre consœur en dispute du Monde Marie-Aude Roux y voit “une programmation intelligente : vingt titres d’opéras, équitablement répartis entre nouvelles productions et reprises, répertoire italien, français et germanique. Le défi ? Faire de Paris la première scène lyrique du monde. Avec, dans sa manche, l’intelligentsia de l’art lyrique (Jonas Kaufmann, Anja Harteros, Anna Netrebko, Ludovic Tézier), la fine fleur de la baguette (Esa-Pekka Salonen, Ingo Metzmacher, Fabio Luisi) et des metteurs en scène dont on ne peut que déplorer qu’ils n’aient pas encore croisé l’Opéra de Paris. Une forte inclination vers le répertoire du XXe siècle et un goût affirmé pour la création complètent ce tableau prometteur, qui, après les ternes années Nicolas Joel, pourrait bien combler les lyricomaniaques comme les aficionados de la scène théâtrale.” Et le choix d’ouvrir avec “une œuvre réputée difficile : Moïse et Aaron, de Schoenberg” , qui devait être mis en scène par Patrice Chéreau, et le sera finalement par Romeo Castellucci ? « Un premier spectacle est toujours un signal , explique Stéphane Lissner à Marie-Aude Roux. En choisissant Schoenberg, qui a révolutionné la musique au début du XXe siècle, je prends position en faveur d’un certain regard sur l’histoire. Je ne pensais pas que cette œuvre, qui interroge des sujets aussi essentiels que l’exode, la foi, la relation entre le verbe et la pensée, serait à ce point d’actualité.” Quel génie visionnaire, ce Schoenberg : avant tout le monde, il était déjà Charlie !

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......