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Ils sont entrés casqués dans la légende

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« Où est ton papa ? » Tout au long du cortège [de la Manif pour tous, dimanche], les organisateurs ont fait la quête auprès des manifestants, relevait lundi Le Parisien , entraînés par les paroles de… Papaoutai, le tube de Stromae.” “Plus de 1,1 million d’albums du chanteur belge ont été écoulés en seulement quatre mois , salue Benjamin Ferran dans Le Figaro . Un succès inédit depuis la réussite de la bande originale du film Les Choristes en 2004.” Et c’est ainsi que l’album Racine carrée de Stromae, cet été, mais aussi celui des Daft Punk, Random Access Memories , au printemps, ont servi de locomotive à un marché du disque en progression de 2,3% en 2013. Une première depuis neuf ans, selon les chiffres publiés le 3 février par le principal syndicat des producteurs de disque, le Snep. « L’année 2013 a été marquée par plusieurs beaux succès et nous redonne le sourire » , commente son directeur, Guillaume Leblanc. Souriaient-ils sous leur casque ? “Le duo français Daft Punk est sorti grand gagnant de la cérémonie des Grammy Awards organisée dans la nuit du 26 au 27 janvier au Staples Center de Los Angeles. […] Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont fait carton plein, puisqu’ils ont raflé l’ensemble des prix dans les catégories où ils étaient nommés, dont trois des plus prestigieuses. C’est un record pour un groupe français” , salue Emmanuelle Jardonnet dans Le Monde . “Et soudain deux petits Parisiens de 39 ans, qui ont commencé la musique dans un minuscule studio au début des années 1990, ont fait danser les plus grandes stars de la pop dans la salle , raconte Emmanuel Marolle dans Le Parisien. On ne se lasse pas des images des deux ex-Beatles, Paul McCartney et Ringo Starr, Yoko Ono, la veuve de John Lennon, le couple Beyoncé et Jay-Z, en train de se trémousser dans l’assistance pendant la prestation de Daft Punk. Ni des commentaires de Pharrell Williams, venu récupérer l’un des prix avec le groupe : « Je parie que la France est très fière de ces gars », lançait l’artiste américain, au côté des deux gagnants en costume de robot blanc. Il a visiblement été entendu jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat : « Victoire historique des #daftpunk aux Grammy Awards ! La France est fière de vous », a écrit le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, sur Twitter [lundi] matin. Le réseau social a beaucoup chauffé pendant la cérémonie, générant près de 15,2 millions de tweets dans le monde. Daft Punk, eux, ne sont toujours pas sur le réseau social et laissent les autres y parler d’eux.” On parle beaucoup d’eux, sur Internet comme dans vos journaux, mais ce qui passionne encore et toujours les journalistes, c’est cette histoire de casque. “Le port du casque semble aujourd’hui le meilleur moyen d’être (re)connu , observent ainsi Pauline Le Gall et Olivier Nuc dans Le Figaro . Mais les Daft Punk, en se dissimulant derrière des personnages de robot en 2001, pour la sortie de leur deuxième album, Discovery, ont été des pionniers. 2001, c’est l’année du premier « Loft Story », l’émission de télé-réalité qui a fait de Loana une star. Les deux « Punk idiot » ont senti que la célébrité changeait de visage. Et qu’ils avaient tout à gagner à entretenir le mystère. Depuis, d’autres artistes français, tels Cascadeur ou le groupe Fauve, ont fait le choix d’avancer masqués ou de rester dans l’ombre. […] Moins de vingt ans après leurs premiers bidouillages maison, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont devenus des poids lourds de la scène mondialisée. Pourtant, vous ne les reconnaîtriez pas dans les rues de Paris, où ils résident la moitié de l’année. C’est exclusivement dissimulés derrière de lourds casques fumés qu’ils se présentent au public. Une idée de génie , estiment les critiques du Figaro , à l’heure de la médiatisation à outrance et de la transparence à tout prix. Au sein du mouvement électro dont ils sont issus, l’anonymat a toujours été de mise. « Cette forme de communication par le masque était une manière de combattre l’esthétique du rock, d’aller contre son égotisme et son héroïsme, explique Jean-Yves Leloup, auteur de Digital Magma. Ces artistes voulaient changer les règles du jeu, s’éloigner des regards, des clips, montrer que la musique peut passer par d’autres esthétiques. » […] Au quart d’heure de célébrité pour tous promis par Andy Warhol en 1968, ces artistes préfèrent l’ombre et la longévité.” Même analyse chez Guy Konopnicki dans Marianne : “Tout doit avoir un visage, la politique, la philosophie et la littérature, et voici que la musique se permet de ne pas en avoir. […] Dans une époque qui concentre tant de choses sur le visage, le gros plan, dans un monde où les célébrités affrontent à chaque instant l’objectif, les Daft Punk parviennent à garder le secret. Les paparazzi les traqueront, à l’endroit où ils sont contraints de se dévoiler, dans les aéroports, au moment d’embarquer. Mais ces images n’auront aucune valeur. Les Daft Punk sont entrés casqués dans la légende, quand nous sommes saturés de visages vidés de toute expression.” Et de fait, rapportait lundi Le Parisien, “le site Internet TMZ a voulu voir – et montrer – à quoi ressemblaient les stars décasquées. Il a publié ce week-end une vidéo, tournée la semaine dernière à l’aéroport de Los Angeles, où l’on aperçoit Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo. « Disappointing » (décevant), écrit le site américain… Visiblement surpris que ces musiciens extraordinaires aient une apparence plutôt ordinaire.” On est toujours ordinaire et décevant, sous le casque…

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