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Inusable Lac des cygnes

7 min

Ah, la musique de TCHAÏKOVSKI, avec en plus des tutus, des plumes et des pointes, ça marche à tous les coups. C’est Thierry DAGUE qui l’écrit dans Le Parisien . La preuve ? « De retour en France pour une grande tournée, qui a commencé le 1er novembre à Paris au Palais des Congrès, l’inusable "Lac des cygnes" attire les foules. Un engouement qui a surpris le producteur français de cette version russe, réalisée par le Ballet de Saint-Pétersbourg : « On pensait vendre 6 000 places à Paris, on en est à 38 000 ! », se réjouit Nicolas FERRU, le patron d’Indigo Productions.

D’abord prévu pour quatre représentations au Palais des Congrès, ce "Lac" bénéficie désormais de onze séances, saupoudrées d’ici au 5 février. « On a pris les créneaux qui restaient libres », plaide le producteur. Surtout, une quarantaine de villes vont accueillir le fameux ballet dans les prochaines semaines, parfois dans des Zénith. Une première pour ce ballet, jusqu’ici cantonné aux salles de prestige, comme l’Opéra Bastille, le Châtelet ou le Théâtre des Champs-Elysées. « En allant auprès du public et en proposant des tarifs accessibles (de 35 à 69 € quand même, soit presque aussi cher qu’à l’opéra , précise le journaliste du Parisien) , on attire des spectateurs qui n’ont jamais vu de ballet », estime Nicolas FERRU.

Parmi eux, de nombreux fans de… "Black Swan", le film de Darren ARONOFSKY, sorti en février dernier, avec Natalie PORTMAN et Vincent CASSEL, dont l’intrigue est intimement liée au "Lac des cygnes". « C’est une coïncidence, mais la première pub pour la tournée est parue le jour où Natalie PORTMAN a obtenu son Oscar, raconte Nicolas FERRU . Les réservations ont explosé tout de suite. » Et tant pis si les puristes font la fine bouche… , poursuit Nicolas DAGUE dans Le Parisien . « Je sais que ce n’est pas le Mariinsky (le plus prestigieux ballet de Saint-Pétersbourg) !, râle le producteur. Mais nous proposons un spectacle de qualité, avec soixante danseurs et musiciens. On en a pour son argent. » Nouveau venu dans le milieu du classique, Nicolas FERRU s’y connaît en tournées à grand spectacle : "la Fabuleuse Histoire de Bollywood", "Celtic Legends", c’était lui. Son prochain projet : "Casse-Noisette", l’autre ballet star de TCHAÏKOVSKI, déjà programmé pour novembre 2012 au Palais des Congrès. Sa religion est faite , conclut l’article du Parisien : « En temps de crise, les gens ont envie de voir de belles choses. » »

De belles choses, c’est peut-être vite dit. D’autant que ce "Lac des cygnes" n’est pas le seul, une dizaine de troupes venues du froid tournent en France. Elles sont de qualité inégale, comme le remarque Ariane BAVELIER, qui a mené l’enquête pour Le Figaro . « Saint-Peterbourg Ballet Theatre, Moscou Theatre Ballet, Ballet de Moscou, Ballet de Kiev, Ballet de Sibérie, Ballet de Perm, Ballet Moïsseïev, Saisons Russes du XXIe siècle… C’est le grand déballage de l’année , écrit la journaliste du Figaro . Lancées pour Noël, ces compagnies venues de l’Est tournent dans toute la France, des Zénith de 3 000 places aux petits théâtres de 800, du Palais des Congrès au Théâtre des Champs-Elysées. « La danse russe, c’est une icône », estime Armen KARAPETIAN, directeur de France Concert, qui produit une vingtaine de compagnies de l’Est, entre autres, cet hiver, le Moscou Theatre Ballet dans "Spartacus" et le Moscou Ballet dans "Le Lac des cygnes" et "Casse-Noisette". Mais combien de ces affiches tiennent-elles leurs promesses ? Les best-sellers du ballet classique s’accommodent mal de l’à-peu-près. Hormis le Ballet de Perm (troisième compagnie du pays après le Bolchoï de Moscou et le Mariinsky de Saint-Pétersbourg) et les Ballets Moïsseïev, nec plus ultra des danses folkloriques, les autres sont des compagnies privées, de niveau variable, qui vivent en conjuguant les mots magiques : Moscou ou Pétersbourg, "Lac des cygnes", "Belle au bois dormant", "Giselle" ou "Casse-Noisette", TCHAÏKOVSKI, étoile. Aujourd’hui, une dizaine de compagnies tournent sous l’appellation « Ballet de Moscou » entre l’Europe et l’Amérique. Leurs affiches misent sur une évocation immédiate de la Russie et du ballet classique, sans nom de chorégraphe et sans nom de danseurs précis. Or il faut plus que des tutus blancs et la musique de TCHAÏKOVSKI pour faire un "Lac des cygnes". Sans corps de ballet (l’ensemble des cygnes dansant à l’unisson) et sans solistes, ce genre de production peut atteindre un tel niveau de ringardise qu’on peut croire qu’en les présentant c’est le ballet classique qu’on assassine , écrit Le Figaro . Or, si on peut trouver des solistes qui réussissent à boucler des variations simplifiées pour eux, le corps de ballet n’est présentable que lorsqu’il a longtemps répété ensemble, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines de ces compagnies où le turnover des danseurs est important : comment faire autrement lorsqu’on est payé au minimum syndical et lancé dans des tournées où les spectacles (toujours les mêmes scies du répertoire) s’enchaînent aux journées de bus ? Cette explosion des compagnies privées remonte à la perestroïka, qui a mis en faillite plusieurs compagnies d’Etat et semé la déroute parmi les danseurs. Certains s’en sont tirés en montant des tournées à l’Ouest avec des compagnies rassemblées pour l’occasion, parfois dans l’ombre ou avec la complicité de compagnies officielles. Solidarité ou dessous de table ? Personne ne fait le ménage dans le nom des compagnies. L’an dernier, sous le nom de « Ballet de l’Opéra National de Kiev », une compagnie s’est produite au Zénith de Paris en janvier dernier avec une "Belle au bois dormant" pitoyable : musique qui s’arrêtait avant la fin de variations, une toile peinte pendouillant au fond en guise de décor, lasers de projecteurs braqués sur les danseurs incapables d’éblouir autrement. Ces compagnies sont pourtant les seules à amener aux quatre coins du pays les grands succès du ballet classique. En France, il n’y a guère que le Ballet de Bordeaux, de Toulouse et de l’Opéra de Paris qui défendent le répertoire. C’est en partie pour une question de coût : quand le Ballet de l’Opéra de Paris tourne avec un "Lac des cygnes", il a besoin de 120 personnes, danseurs et accompagnateurs. Les compagnies privées s’en tirent avec 50 et vendent leur "Lac" autour de 20 000 € par représentation. »

Si cet article ne vous a pas complètement dégoûté du ballet, Le Figaro vous conseille tout de même quelques compagnies de niveau honnête : le Saint-Petersbourg Ballet Theatre, celui dont parlait Le Parisien tout à l’heure, le Ballet Moïsseïev, et le Ballet de Perm, voire les Saisons Russes du XXIe siècle. Lisez attentivement vos programmes !

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