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Jurisprudences

6 min

Nous avions évoqué, dans cette revue de presse parfois plus judiciaire que culturelle, le procès Eggleston. Le jugement a été rendu, et on n’a pas fini de parler de ses conséquences. “Voilà une nouvelle qui risque de remettre en question les pratiques du marché des tirages photographiques, déjà complexe, estime Claire Guillot dans Le Monde . Le 28 mars, une juge de New York a donné raison au photographe William Eggleston, pionnier de la couleur dans les années 1970, traîné en justice par un collectionneur. Son crime ? En mars 2012, William Eggleston a fait produire des tirages numériques, en grand format, à partir des négatifs de ses images anciennes, et les a vendus avec succès chez Christie’s. Le collectionneur new-yorkais Jonathan Sobel, lui, avait collectionné ces photographies dans leur version originale, c’est-à-dire des « vintage » : 190 petits formats tirés dans les années 1970 et imprimés selon la technique du dye-transfer. Ces images lui ayant été vendues comme des éditions limitées et numérotées, il s’estimait floué en découvrant que huit de ces photographies rarissimes s’étaient retrouvées reproduites et vendues chez Christie’s. « La valeur des photographies en édition limitée de Sobel a été diminuée par l’existence de copies supplémentaires de la même image sur le marché de l’art », affirmait la plainte déposée auprès du tribunal new-yorkais. Le collectionneur demandait au tribunal de lui accorder des dommages et intérêts et d’interdire à William Eggleston de réaliser d’autres tirages à partir de ses photographies. Mais la juge Deborah Bats ne l’a pas entendu de cette oreille : elle a débouté le collectionneur de toutes ses demandes, jugeant que les deux séries de photographies, quoique réalisées à partir des mêmes négatifs, étaient « manifestement différentes », le photographe ayant changé de technique d’impression et de format. Elle a aussi statué que le photographe, en réalisant une nouvelle édition de ses images, n’avait pas enfreint les lois de l’Etat de New York : selon elle, la seule obligation du photographe étant de révéler le nombre total d’exemplaires existant « au moment de la vente ». La perte de valeur des tirages d’époque du collectionneur était difficile à prouver, la vente chez Christie’s en mars 2012 ayant battu des records, confirmant la cote très haute de William Eggleston : les nouveaux tirages vendus par la maison de ventes aux enchères avaient atteint un total de 5,9 millions de dollars. Alors que les tirages d’époque sont en général considérés comme plus précieux, cette vente a, en fait, confirmé que le marché s’élargit à un public moins spécialisé, davantage versé dans l’art contemporain et intéressé par des grands formats , analyse la critique du Monde . Au grand dam des collectionneurs comme Jonathan Sobel. La réimpression est devenue une pratique assez courante chez les photographes qui ont commencé leur carrière à une époque où le marché des tirages était balbutiant, voire inexistant : on a pu voir ainsi l’Américain William Klein vendre à Paris Photo, en 2012, des tirages contemporains de photos anciennes, en grand format et avec une nouvelle technique d’impression. Sauf que William Klein, contrairement à William Eggleston, n’avait pas limité ses tirages originaux. Le jugement peut sembler une victoire pour les photographes, libres de réinterpréter leurs œuvres à leur goût. Mais il inquiète déjà certains galeristes, pour qui la numérotation est un engagement sur la rareté de l’œuvre, présente et à venir.”

Une qui n’est plus inquiète, en tout cas de ce côté-là, c’est la récurrente héroïne, ou anti-héroïne, c’est selon, de cette revue de presse, Dominique Voynet. On ne parle pas du cinéma Le Méliès, mais de ce “tableau du célèbre pointilliste Paul Signac, Au temps de l’harmonie, objet d’un différend avec la famille du peintre, [qui] a été reconnu mardi [de la semaine dernière] comme étant de la seule propriété de la ville de Montreuil par le tribunal de grande instance de Paris , nous apprend Baptistine Philippon dans Le Figaro . Il continuera donc de trôner en haut de l’escalier d’honneur de l’Hôtel de ville de la municipalité de Seine-Saint-Denis. « C’est un soulagement, déclare Dominique Voynet, maire de Montreuil. C’est aussi une fierté. La volonté de Paul Signac, qui souhaitait que cette toile soit exposée dans une maison du peuple, a été respectée. » Berthe Roblès, la veuve de l’artiste, en avait fait don à la ville de Montreuil en 1938. Mais en décembre 2011, la toile connaît une soudaine célébrité après avoir été dégradée lors d’un réveillon solidaire organisé par la ville. L’arrière-petite-fille de l’artiste, Charlotte Liebert-Hellman, avait alors assigné la ville pour obtenir le transfert d’ Au temps de l’harmonie au Musée d’Orsay, établissement dont sa mère, Françoise Cachin, avait été la directrice (et inaugurait ainsi un des feuilletons favoris de notre revue de presse). Commence alors une bataille autour de la propriété de la toile. Me Olivier Baratelli, avocat de l’héritière de Paul Signac, estime que le don dont se prévaut la municipalité de Montreuil n’était qu’un dépôt. Le tableau resterait donc dans le patrimoine de sa cliente. Il doute également de la capacité de la municipalité d’ « assurer la conservation d’une telle œuvre, majeure et symbolique ».

Mais la cinquième chambre civile du tribunal de grande instance de Paris en a décidé autrement. « Il s’agit d’une victoire sur toute la ligne, estime Me Marie Delion, l’avocate de la mairie de Montreuil. C’est une belle décision qui reconnaît le don manuel comme étant pleinement valable. »

Me Olivier Baratelli a, de son côté, indiqué la volonté de la famille Signac de continuer la bataille en faisant appel de cette décision. « La logique et l’évidence culturelle auraient voulu que ce tableau soit vu par le plus grand nombre, a-t-il estimé. On a du mal à concevoir que cette œuvre soit plus visible et accessible dans une mairie que dans un musée qui accueille 3 millions de visiteurs par an. » Dominique Voynet n’est pas d’accord : « La toile est encore plus aimée des habitants de la commune et est vue par beaucoup de monde. Elle reste accrochée à Montreuil. »

Nicolas Domenach rappelle dans Marianne qu’à l’origine, Au temps de l’harmonie s’appelait « Au temps d’anarchie, jusqu’à ce que l’assassinat du président Sadi Carnot par un anarchiste italien conduise à cette autre appellation plus politiquement correcte ! Mais cette allégorie champêtre et maritime d’une société idéale a un sous-titre qui appelle à la méditation : L’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir…

On dirait presque un slogan électoral, à un an des municipales…

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