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Krump et marionnettes : clowns réinventent la scène (par Christophe Payet)

4 min

Pendant que le septième art se pavane à Cannes, deux arts de la scène, bien différents, se donnent en spectacle à Paris et essaient de montrer un visage renouvelé : la danse du krump et le théâtre de marionnettes.

Vous allez me dire qu'il n'y a, a priori , pas de rapport entre cette danse urbaine, née à Los Angeles dans les années 2000, et l'art millénaire des petites figurines, parfois poétiques.

Pourtant, les deux disciplines de spectacle vivant ont montré qu'elles étaient bien loin des clichés qui leurs collent respectivement à la peau.

Et dans les deux cas, c'est le journal Libération qui les a mis en lumière et s'est efforcé de montrer pourquoi Krump et marionnettes étaient méconnus et plus subtiles qu'il n'y paraît...

Jusqu'au 3 juin, une douzaine de lieux en Ile-de-France accueillent la 7e biennale internationale des arts de la marionnette.

D'après Isabelle Bertola, la directrice du théâtre de la marionnette à Paris, « On a longtemps considéré que la marionnette privilégiait l'image au détriment du texte et de l'interprétation : aujourd'hui c'est loin d'être vrai. »

Pour le démontrer, une vingtaine de compagnies sont venues de toutes l'Europe, du Québec ou de Chine. Dans Libération, la journaliste Christelle Granja raconte « la fébrilité qui règne alors à la Maison des métallos », pour l'ouverture de la Biennale. Le lieu est « pris d'assaut par une inventivité bricoleuse et poétique. (…) Dans le hall d'entrée, 140 marionnettes à gaine, modelages de glaise ou moulages de silicone costumés, n'attendent qu'une main pour s'animer ».

Toutes ces figurines n'auront alors qu'une mission : montrer leur diversité, de la mémé au fichu bariolé aux freaks grimaçants, et renverser les clichés sur ce « théâtre d'objets en tout genre empruntant à la danse, à la vidéo ou à l'art numérique ».

Christelle Granja évoque quelques uns des spectacles, dont de véritables œuvres littéraires dramatiques. Ainsi « Una tazza di mare in tempesta » de Roberto Abbiati, s'inspire de Moby Dick. Pour l'acteur et plasticien, « la seule façon d'interpréter ce récit en conservant sa force était de changer radicalement d'échelle : transposer l'infiniment grand dans l'infiniment petit. (…) Les arts de la marionnette permettent d'affronter des thématiques graves. Moby Dick n'est pas une fable pour enfants ».

Autre exemple : Antigone de Sophocle. Les manipulateurs contrôlent les marionnettes « comme la métaphore d'une subversion impossible et des forces contraires qui agitent l'individu », écrit la journaliste.

Mais jusqu'à présent, le théâtre de la Marionnette à Paris n'avait pas de lieu de spectacle propre. Signe du délaissement que subissait la discipline. A partir du mois de novembre prochain, l'itinérance cessera enfin et le théâtre de la Marionnette va pouvoir s'installer au Théâtre Mouffetard, dont Pierre Santini a quitté la direction a l'été dernier.

Pour Isabelle Bertola, directrice du théâtre de la Marionnette « depuis une vingtaine d'année, il y a une évolution très positive de la qualité de la création, mais aussi du regard porté sur la discipline ».

Le krump, lui, est né il y a moins d’une vingtaine d’années.

Les krumpers se déhanchent comme des marionnettes, eux aussi comme tiraillés par des forces contraires d'agression et de tendresse. A la différence près qu'ils sont les seuls maitres de leur corps. Ce mois-ci était organisé le premier battle internationale de krump au Wip Villette à Paris. Une centaine de danseurs se sont affrontés pour la finale sous les yeux des créateurs du mouvement : les américains Tight Eyez et Big Mijo.

Le Krump puise ses origines dans les émeutes raciales de 1992 à Los Angeles. Les danseurs se sont inspirés de Thomas Johnson, ce jeune homme qui a créé le personnage de Tommy le Clown pour animer les anniversaires dans les ghettos. Il lance alors le clowning, une danse qui va rapidement se transformer en krump.

« Le krump, comme le clowning » écrit Marie-Christine Vernay, « devient pour les jeunes une façon de canaliser la colère, la haine, la rage. »

Au moment où la marionnette doit se détacher de son image de guignol, et bien la figure du clown donne naissance à une nouvelle discipline, une danse de révolte.

Le mouvement a été popularisé par Rize , le documentaire du photographe David LaChapelle. Le Krump est l'acronyme de Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise : « louanges puissantes au royaume radicalement soulevé ». Il y a donc une dimension spirituelle dans cette danse. Tiger témoigne : « Le Krump, c'est mon médecin, ma thérapie, mon médicament pour affronter la vie ». Flip Side, autre pratiquant « explore le négatif de (sa) danse, l'underworld pour un réincarnation en mieux ». Et Marie-Christine Vernay de conclure : « Royale invention que cette danse (…) tout autant intérieure que projetée ».

Quand les marionnettes sont plus tragiques voire plus violentes qu'on ne les attend, le krumpeur se fait plus poétique.

Dans un cas comme dans l'autre, les clowns danseurs et les clowns miniatures réinventent le spectacle vivant, pendant que d'autres clowns, plus tristes diront certains, se mettent en scène dans quelques soirées cannoises.

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