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La bombe Harlem Shake

6 min

Je vous en avais parlé il y a deux semaines. Et finalement, “face au tollé provoqué par une subvention de 400 000 euros accordée par la mairie de Marseille à un concert de David Guetta, prévu le 23 juin au parc Borély, le DJ a battu en retraite, direction le Dôme, la grande salle de la ville, où l’animation aura finalement lieu , apprend-on dans une brève de Libération. « Refusant d’être mêlé à un débat politique, et avant tout préoccupé que certains Marseillais se sentent lésés par une subvention qui ne les concernait pas, David Guetta nous demande d’annuler ce concert sans délai », écrit la société de production Auguri. Mais « par respect pour tous ses fans qui ont déjà acheté leurs billets, il a souhaité jouer le même soir au Dôme, dans le cadre d’une production ne bénéficiant d’aucune subvention », poursuit le même message. Actuellement en tournée en Amérique latine, où il a pris connaissance de « l’agitation politique et médiatique », Guetta précise qu’il n’a « jamais été question d’une subvention publique dans son contrat ». Auguri ajoute : « C’est l’organisateur local qui a proposé à la ville de mettre le parc Borély en configuration grands concerts et demandé dans cette perspective une subvention d’équipement ». Une pétition avait déjà recueilli 60 000 signatures.”

Soit 10 000 de plus que le nombre de versions, 50 000, postées un peu partout dans le monde sur YouTube et générant plus de 30 millions de vues, du “nouveau phénomène Web planétaire : le Harlem Shake, cette bombe choré-musicale – assemblage de danse, de musiques urbaines, de tradition carnavalesque –, qui a véritablement explosé en un mois sur la Toile. Cette mode a même pris une tournure politique , constatent Stéphanie Binet et Rosita Boisseau dans Le Monde , servant de prise de parole pour des mouvements en rébellion contre le pouvoir. Comme en Chine – sur la question du Tibet –, ou bien encore en Tunisie et en Egypte où les jeunes révolutionnaires du « printemps arabe » s’empoignent sur leur droit ou non à faire leur Harlem Shake.

Le scénario d’une vidéo est simple : une personne casquée ou masquée débute une danse au rythme des infrabasses de trap music (hip-hop électro du sud des Etats-Unis), puis est rejointe par d’autres déguisés. Les clips durent quelque trente secondes.

Un balayage rapide de ces vidéos donnera une idée de l’imagination délirante que cette « danse de tremblements » semble injecter dans la moelle de toute la planète. Non seulement, elle s’installe dans les bureaux, les cantines, les vestiaires des équipes de sport, mais elle se risque dans des endroits a priori impossibles : un avion, une mine d’or. Un Harlem Shake filmé en piscine est magique, tant d’un point de vue comique que plastique. Celle des Norvégiens saisis à poil en train de faire semblant de copuler avec un pont reste un moment d’anthologie.

Le mouvement a démarré le 2 février quand le premier clip du Harlem Shake a été réalisé et posté par un groupe de quatre Japonais costumés en Babygro filmés dans leur chambre. L’un d’eux, Filthy Frank, habitué des vidéos burlesques sur YouTube, avoue sur son blog : « Je fais ça, car ma vie ne va nulle part. » C’est lui qui a choisi le morceau Harlem Shake du DJ américain Baauer. De son vrai nom Harry Rodrigues, Baauer fait partie d’une scène électro de Brooklyn qui revisite le rap du sud des Etats-Unis, le crunk et la trap music, soit littéralement, la musique du « Piège », surnom donné aux quartiers pauvres d’Atlanta. Le morceau débute par la voix d’un artiste reggaeton qui crie en espagnol « Con los terroristas ». Cette première vidéo a mis sur orbite une danse toute en secousse du bassin et du buste. Parfait pour faire monter la transe et terminer en tire-bouchon gestuel, auto-masturbatoire et très sexe. Le nom a une autre origine , précise Le Monde . Historiquement, le Harlem Shake, né à Harlem, est un style de danse hip-hop apparue dans les années 1980. Combinant de manière virtuose et ultra-nerveuse des roulements des épaules avec des huit du bassin tout aussi toniques, elle se danse d’abord dans la rue. Directrice d’une école de danse qui se situe dans l’hôpital de Harlem sur la 135e rue, Françoise Brooks se souvient : « En 1981, un jeune a eu l’idée de cette danse en imitant les ivrognes, d’où les mouvements désarticulés. Ce sont les artistes hip-hop comme Puff Daddy et d’autres en 2001 qui lui ont redonné vie en l’incluant dans leurs clips vidéo. Là, on a vu tous les gamins du quartier danser le Harlem Shake. Les gosses adoraient ça, et nous, pour une fois, les adultes, on voyait ça plutôt d’un bon œil. » En effet, le Harlem Shake n’est pas aussi outrageusement sexuel que les contorsions jamaïcaines et d’autres danses en vogue à l’époque. Mais à Harlem, on avait rangé depuis un moment le Harlem Shake au placard. Et quelques vidéos seulement poussent sur le Net où les locaux réclament la paternité de la danse. […]

Le Harlem Shake serait la nouvelle fièvre danse après le Gangnam Style ? Pour les experts en tendance, assurément oui ! « C’est l’après-Gangnam que l’on attendait, assure Vincent Grégoire, responsable du département art de vivre de l’Agence Nelly Rodi. Mais à la fantaisie de Psy qui joue avec les codes du luxe et de l’establishment à laquelle ce fils de famille appartient, le Harlem Shake est nettement plus foutraque et bordel. Alors que fleurissent les expositions sur le surréalisme et l’usage des drogues dans l’art, cette danse pousse le bouchon du n’importe quoi, jusqu’au punk même parfois. » Entreprise de libération ? L’esprit contestataire du carnaval innerve les éclats féroces du Harlem Shake qui semble jouer parfaitement son rôle de déversoir collectif. « Dans le contexte de crise et de ras-le-bol, les gens se donnent rendez-vous pour se filmer dans des endroits parfois interdits et injectent du non-sens dans le système, poursuit Vincent Grégoire. Ils retrouvent aussi du lien social. Parallèlement, cette danse que l’on peut qualifier de païenne à l’ère du virtuel tombe à pic pour remettre du charnel dans la vie. »

C’est sans doute ce qu’a voulu condamner, le 23 février, le ministre de l’éducation tunisien, en ordonnant une enquête contre des lycéens qui avaient filmé leur Harlem Shake déguisés en émirs ou simplement habillés de sous-vêtements. Le 28 février, les élèves de l’Institut de presse et des sciences de l’information de l’université de Manouba avaient voulu organiser le leur en soutien, mais se sont cognés à leurs « camarades » salafistes de faculté et ont dû annuler. Dans leur communiqué, ils défendaient « leur droit au rêve, à la création, à l’expression et à la joie. »

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