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La colère, c'est sexy (par Flore Avet)

5 min

Oui, justement puisqu’on est en plein festival de Cannes, rappelez vous, une polémique avait éclot au moment de la révélation de la sélection des différentes catégories, qui concernait l’absence de réalisatrices dans la sélection officielle. Alors je ne vais pas revenir dessus, mais j’ai trouvé une autre polémique dans la presse, dans Transfuge plus précisément, et cette polémique ne semble pas –et c’est tant mieux- troubler au delà de la rédaction du magazine.

Ce n’est pas la peine de vous procurer ce numéro, vraiment pas, je vais vous en donner la synthèse après tout une revue de presse est faite aussi pour relever les vulgaires bêtises misogynes qu’on y lit, à plus forte raison quand il s’agit d’un journal –il paraît – culturel.

Cet article plein de courage n’est évidemment pas signé, et l’intitulé est on ne peut plus clair : Ces jeunes actrices françaises pas sexy. Mesdemoiselles Bonitzer, Haenel, Bekhti, Sallette, vous êtes donc bien jolies, mais pas la peine de chercher une épaule virile pour vous protéger du côté de la rédaction de Transfuge… notre auteur bovin anonyme tente en plus d’avaliser sa théorie toute testostéronée des commentaires de Françoise Menidrey, directrice de casting : Elles sont jolies, bonnes actrices souvent (ce à quoi j’aurais envie de répondre « oui, formidable, et donc quel est le problème? » eh bien voilà, patatras question érotisme, évacuation. Où serait la Carole Bouquet d’aujourd’hui ? Que les Béatrice Dalle ou Valérie Kaprisky, sexy en diable dans les années 90 n’ont pas trouvé de remplaçantes ? Alors quoi ? Le cinéma se désexualise ? – ce à quoi là aussi j’aurais envie de répondre « oui, et où est le problème ? »

Tout au long de son article, notre journaliste frustré tente tout de même une approche sociologique, analytique, et bon sang mais c’est bien sur ! Elles sont , écrit il, Trop jeunes pour être sexy ! Regardez la nouvelle génération d’actrices françaises : les langes ne sont pas encore très loin. A tour de bras, Transfuge (ce magazine qui n’a jamais si bien porté son nom…) cite : André Breton, Freud, Régis Debray, Philippe Sollers, et mon préféré, Baudelaire : La femme est une idole, elle doit se dorer pour être adorée . Regrettant que nos jeunes comédiennes soient plus intéressées par leur travail que par leurs atours et leurs outils à séduire. Un petit rappel quand même, Baudelaire c’était le XIXè siècle, et l’on peut oser croire que la société a avancé depuis. Fort heureusement, merci Transfuge, le cinéma français est sauvé de ces ennuyeuses bêtes qui pensent au lieu de tout simplement soigner leur toilette, oui, sauvé car Léa Seydoux est là ! Usant d’une syntaxe réifiante à souhait, notre auteur -qui rêvait sans doutes d’une carrière à l’Echo des Savanes- nomme l’actrice tour à tour Léa , une jeune femme sans identité donc, c’est notre petite Léa ou bien « La » Seydoux , comme d’une marque de lave-linge. Bref, « Léa » nous dit il, elle a tout, et surtout un corps. Elle est sexy comme Marilyn (une autre marque de lave-linge) c’est quelque chose qui la dépasse, la séduction du primitif. Je vous laisse méditer ce rapport : féminité-primitif…

Bref, n’en jetez plus, la coupe est pleine dernière question posée à cet article, alors que dans son papier notre caricature s’essouffle sur nos actrices françaises, pas assez mystérieuses, trop naturelles, trop jeunes, trop fraîches, quid des hommes ? Et eux, ont il grandi un peu et cessé d’être des animus iconiques « comme dans les années 50 » ? Eh bien oui, ils incarnent, ils pensent, car oui, le cinéma pense, il ne remplit pas que de l’image désincarnée et fantasmagorique !

Heureusement pour me réconforter cette semaine j’ai trouvé un homme en colère dans la presse, c’est sous la plume de Jérémie Couston dans Télérama, qui tente une réhabilitation de ce cinéaste que la France a tant chéri et qui a tant déçu, Matthieu Kassovitz et ses tweets lapidaires et fleuris contre le cinéma français, un repère d’ « enculés ». Alors, (grosse) tête à claques, ce Matthieu Kassovitz, ado attardé ? Pas vraiment aigri donc le Kasso (encore une marque de machine à laver) plutôt en colère contre ces moutons de Français qui ont couru voir la belle histoire d’amitié entre un tétraplégique et un fumeur de shit (Intouchables est sorti deux semaines avant) et ont boudé son film-dossier sur une page sombre du néocolonialisme chiraco-mitterandien.

C’est au final un (court) portrait tendre que brosse Télérama de Matthieu Kassovitz, qui a pris l’habitude de nager à contre courant, frayer en marge de l’histoire officielle, rappelez vous le « Fuck le CNC » au générique de son premier film « Métisse ». (…) D’aucuns lui conseillent d’abandonner la mise en scène et de se contenter de ses rôles d’acteur, pour lesquels il a su faire preuve d’une justesse et d’une discrétion surnaturelle.

Tiens donc, « justesse », « discrétion », « surnaturelle », et pas une seule remarque sur son physique ? Comme quoi, à la lecture d’un papier écrit à bonne distance, sur la rudesse d’un acteur-réalisateur, on se dit que la colère a de beaux jours devant elle.

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