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La convention collective du cinéma : combien de divisions ?

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Convention collective du cinéma, suite. “Pour la première fois depuis des mois, rapporte Bruno Icher dans Libération, syndicats de producteurs et de techniciens se sont retrouvés autour d’une table. Et ça ne s’est pas très bien terminé. [Jeudi 13 juin], le médiateur, Raphaël Hadas-Lebel, présentait aux représentants de l’industrie du cinéma les premiers résultats de ses travaux sur l’impact de l’extension de la convention collective du secteur. Cette mission, rappelle encore le journaliste, lui avait été confiée voici un peu plus de deux mois par les ministres du Travail, Michel Sapin, et de la Culture, Aurélie Filippetti, afin de permettre aux partisans et opposants à cette extension de présenter leurs arguments et, surtout, de mesurer les conséquences de l’entrée en vigueur du nouveau texte, prévue le 1er juillet. Or , nous apprend Bruno Icher, les représentants de trois syndicats de techniciens (CGT, SNTCPT et FO) ont quitté les lieux « sans entamer de quelque manière un dialogue indispensable et constructif », ainsi que le mentionne un communiqué cosigné par les cinq syndicats de producteurs présents. La cause de la grogne porte sur l’exposé du médiateur dans lequel, selon Denis Gravouil, un des représentants de la CGT, « il n’a jamais été question d’autre chose que du budget des films et jamais des droits des salariés ni de leurs revenus en baisse. Le médiateur a conclu que, quelle que soit la nature de l’application stricte du droit du travail dans la production de cinéma, cela aboutirait à un surcoût pour la majorité des films, ce qui est une évidence ! » Après une suspension de séance demandée par les syndicats de techniciens, ceux-ci ont décidé de mettre un terme à l’entrevue. « Si nous avions obtenu la certitude que l’extension soit mise en place le 1er juillet comme cela était prévu, même avec des aménagements et l’ouverture de discussions sur des points litigieux, nous n’aurions pas quitté la pièce », explique Denis Gravouil. Ce nouvel accroc dans la famille du cinéma français n’est pas de bon augure pour la suite des événements. Même si Raphaël Hadas-Lebel n’a pas explicitement affirmé que la date fatidique du 1er juillet serait repoussé, il paraît peu probable que les ministères de tutelle respectent le calendrier, compte tenu de l’ambiance électrique qui règne au sein d’une industrie qui, pourtant, devra retourner à la table des négociations. « Nous supposons que le médiateur va fixer un nouveau rendez-vous mais nous n’irons pas, ou alors à 500 », reprend Denis Gravouil, qui n’exclut pas, dans un très proche avenir, des mouvements de grève sur des tournages.

L’escarmouche [du 13 juin] ne sera certainement pas la dernière, tant le trouble qui divise aujourd’hui le cinéma français semble profond. Après six mois d’invectives diverses et variées, les syndicats semblent aujourd’hui irréconciliables. Un paradoxe alors que, justement, le cinéma français a fait mieux que briller cette année à Cannes, voici moins d’un mois, avec des films comme La Fille du 14 juillet, d’Antonin Peretjatko, Nos héros sont morts ce soir, de David Perrault, Suzanne, de Katell Quillévéré, La Bataille de Solférino de Justine Triet. Sans oublier la palme d’or obtenue par La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, dont le tournage a fait l’objet d’une attaque féroce des techniciens dans la presse. Tous ces films, au financement acrobatique, auraient été encore plus difficiles à monter avec le nouveau texte de la convention collective et certains, sans aucun doute, n’auraient pas pu se faire. Dans cette ambiance chaotique, les cinéastes n’échappent pas, eux non plus, aux divisions. En début d’année, la Société des réalisateurs de films (la SRF), association créatrice de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes ainsi que du festival de Brive, s’était prononcée en faveur de l’extension, tout en faisant plusieurs propositions. Cette décision avait provoqué une crise sévère en interne et la démission de plusieurs membres, dont celles de Catherine Corsini et Pierre Salvadori. Fin avril, un collectif formé par une dizaine de cinéastes – dont les deux démissionnaires, Pascale Ferran, Céline Sciamma, Cédric Klapisch et Malik Chibane – ont lancé un appel « pour sortir de l’impasse », publié le 24 avril dans Libération.

Nouvel épisode, lundi [10 juin], lors d’une assemblée qui s’est tenue à la Cinémathèque française où la réflexion a abouti à la publication d’un rapport d’étape. […] Le débat [du 10 juin], hautement technique, a laissé les cinéastes présents vaguement dubitatifs. Rien d’étonnant, ce n’est pas leur métier, contrairement aux producteurs, et ils connaissent mal les mille subtilités d’un système de financement dont les guichets se multiplient et dont les conditions d’éligibilité sont de plus en plus complexes. En revanche, ces mêmes cinéastes se sont très nettement animés en fin de réunion lorsque le collectif a annoncé son intention de se présenter aux prochaines élections de la SRF, [qui allaient se tenir samedi dernier]. « Tentative de putsch » pour les uns, « volonté de réconcilier tous les cinéastes » pour les autres, cette initiative , pariait Libération , [allait faire] l’objet sans doute d’une âpre discussion et [pouvait] peut-être voir la SRF changer de comité directeur et, en même temps, d’orientation vis-à-vis de l’extension de la convention collective.” Et de fait, nous apprenait hier un tweet du site KinoScript , ont effectivement remporté les élections de la SRF les opposants à la convention collective : “Corsini, Ferran, Guédiguian, Jaoui, Klapisch, Salvadori, Sciamma, Cantet.”

“Lors de l’assemblée animée [du 10 juin], notait encore Libération , le réalisateur Serge Le Péron a invité ses collègues à être « moins modestes », que ce soit dans le cadre de la SRF ou non. « Il y a un consensus terrible sur le fait qu’il y ait trop de films français, a-t-il déclaré. Pour la santé du cinéma et pour notre santé mentale, il faut que ces films soient faits. »

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